"Oken", "Thorgal Wendigo", "Le problème à 3 corps"… Les sept BD et romans graphiques à ne pas rater

Le marché de la bande dessinée continue de dominer l’édition. Un livre vendu sur quatre est une BD, au sens large (comics, manga, roman graphique, etc). Le chiffre d’affaires avoisine le milliard d’euros.
Article rédigé par Mohamed Berkani
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 6 min
Rayon de la BD et des mangas de la librairie "Le Merle moqueur", à Paris. (Mohamed BERKANI)

La BD se porte bien. Monica, Lebensborn, Oken ou encore Le dernier sergent, notre sélection, forcément subjective et non exhaustive, tient compte des thèmes et genres de narration. Tour d’horizon avec ces sept albums originaux.

 

"Oken : combats et rêveries d’un poète taïwanais" : le choc visuel

Une authentique et belle réussite illustrée avec finesse et poésie. Une œuvre onirique, basée sur l’autobiographie de Yang Mu, immense poète taïwanais, et un choc visuel. La formule est juste : "Le narrateur emprunte les yeux d’un enfant et les pensées d’un adulte pour revenir sur les évènements spirituels qui l’ont fait grandir". Oken, jeune enfant, découvre un monde impitoyable. Pour s’en prémunir, il se réfugie dans la poésie. Nous sommes en 1941. L’armée américaine bombarde Taïwan, sous occupation japonaise. Unique lieu sûr pour Oken et sa famille : la montagne. Lorsqu’ils reviennent en ville, quelques années plus tard, les Chinois nationalistes ont remplacé les Japonais. Au-delà des soubresauts politiques de la région, Shin-hung Wu nous plonge dans un univers à la fois sombre et lumineux dans lequel le jeune Oken évolue en symbiose naturelle. Le dessin tient à la fois de la peinture chinoise mais aussi de l’école franco-belge. Unique.

"Oken : combats et rêveries d’un poète taïwanais", Shin-hung Wu, éditions Lombard, 23,5 euros

Couverture de l'album "Oken : combats et rêveries d’un poète taïwanais" de Shin-hung Wu. (LE LOMBARD)

 

"La neige était sale" : le vertige du néant

La neige était sale, de Jean-Luc Fromental et Bernard Yselaire, est le deuxième album d’une collection de huit que les éditions Dargaud consacrent aux 120 ans de la naissance de Georges Simenon. Le personnage de ce "livre dur" de l’auteur belge n’est pas sans rappeler celui de Meursault d’Albert Camus dans L’étranger. A 18 ans, Frank est blasé, rongé par un mal intérieur inconnu. Il entame une descente aux enfers. Dans une ville sous occupation allemande, Frank vit chez sa mère, tenancière de bordel. Les plaisirs de la chair ne lui suffisent pas, il a les pensionnaires de sa mère à disposition. Frank cherche la mort, l’anéantissement. Il tue et avilit. Le personnage, particulièrement odieux, court après sa propre déchéance. Jean-Luc Fromental et Bernard Yslaire restituent l’atmosphère oppressante qui caractérise l’œuvre de Simenon.

 

"La neige était sale", d’après Georges Simenon, Jean-Luc Fromental et Bernard Yslaire, éditions Dargaud, 23,50 euros

 

Couverture de l'album "La neige était sale" de Fromental et Yslaire. (Editions Dargaud)

 

 

"Lebensborn", Isabelle Maroger revient sur les maternités nazies

Roman graphique d’une très grande sincérité et une enquête bouleversante sur les maternités nazies que nous fait découvrir Isabelle Maroger dans Lebensborn (Bayard Graphic). Tout commence dans un bus lyonnais. Alors qu’elle se promène avec son bébé, Isabelle Maroger est interpellée par une femme qui la complimente pour ce bel enfant blond aux yeux bleus. Et d’ajouter : "ça devient rare comme race"... Sous le choc, la Franco-Norvégienne, elle-même grande, blonde et aux yeux bleus, décide de raconter enfin sa famille, et de se raconter aussi. L’histoire familiale rejoint la grande Histoire. Sa mère est née dans un Lebensborn, ces maternités mises en place par les nazis pour produire à la chaîne de purs Aryens. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les soldats allemands étaient encouragés à mettre enceintes les femmes aryennes et de les diriger ensuite vers des cliniques spécialisées. Ceux qui réussissaient percevaient une prime. La grand-mère norvégienne d'Isabelle Maroger est tombée amoureuse de l'un de ces soldats et a accouché de sa fille dans une de ces maternités. Un récit indispensable.

 

"Lebensborn", Isabelle Maroger, Bayard Graphic, 22 euros

Couverture de l'album "Lebensborn" d'Isabelle Maroger. (BAYARD GRAPHIC)

 

"Monica" : à la recherche d’une mère disparue

Ce roman graphique, paru fin 2023, est peut-être l’œuvre la plus personnelle de Daniel Clowes. L’ouvrage est structuré en puzzle et ne prend son sens totalement que vers la fin. Monica (Delcourt), Fauve d'or lors du Festival International de la bande dessinée d'Angoulême en 2024, use de tous les codes du comics indépendant mais prend une autre dimension par sa forme narrative originale. Daniel Clowes est de retour en force après sept ans d’absence. Monica, personnage principal, est abandonnée par sa mère chez ses grands-parents avant de disparaître. Dans neuf récits, construits avec une rare maîtrise, nous découvrons avec Monica l’Amérique des années 1970, et une génération à la recherche d’une place dans un pays qui dévore ses enfants. Monica, un chef-d’œuvre signé Daniel Clowes.

 

"Monica", Daniel Clowes, Delcourt, 21,90 euros

Couverture de la BD "Monica" de Daniel Clowes. (Editions Delcourt)

 

"Thorgal Wendigo" : mythes et légendes

La question que tous les fans de Thorgal se posaient a trouvé réponse : oui, Wendigo conserve l’esprit original, mystérieux et novateur de la série historique. Corentin Rouge, avec la complicité de Fred Duval, a relevé le défi haut les crayons. Qui est le Wendigo ? Une créature maléfique issue de la mythologie des Indiens algonquiens (Canada), un monstre assoiffé de sang, qui menace aussi les humains. Thorgal se doit de l’affronter s’il veut sauver Aaricia, victime d’un puissant poison. L’unique remède se trouve, en effet, sur un arbre magique défendu par Wendigo. On navigue entre le réel et le supranaturel, entres les brumes et la clarté. Wendigo est une épopée fantastique. C’est l’occasion de découvrir une autre culture, d’autres mythes. Le dessin dynamique et puissant de Fred Duval se prête à cette aventure extraordinaire. Une réussite graphique.

"Thorgal Wendigo", Corentin Rouge, Fred Duval, Le Lombard, 24,50 euros)

Couverture de l'album "Thorgal Wendigo". (Editions Le Lombard)

"Le dernier sergent : les guerres immobiles" : le monde selon Fabrice Neaud

La couverture, un regard dans le rétroviseur, annonce le ton. Fabrice Neaud regarde le passé dans les yeux. Et il a beaucoup à en dire. Le dernier sergent : les guerres immobiles (tome 1), un pavé de 424 pages, fait partie du gigantesque projet autobiographique de l’auteur. L’œuvre globale porte le titre-programme Esthétique des Brutes. Dans ce dernier album, Guerres immobiles, il s’intéresse à la période qui va d’avril 1998 au 2 avril 2000. L’auteur annonce, déjà, que le prochain s’intéressera presque exclusivement à cette journée du 2 avril. Fabrice Neaud n’a rien perdu de sa sensibilité ni de sa colère. L’album est un cri. Avec son dessin en noir et blanc, il nous plonge dans son univers, ses questionnements et ses certitudes. Son regard sur la société et la politique est aiguisé, pointu. Homosexualité, précarité, homophobie, reconnaissance de son travail… Fabrice Neaud est toujours aussi tranchant. Bouleversant. 

 

"Le dernier sergent : les guerres immobiles", Fabrice Neaud, Delcourt, 34,95 euros

 

Couverture de la BD "Le dernier sergent : les guerres immobiles" de Fabrice Néaud. (Editions Delcourt)

"Le problème à 3 corps : les frontières de la science" : message à l'univers

La trilogie de Liu Cixin était réputée inadaptable. Pourtant, jeudi 21 mars, la plateforme de streaming Netflix organise une sortie mondiale d’une série au budget faramineux. Et la collection Le Rayon imaginaire (Hachette) sort le premier tome Les frontières de la science. L’adaptation graphique est supervisée par l’auteur lui-même. Le premier volet s’ouvre comme un thriller, avec la découverte d'un cadavre dans un appartement à Pékin. Très vite, la police est évincée au profit d’une branche militaire. L’affaire est de haute importance. Une vague de suicides inexpliqués frappe les physiciens proches des Frontières de la science, une société mystérieuse. Trente-huit années plus tôt, une jeune astrophysicienne, Ye Wenjie, a envoyé dans l’espace un message capté par une civilisation en voie d’extinction. On entre peu à peu dans l’univers complexe de Liu Cixin. 

 

"Le problème à 3 corps : les frontières de la science", Liu Cixin, traduction de Gwennaël Gaffric, Le Rayon imaginaire, 25 euros

Couverture de l'album ""Le problème à 3 corps : les frontières de la science" de  Liu Cixin. (Le Rayon imaginaire)

 

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