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Ce Français a battu les trois derniers records du tour du monde à la voile en dessinant des bateaux "sur mesure"

Vincent-Lauriot-Prévost est le concepteur du bateau de Francis Joyon, qui a pulvérisé jeudi le record du tour du monde à la voile en équipage. Il a aussi a dessiné les embarcations de Thomas Coville et d'Armel Le Cléac'h.

Article rédigé par Ariane Griessel, Edouard Marguier
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min
Francis Joyon et son équipage ont été accueilli à Brest le 26 janvier 2017 après avoir battu le record du Trophée Jules Verne. (LOIC VENANCE / AFP)

Si les records du tour du monde à la voile sans escale et sans assistance tombent comme des mouches ces dernières semaines, c’est aussi grâce à l’architecte naval, Vincent Lauriot-Prévost, co-fondateur du cabinet VPLP Design. Cet homme a conçu les bateaux de Thomas Coville, détenteur du record du tour du monde en multicoques, d’Armel Le Cléac’h, recordman du Vendée Globe, la course autour du monde en monocoque, et c’est aussi lui qui a dessiné l’embarcation qui a pulvérisé le record du Trophée Jules-Verne jeudi 26 janvier.

Francis Joyon et son équipage ont mis 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes exactement pour faire le tour du monde, soit quatre jours de mieux que Loïck Peyron en 2012.

franceinfo : Peut-on encore espérer de nouveaux records, tel que celui que l’on vient de vivre ?

Vincent-Lauriot-Prévost : Ce sont des questions que l’on se pose à chaque fois que des nouveaux records sont battus. IDEC Sport, le bateau de Francis Joyon appartenait à Franck Cammas, qui, en 2010, avec ce même bateau [qui s’appelait Groupama 3] a battu le record Jules Verne en 48 jours. Francis met 40 jours à bord de la même embarcation mais avec des réglages un peu différents. Ce sera difficile mais il n’y a pas de raison de ne pas pouvoir le battre. 

Les conditions météo étaient très propices à ce nouveau record. La technique a joué également un grand rôle. Quel est la place du marin aujourd’hui ?

Le marin est le chef d’orchestre du projet depuis le début. Il fait d’abord le choix du bateau, ensuite il prend des décisions techniques et enfin, pendant la navigation, il met en place une stratégie de course et fait tourner l’équipage afin qu’il soit en symbiose avec sa vision.

Vous consultez les skippers lorsque vous dessinez un bateau ?

Dans le processus de conception d’un bateau, le skipper est toujours présent. Nous prenons en compte ses retours d’expérience et sa vision de la navigation. L’objectif est de concevoir un bateau qui lui convient. Faire un bateau pour Thomas Coville, Armel Le Cleac’h ou pour François Gabart amène à des options qui sont souvent bien différentes. 

Ce sont donc des bateaux conçus sur mesure ?

Absolument ! L’objectif est le même mais la manière de naviguer et les choix sont différents en fonction des skippers. Par exemple, pour ce même bateau, Franck Cammas était parti avec un équipage de onze personnes. Francis Joyon, lui, avait choisi six personnes. Nous avons donc dû l’adapter. On peut retrouver ce genre de choix personnels sur tous les secteurs qui concernent la conception du bateau.

Au-delà de l’équipage, pourquoi ce bateau a permis à Francis Joyon de battre ce record ?

Toute la démarche de Francis Joyon et de son équipage a été de chasser le poids par tous les moyens pour en faire un bateau plus léger qu’auparavant, ce qui lui permet d’avoir plus de polyvalence et d’être mené plus efficacement que lorsqu’on a un bateau plus lourd, plus engageant et plus puissant physiquement. 

Est-ce que cette technique ne gâche pas le mythe du skipper luttant contre vents et marées pendant les courses ? 

Quand j’assiste à la magie du Vendée des Globes avec tout cet engouement qu’il y a au départ et à l’arrivée des bateaux, quand je vois l’ambiance pendant les arrivées de Thomas Coville à la fin de l’année dernière et celle de Francis Joyon jeudi 26 janvier à Brest, je me dis que la magie est toujours là. Les supporters ne se lassent pas de voir ces grands bateaux menés par un homme en solitaire ou par un équipage qui naviguent à des vitesses élevées, dans des endroits de la planète où ces gens n’iront jamais. Il faut des bateaux techniques et des marins accomplis pour réaliser ces parcours qui font rêver. 

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