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Vendée Globe : le record d'Armel Le Cléac'h tiendra-t-il plus de quatre ans ?

Le navigateur breton a réussi l'exploit de boucler son tour du monde en 74 jours, 3 heures et 35 minutes jours, améliorant de plus de 3 jours le précédent temps de référence établi par François Gabart.

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France Télévisions
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Le skipper Armel Le Cléac'h sur son bateau "Banque Populaire VIII", le 24 septembre 2016. (VINCENT CURUTCHET / DPPI MEDIA)

Armel Le Cléac'h a battu le record du Vendée Globe le plus rapide, jeudi 19 janvier, en 74 jours, 3 heures et 35 minutes, améliorant de 3 jours, 22 heures et 41 minutes la marque de François Gabart en 2012, qui avait lui-même battu de six jours le temps de Michel Desjoyeaux, lequel avait amélioré de quatre jours le record de Vincent Riou en 2004, Riou qui avait battu de six jours le temps de Desjoyeaux cru 2000.

>> DIRECT. Suivez l'arrivée d'Armel Le Cléac'h aux Sables d'Olonnes

Le temps du vainqueur du Vendée Globe est-il voué à ne tenir que quatre ans ? Seul le vainqueur de l'édition 1992 n'a pas réussi à battre le temps de l'édition précédente. Faut-il s'attendre à ce que les bateaux aillent encore plus vite lors de l'édition 2020 ?

Non, des progrès technologiques considérables sont attendus

Principale innovation technique de ce Vendée Globe 2016 : l'apparition des foils le long de la coque du bateau. Ces "moustaches" permettent de surélever la coque, de diminuer la résistance de l'eau, et donc d'aller plus vite. Une technologie encore embryonnaire. Sur son blog, Guillaume Verdier, concepteur des cinq navires de tête de la flotte avec le cabinet VPLP, estimait avant le départ que ces appendices feraient gagner "deux jours" sur un tour du monde. Pari gagnant. "D'habitude, on arrivait à gagner 0,15 nœud par heure entre chaque édition. Cette fois, le gain est de 2 à 3 nœuds par heure", s'enthousiasme celui qui a commencé à travailler sur ces "foils" en 2000. Mais on n'est qu'à la préhistoire des foils. On commence déjà à faire tourner des bateaux sur simulation dès aujourd'hui pour l'édition 2020. On peut encore gagner sur la géométrie des foils, réduire le phénomène de cavitation [le fait que le bateau heurte frontalement les vagues, façon dragster], sur leur efficacité moyenne et leur résistance aux impacts." 

"On n'a pas encore poussé ces avancées technologiques jusqu'au bout, indique le skipper Sébastien Josse à Yachting World (article en anglais). On pourrait repenser les foils pour pouvoir les contrôler et diminuer la charge qu'ils subissent." Des foils réglables via le pilote automatique ? Le règlement de l'Imoca, la classe des bateaux du Vendée Globe, ne l'autorise pas encore.

N'empêche. Le record d'Armel Le Cléac'h ne fera pas long feu, à en croire les spécialistes. Guillaume Verdier estime qu'on peut gagner beaucoup sur le poids du bateau grâce à de nouveaux matériaux ou en repensant la forme des mâts, voire de la coque. Entre 2012 et 2016, le poids de la grand'voile a ainsi fondu d'une vingtaine de kilos, pour atteindre 86 kilos. On quantifie les gains de temps entre chaque génération de bateaux à 4 ou 5%. Cette fois, l'estimation consensuelle tourne autour de 8%. 

Non, les skippers peuvent encore progresser physiquement

Quand il a achevé son tour du monde en 49 jours, Thomas Coville avait confié être à la limite de ce qu'il pouvait endurer. Terminé le mythe du marin buveur de rhum : les skippers d'aujourd'hui se préparent comme des athlètes pour les courses. Armel Le Cléac'h comparait les transats à du demi-fond, et les tours du monde à un marathon. Mais sa préparation physique –intensive– ne se limite pas à des footings sur le front de mer de Port-la-Forêt, son camp de base du Finistère.

Armel Le Cléac'h sur son bateau, "Banque Populaire VIII", avant le départ du Vendée Globe, le 6 novembre 2016 au large de Lorient (Morbihan). (VINCENT CURUTCHET / DPPI MEDIA)

Bernard Jaouen, qui a préparé Armel Le Cléac'h, date la prise en compte de l'importance de la préparation physique à 2006. Déjà avec le skipper finistérien : "Armel savait qu'il était moins rodé que Michel Desjoyeaux sur son bateau, il savait qu'il allait laisser deux ou trois minutes de plus sur chaque manœuvre, il a donc renforcé son physique. Une bonne préparation physique, c'est aussi garder du jus pour prendre de meilleures décisions sur le bateau. Armel n'était pas quelqu'un de très athlétique, mais il l'est devenu."

A la clé, un programme spécifique, avec des exercices reproduisant l'effort d'un virement de bord (6 minutes à 195 pulsations par minute pour Le Cléac'h) qui peuvent se produire une douzaine de fois par jour, ou le matossage –le déplacement du matériel pour rééquilibrer le bateau– l'exercice le plus éprouvant sur une course au large. Une étude est d'ailleurs en cours pour mesurer l'impact de ces bateaux, toujours plus exigeants, sur le corps. On soupçonne notamment des atrophies des bras et des jambes.

Peut-on encore améliorer les performances des skippers ? "Je vois arriver des jeunes qui ont vraiment pris en compte cette dimension physique, abonde Bernard Jaouen. Les générations précédentes étaient juste douées pour naviguer. Aujourd'hui, on a affaire à des guerriers." Des guerriers qui courent des trails ou pratiquent assidûment d'autres sports quand ils sont sur le plancher des vaches. Le dernier skipper à avoir gagné sans soulever de fonte restera sans doute Michel Desjoyeaux en 2008. Reste que les jeunes qui montent vont devoir apprendre à dompter... leur emploi du temps : "Beaucoup de skippers sont des chefs d'entreprise, et ont peu de temps à me consacrer, déplore Bernard Jaouen. Armel, qui a toujours su déléguer, peut lui se concentrer sur sa préparation. Mais d'autres n'y arrivent pas."

D'autres pistes sont explorées par les skippers. Le dauphin de la course, Alex Thomson, a eu recours à un préparateur mental. Celui qui a aidé les footballeurs de Leicester à remporter le titre de champions d'Angleterre en 2016, à la surprise générale. 

Peut-être, car la météo sera seule juge de paix

Le bateau d'Armel Le Cléac'h lors du départ du Vendée Globe, le 6 novembre 2016 aux Sables-d'Olonne (Vendée). (DAMIEN MEYER / AFP)

"Les conditions météo ont été particulièrement favorables jusqu'à la remontée de l'Atlantique, souligne Jean-Yves Bernot, le météorologue qui a écrit Météo et stratégie (éd. Voiles Gallimard, 2004), le livre de chevet des skippers, et dont le petit surnom dans le milieu est "le sorcier". "Un parcours venté juste assez mais pas trop, et peu de zones de calme pénalisant. Quand on fait un tour du monde, il est rare d'avoir les clignotants au vert tout du long. Cette année, à l'exception du final, c'était le cas." Même le troisième de la course, Jérémie Beyou, aux commandes d'un Imoca génération 2012 équipé de foils, fait presque aussi bien que François Gabart quatre ans plus tôt. "Mais si François Gabart avait participé cette année, il aurait amélioré son temps de trois ou quatre jours", insiste le météorologue.

Jean-Yves Bernot n'aime pas trop comparer les temps d'une édition à l'autre, et s'irrite quand on lui parle de record. Pour lui, les conditions météo ont une importance déterminante : "C'est comme une course de Formule 1 : vous ferez forcément un meilleur temps par temps sec que sur circuit mouillé, peu importe la voiture." Si le Vendée Globe s'était déroulé majoritairement contre le vent, comme lors de l'édition 2000, les bateaux à l'ancienne auraient fait mieux que les modèles dernier cri bardés de foils. Les moustaches, c'est bien pratique par vent arrière, mais dans la pétole ou au près, ça a surtout pour effet fâcheux de ralentir le bateau. 

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