Cœurs amoureux, cœurs brisés, cœurs rouges ou noirs : le musée de la Vie romantique écoute battre le cœur dans l'art contemporain

Le coeur et l'art contemporain sont au centre d'une exposition au musée de la Vie romantique (jusqu'au 12 juillet 2020). Nous avons sélectionné sept oeuvres marquantes.

Annette Messager, \"Cœur au repos\", 2009, collection Antoine de Galbert, Paris
Annette Messager, "Cœur au repos", 2009, collection Antoine de Galbert, Paris (© Cloé Beaugrand © Adagp, Paris, 2020)

A Paris le musée de la Vie romantique, dédié à l'art du XIXe siècle, accueille une exposition d'art contemporain. En écho à ses collections, Gaëlle Rio, la nouvelle directrice de ce lieu magique et hors du temps, souhaitait "interroger la notion de romantisme", un terme "très employé par tout le monde aujourd'hui et un peu dévoyé". Elle a voulu explorer ses prolongements de nos jours et l'a fait à la lumière d'un motif récurrent dans l'art, celui du cœur. De Niki de Saint Phalle à Annette Messager, nous avons choisi sept cœurs d'artistes particulièrement émouvants, commentés par Gaëlle Rio.

Avec Maribel Nadal Jové, commissaire invitée, celle-ci a sollicité les galeries pour exposer une quarantaine d'œuvres de trente artistes, afin d'"observer comment les artistes s'approprient le motif du cœur pour délivrer un message en lien avec l'amour et le sentiment amoureux, un des fils conducteurs du romantisme au XIXe siècle".

Des artistes qui convoquent différents matériaux, diverses techniques, peinture, sculpture, dessin, photographie pour représenter le cœur. Il s'agit d'abord un organe, "synonyme de l'énergie vitale du corps humain", souligne Gaëlle Rio. Il peut être représenté en tant que tel mais souvent aussi sous sa forme symbolique, pour exprimer l'amour. Un amour naïf ou passionné, qui tourmente ou désespère. Car contrairement au sens commun, "l'amour romantique n'est pas un amour heureux".

Niki de Saint Phalle, "My Heart" (1965)

Niki de Saint Phalle, \"My heart\", 1965 - Collection privée,Courtesy Niki Charitable Art Foundation and Galerie GP & N.Vallois, Paris
Niki de Saint Phalle, "My heart", 1965 - Collection privée,Courtesy Niki Charitable Art Foundation and Galerie GP & N.Vallois, Paris (© D.R. © Adagp, Paris, 2020)

Sur un fond argenté, un cœur énorme occupe presque toute la surface. Il est couvert de dessins serrés dans des couleurs acidulées, des guirlandes de petits cœurs roses, des fleurs, des papillons et aussi des monstres, des corps coupés. Au centre, une mariée en rose et un marié plus effacé.


"Enormément d'artistes, comme les écrivains et les artistes de la première moitié du XIXe siècle, mettent en scène leur propre cœur", à l'image d'Alfred de Musset qui disait "révéler son cœur", souligne Gaëlle Rio. "Le plus emblématique, c'est ce cœur de Niki de Saint-Phalle : l'artiste n'apparait pas en tant que telle avec son visage mais on peut parler de radiographie de son cœur. Derrière l'apparente naïveté de ses dessins il y a une grande violence, qui montre celle de sa vie amoureuse et de sa vie artistique."

Ouka Leele, "Herida como la niebla por el sol" (blessée comme le brouillard par le soleil) (1987)

Ouka Leele, \"Herida como la niebla por el sol\", 1987
Ouka Leele, "Herida como la niebla por el sol", 1987 (© Ouka Leele / Galerie VU, Paris © Adagp, Paris, 2020)

Sur cette photographie noir et blanc colorisée d'Ouka Leele, l'artiste espagnole se représente attablée devant une assiette où repose un gros morceau de viande, transpercé par une flèche. Sa main gauche tire sa chemise, laissant penser qu'il s'agit de son cœur. "L'association entre le cœur organe et le cœur siège des sentiments est très ancienne, elle date de l'Antiquité. Ouka Leele a son cœur à l'extérieur de son corps mais si vous regardez bien ce n'est pas un cœur humain, c'est plutôt un cœur animal, avec la flèche d'Eros", symbole traditionnel de l'amour.

Françoise Petrovitch, "Dans mes mains" (2018)

Françoise Petrovitch, \"Dans mes mains\", 2018 - Photo : A. Mole. Courtesy Semiose, Paris
Françoise Petrovitch, "Dans mes mains", 2018 - Photo : A. Mole. Courtesy Semiose, Paris (© Adagp, Paris, 2020)

Cette jeune fille représentée par Françoise Petrovitch dans des couleurs vives "porte un cœur dans ses deux mains, elle offre un cœur. C'est une thématique très ancienne dans l'histoire de l'art, dès le Moyen-Age : dans l'amour courtois, on échangeait ses cœurs d'un point de vue symbolique. Derrière cette naïveté, cette candeur, cette virginité, derrière le côté très acidulé de l'œuvre, il y a une certaine violence : la jeune fille a le visage coupé, et ce cœur n'est pas si anodin, si innocent, il saigne probablement, il y a des coulures."

Jim Dine, "Irene" (1993)

Jim DINE, \"Irene…\", 1993 - Photo : Bertrand Huet Tutti. Courtesy Templon, Paris – Bruxelles
Jim DINE, "Irene…", 1993 - Photo : Bertrand Huet Tutti. Courtesy Templon, Paris – Bruxelles (© Jim Dine © Adagp, Paris, 2020)

Inscrit sur un damier multicolore plat, un grand cœur symbole brun et brillant offre ses volumes généreux. Le titre de l'œuvre est inspiré de Good Night Irene, une célèbre chanson qui raconte un amour malheureux et a été reprise par quantité d'artistes de Leadbelly, son créateur, à Eric Clapton en passant par Frank Sinatra, Johnny Cash ou Jerry Lee Lewis. Le cœur est un motif récurrent dans le travail de l'artiste américain Jim Dine.

"Vous voyez ici dans cette grande peinture un cœur qui déborde de sensualité, de volupté et qui tend à déborder même du cadre, de la peinture."

Jean-Michel Othoniel, "Kokoro" (2012)

Jean-Michel Othoniel, \"Kokoro\", 2012, Collection privée, Othoniel Studio
Jean-Michel Othoniel, "Kokoro", 2012, Collection privée, Othoniel Studio (© Adagp, Paris 2020)

On est toujours dans le cœur symbole, avec ces dessins délicats à l'aquarelle de Jean-Michel Othoniel, artiste célèbre pour son travail du verre et ses installations colorées comme celle de la station de métro Palais-Royal à Paris. "Il s'agit de travaux préparatoires pour deux cœurs installés au Japon. Ces œuvres appartiennent à sa collection personnelle et montrent le processus de création intime de l'artiste."

Annette Messager, "Cœur au repos" (2009)

Annette Messager, \"Cœur au repos\", 2009, collection Antoine de Galbert, Paris
Annette Messager, "Cœur au repos", 2009, collection Antoine de Galbert, Paris (© Cloé Beaugrand © Adagp, Paris, 2020)

Une œuvre d'Annette Messager, artiste qui a beaucoup travaillé le textile, attire particulièrement l'attention. Ce cœur noir, volume de fils d'aciers couverts de mailles d'un filet de pêche, est couché.

"C'est un cœur noir par opposition au cœur rouge ou rose. Couché, c'est un cœur convalescent, comme un vaisseau échoué. Et derrière son apparent caractère éphémère, il y a une certaine résistance, car le fil de pêche est quelque chose de très résistant. Annette Messager travaille sur le contraste entre l'apparente fragilité de la vie et de la relation d'amour et la résistance aux heurts et aux tourments."

Gilles Barbier, "Amour éternel" (2017)

Gilles Barbier, \"Amour éternel\" (artist impression), 2017 - Courtesy Galerie GP & N Vallois, Paris
Gilles Barbier, "Amour éternel" (artist impression), 2017 - Courtesy Galerie GP & N Vallois, Paris (© JC Lett © D.R © Adagp, Paris, 2020)

Dans cette grande gouache sur fond noir, un crâne à l'envers semble rire de toutes ses dents. La cavité nasale, abyssale comme les orbites, présente clairement une forme de cœur symbole allongé. En son centre est inscrit "amour éternel".

"Quand on représente un crâne dans l'histoire de l'art, on se dit : c'est un memento mori, ça représente la fugacité de la vie, l'annonce de la mort. Mais Gilles Barbier fait aussi de l'humour, puisqu'il place le crane à l'envers. Il faut voir cette œuvre comme un pied de nez à la mort : c'est l'amour qui est plus fort que la mort. Ce cœur du futur, ce cœur qui triomphe, c'est un fil conducteur d'un travail artistique contemporain."

"Coeurs. Du romantisme dans l'art contemporain"
Musée de la Vie romantique
16, rue Chaptal, 75009 Paris
Tous les jours sauf les lundis et le 1er mai, 10h-18h
Tarifs : 6€ / 4 €
Du 14 février au 12 juillet 2020