#balancetonporc : il faut "dénoncer" ceux qui harcèlent, "il est temps qu'on crève l'abcès"

La journaliste et créatrice du mot clé #balancetonporc sur le réseau social Twitter était l'invitée de franceinfo dimanche. Elle a été victime pour sa part "d'un patron de chaîne" "il y a quelques années". 

Le tweet initial de Sandra Muller qui a lancé le mot clé #balancetonporc. 
Le tweet initial de Sandra Muller qui a lancé le mot clé #balancetonporc.  (CAPTURE D'ÉCRAN / TWITTER)

La parole se libère sur les réseaux sociaux avec le scandale autour du producteur Harvey Weinstein accusé de harcèlement, d'agressions sexuelles et de viols. De nombreuses femmes utilisent le hashtag #balancetonporc pour raconter leurs histoires personnelles. Il a été créé par la journaliste Sandra Muller.

"Ce hashtag m'est venu en tête comme ça d'un seul coup", a expliqué Sandra Muller, dimanche 15 octobre sur franceinfo. "J'ai été confrontée à ça il y a quelques années, je n'en ai pas parlé", a-t-elle confié. "La violence des témoignages est à la hauteur du vocabulaire employé par les personnes qui nous harcèlent, et les dénoncer c'est les arrêter", "il est temps qu'on crève l'abcès", a commenté la journaliste.

Pourquoi avez-vous pris cette initiative de lancer ce mot clé #balancetonporc sur Twitter ?

Sandra Muller : Ce hashtag m'est venu en tête comme ça d'un seul coup. Sans crier gare j'ai pensé à "porc", j'ai pensé à "balance" et j'ai trouvé aussi que c'était un moyen très fort et très violent de dénoncer les violences auxquelles on avait affaire nous-mêmes. J'ai été confrontée à ça il y a quelques années, je n'en ai pas parlé. Il y a une sorte d'omerta. Je dirigeais un journal sur l'audiovisuel. Je suis en contact avec les patrons de chaînes. Il s'agissait d'un patron de chaîne qui m'a manqué de respect. On en a parlé, il a continué l'année dernière et a dit que j'étais en colère et rancunière. Il m'a dit cela dans un message privé quand je lui ai parlé du problème. Je vis aux États-Unis, à New York, et les lois contre le harcèlement y sont assez strictes. On ne plaisante pas avec ça. J'ai juste considéré qu'il était temps d'en parler dans notre profession. Les actrices ont été extrêmement courageuses. Elles ont des contrats précaires. Nous aussi on a des contrats précaires. Si les actrices d'Hollywood, les actrices en France sont capables de parler, il est temps qu'on crève l'abcès.

Vous attendiez-vous à autant de réactions quand vous avez lancé ce hashtag ?

Je n'ai pas dormi de la nuit. Il est important de dialoguer avec les gens. Contrairement à ce qu'on croit, ce n'est pas parce que les tweets sont anonymes que les gens ne sont pas intelligents et n'ont pas un avis. Il y a très peu de tweets orduriers, violents, chacun donne son opinion. Je suis assez contente des réactions. On est dans un pays de liberté d'expression. La violence des propos qui est dénoncée, la violence des témoignages est à la hauteur du vocabulaire employé par les personnes qui nous harcèlent et les dénoncer c'est les arrêter, ce n'est pas faire de la délation. Il faut juste dénoncer pour les arrêter pour qu'ils en prennent conscience pour qu'ils sachent à un moment donné qu'on est capables de parler, de les harceler et qu'il ne faut pas se laisser faire.

Quelle suite pouvez-vous donner au lancement de ce hashtag ?

Moi je suis dépassée, je pense que le gouvernement va nous entendre. Ce hashtag est arrivé au niveau du gouvernement. J'ai vu que l'Élysée voulait retirer une décoration au producteur [Harvey Weinstein]. On a une secrétaire [d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes] qui est assez virulente sur pas mal de sujets. Il me semble qu'elle préparait un projet sur le harcèlement de rue, peut-être qu'elle va l'élargir au harcèlement au travail. Aux États-Unis, il faut savoir qu'on est très protégés. Vous avez des lignes [téléphoniques] dans les entreprises pour appeler si vous êtes harcelées. Les hommes se tiennent à carreau et encore une fois je n'ai pas voulu faire une guerre des sexes, car il y a beaucoup d'hommes qui sont intervenus de façon plus que très élégante. Les tweets de soutien que j'ai reçus sont extraordinaires.