L'œil de François Gabart - "Le Vendée Globe c'est une course par élimination"

Alors que Charlie Dalin dominait le classement du Vendée Globe depuis le 23 novembre dernier, le skipper d'Apivia s'est fait distancer par Thomas Ruyant et Yannick Bestaven ce mardi. Son problème de foil l'a en effet contraint à s'arrêter pour effectuer des réparations. Pour François Gabart, vainqueur de la course en 2013, ce type d'incident est un événement classique de cette course mythique.
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France Télévisions
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Le skipper français François Gabart. (LOIC VENANCE / AFP)

Mardi la tête de la course a été récupérée par Thomas Ruyant (LinkedOut), talonné par Yannick Bestaven (Maître Coq IV). Charlie Dalin (Apivia) est quant à lui troisième. On a l'impression que la bagarre n'a jamais été aussi intense depuis le départ de la course. 
François Gabart :
"Oui, la bataille est acharnée. Ce qu'il se passe actuellement, c'est malheureusement la réalité du Vendée Globe à savoir, les problèmes techniques sur les bateaux, en l’occurrence sur Apivia et l'ancien leader Charlie Dalin. Les problèmes techniques sont relativement fréquents sur cette course. Cet incident concerne le leader, on y prêterait peut-être un petit peu moins d'attention s'il s'agissait de skippers avec une place un peu plus éloignée. Mais ce que je veux dire c'est que c'est sans trop de surprise. Si on regarde le Vendée depuis le départ, il n'y a pas eu de problème tous les jours, mais pas loin."

Thomas Ruyant a repris la tête de la course à Charlie Dalin, qui lui même lui avait reprise le 23 novembre dernier pour la même avarie (foil bâbord). Finalement, les problèmes techniques rythment la danse des leaders...
FG :
"Oui, exactement. Je dis souvent que le Vendée Globe c'est une course par élimination. Il faut essayer de tenir un rythme et ne pas se faire décrocher. Parfois, on se fait décrocher pour des raisons de vitesse assez basiques, et d'autres fois à cause de problèmes techniques. Pour prendre l'exemple de Thomas et Charlie, ils ont tous les deux des bateaux très performants, donc en effet ils ne se sont pas trop fait décrochés pour des questions de vitesse pure depuis le départ. En revanche, ils ont eu depuis le début des petits soucis à droite à gauche, des soucis plus handicapant, les obligeant de s'arrêter pour réparer. Ça a été le cas de Thomas il y a quelques semaines, tout comme Charlie cette semaine. 

Je rappelle une nouvelle fois que je suis engagé dans le projet d'Apivia, donc forcément je ne peux pas me réjouir de ce qu'il s'est passé pour Charlie. Néanmoins, je suis content qu'on ait pu trouver une solution pour la réparation. Et l'exemple de Thomas laisse de l'espoir pour Charlie, puisque le skipper de LinkedOut a perdu la tête du classement il a quelques semaines et la retrouve aujourd’hui. Ca me laisse espérer légitimement que tout est possible pour Charlie. Rien n'est perdu. Et j’espère que Charlie pourra reprendre le lead dans quelques jours ou quelques semaines, et évidemment, non pas sur un problème technique de Thomas ou d'une manière générale sur les autres bateaux."

Derrière les trois leaders, il y a un groupe très proche de la tête de la course, constitué de Jean Le Cam, Damien Seguin, Benjamin Dutreux, et légèrement plus loin Louis Burton et Boris Herrmann. Les skippers sont presque à touche-touche. 
FB :
"Oui, cela témoigne bien de quelque chose d'assez classique sur cette course qui est le système d'élastique, où toute la flotte n'est pas forcément dans le même système météo en même temps. Par moment les bateaux partent par devant, puis à d'autres moments les bateaux reviennent. Cette dernière semaine d'une manière globale, la flotte a plutôt eu tendance à se resserrer et les écarts avec les leaders se sont réduits. Les trois premiers sont repartis dans du vent. Des skippers sont restés bloqués, du coup cela a permis de resserrer un groupe juste dernière eux. C'est un phénomène qui risque de se reproduire dans les semaines qui viennent. Cela ralentira de nouveau par devant dans la fin de semaine, vendredi ou samedi je pense. On peut donc imaginer que le groupe emmené par Jean Le Cam reviendra un peu sur les leaders et puis ça repartira. C'est l'élastique, c'est un peu normal. Il faut essayer de ne pas louper les wagons et de garder les nerfs solides dans ce type de situation."

Quelle sera la tendance météo dans les prochains jours pour les leaders et à quoi devront-ils être vigilants ? 
FG :
"D'une manière assez globale, pour les dix premiers, la semaine à venir s'annonce un peu moins extrême que les semaines précédentes, avec un vent moins violent. Les premiers vont être au VMG portant, c'est-à-dire qu'ils vont descendre vraiment au maximum avec le vent le long de la zone des glaces pour essayer de se mettre dans un couloir de vent pas trop faible ou assez fort. Cela leur permettra de pouvoir s'échapper dans les heures qui viennent. Ils arriveront ensuite dans une zone de vent faible vers vendredi ou samedi, ce qui va permettre au groupe de Le Cam de resserrer ensuite."

Tous les skippers sont désormais dans l'Océan Indien. Cette partie de la course a-t-elle des difficultés particulières ?
FB
: "Tout le monde est arrivé dans l'Indien en effet. Ils ont devant eux un immense océan, le Pacifique. Ils vont être dans une zone justement où il y a très peu de terre, très peu d'îles. Autant le Pacifique est très riche en îles sur la partie équatoriale et tropicale, avec pas mal d’îles sous la Nouvelle-Zélande, dans le l'Océan Australe Indien avec l'île de Crozet par exemple, mais après c'est un désert océanique qui s'ouvre à eux, pendant quasiment 15 jours. Ils se dirigent sur une immensité bleue, avec le fameux point Nemo, l'endroit sur la mer qui est le plus éloigné de toutes les terres. 

C'est une impression de grand vide, avec en plus une période très particulière car on peut imaginer que les premiers arriveront au point nemo au moment de Noël, à l'autre bout du monde. D'après mon expérience personnelle, c'est un moment du parcours où on est assez loin de la terre ferme et de la vie terrienne, autant au sens propre qu'au figuré."

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