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Tour de France 2018 : "Il faut que le bluff revienne, il faut que le poker puisse revenir"

Christian Prudhomme, directeur du Tour de France, regrette la place prise par les capteurs de puissance. Il voudrait les interdire pendant la course.

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Radio France
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Le directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, au départ de la 17e étape entre Bagneres-de-Luchon et Saint-Lary-Soulan (JEFF PACHOUD / AFP)

Clap de fin, dimanche 29 juillet, pour le Tour de France. Après trois semaines de course, les cyclistes arrivent sur les Champs-Élysées. Le Britannique Geraint Thomas va remporter le classement général. "C'est un beau vainqueur d'une équipe surpuissante. Il perpétue une certaine tradition des poursuiteurs qui se lancent sur la route et qui gagnent le Tour de France", a salué, dimanche sur franceinfo, Christian Prudhomme, le directeur de l'épreuve. 


franceinfo : Que pensez-vous de la victoire de Geraint Thomas ? Pour l'organisateur que vous êtes, Geraint Thomas en jaune c'est mieux que Chris Froome ?

Christian Prudhomme : Je ne vais pas répondre comme ça mais c'est un beau vainqueur d'une équipe surpuissante. Il avait montré ces dernières années qu'il montait en puissance sur les épreuves d'une semaine. Il avait gagné le Paris-Nice il y a deux ans, il a gagné le Critérium du Dauphiné cette année de manière brillante. C'est le seul dont on disait qu'il tombait tout le temps. En 2018, il n'est jamais tombé alors que tous les autres tombaient, crevaient, avaient des incidents mécaniques. Lui, il passait à travers. Il a toujours été devant et a grappillé seconde par seconde dès le départ puisque c'est le seul qui a vraiment utilisé les points bonus qu'on avait mis au goût du jour. Il avait bien l'intention de montrer que, premièrement il était un vrai co-leader voire le leader de l'équipe, et puis qu'il avait envie de gagner le Tour de France. C'est un vainqueur qui perpétue une certaine tradition des poursuiteurs qui se lancent sur la route et qui gagnent le Tour de France. Il est évident que Geraint Thomas suscite moins la polémique que n'aurait pu le faire Chris Froome. On l'a vu tout au long de ce Tour.

Vous avez parlé d'une équipe surpuissante, l'équipe Sky. Un an que cette équipe gagne tout, est-ce que c'est un problème ?

Une domination écrasante, on a connu ça. Mais c'était plus un homme qu'une équipe. Je pense à Eddy Merckx, le cannibale, le formidable champion qui gagnait tout. Là il y a une opposition face à la Sky. Il y a Tom Dumoulin qu'on a vu gagner le contre-la-montre samedi. Il y a Primoz Roglic qui arrive et il y en aura d'autres et les Français qui sont là et dont je veux saluer l'abnégation et le courage. Romain Bardet avait des rêves plus grands et plus forts sans aucun doute mais il est là. Il a gagné une place samedi dans le dernier contre-la-montre pour le classement général. Je voudrais aussi saluer le courage d'Arnaud Démare qui a réussi à franchir, lui le sprinteur, les Alpes et les Pyrénées pour aller enfin gagner une étape. Et je pense enfin à celui qui n'était pas là cette année mais qui sera là je l'espère l'année prochaine, Thibaut Pinot. Et évidemment Julian Alaphilippe.

Pour la suite du Tour, que voyez-vous ?

Sur les parcours, on continuera à créer des choses mais ça ne suffit pas. Je pense effectivement que la proposition de David Lappartient à l'Union cycliste internationale (UCI) de la limitation des salaires du 'salary cap' (plafond salarial) est une chose importante. Je pense aussi au capteur de puissance qui, à mon avis, ne devrait servir qu'à l'entraînement. Il faut que le bluff revienne. Or, maintenant, à cause de ces capteurs de puissance, les coureurs savent qu'ils peuvent maintenir leur effort pendant X minutes, X kilomètres et donc le bluff est parti. Il faut que le poker puisse revenir.

Pendant ce Tour, il y a eu quelques débordements : dans la montée de l'Alpe d'Huez sur quelques kilomètres, ou encore au départ de Carcassonne avec une manifestation d'agriculteurs. Vous vous dîtes que ça fait partie du Tour ou bien ça vous pose question ?

Il y a deux choses complètement différentes : une route qui est bloquée ça arrive de manière très rare, la dernière fois c'était en 2004 dans les Alpes après Grenoble. Ce sont des choses qui se gèrent mais qui sont rares. Et il y a une chose qui est complètement différente, c'est l'Alpe d'Huez où on a eu pendant trois kilomètres, sur la deuxième partie de la montée, un comportement exécrable des gens qui étaient là, qui n'écoutent aucun des messages diffusés partout et qui viennent non pas pour voir les champions mais pour se montrer.

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