Roland-Garros 2022 : "C'est la première fois qu'on me donnait un micro", Yannick Noah, dernier Français vainqueur du tournoi, revient sur son succès

Quasiment quarante ans après sa victoire, les émotions demeurent intactes pour Yannick Noah, alors que débute, lundi, une nouvelle édition de Roland-Garros.

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Yannick Noah, le 9 mai 2022 à Paris. (JULIEN DE ROSA / AFP)

Cela fait 39 ans que la France lui cherche un successeur chez les hommes. A l'aube d'une nouvelle édition de Roland-Garros qui démarre lundi 16 mai avec les qualifications, Yannick Noah revient sur son parcours et sa vie après ce succès en 1983. Plus grand palmarès du tennis masculin français de l'ère Open, chanteur à succès, il reste surpris par cette trajectoire : "Pourquoi moi ? Pourquoi cette chance ?"

Le Français, qui fête ses 62 ans le 18 mai et vit désormais au Cameroun où il est chef d'un village, était de passage à Paris pour le lancement d'un documentaire sur sa vie qui sera disponible le 20 mai sur Amazon Prime.

Bientôt 40 ans après, que vous reste-t-il de cette victoire à Roland-Garros en 1983 ?
Yannick Noah : C'est mon heure de gloire, je n'en ai gagné qu'un. Et c'est la première fois qu'on me donnait un micro. Donc tu es submergé par cette émotion, tu ne touches pas terre et tout d'un coup on te dit : "Mets des mots sur cette émotion"... J'ai fait un discours simple mais j'ai remercié tout le monde et je n'ai oublié personne : la famille, mes fans, la fédé, tous mes supporters français, mes supporters camerounais qui devaient suivre ça à la radio. 

"C'est con, parce que si j'avais oublié quelqu'un, j'aurais essayé de gagner une deuxième fois, ça m'aurait motivé !"

Yannick Noah, gagnant de Roland-Garros en 1983

AFP

Vous en avez vécu des émotions : un échange avec votre idole Arthur Ashe à 11 ans, la victoire à Roland-Garros, en Coupe Davis ou encore votre concert au Stade de France. Quel est votre meilleur souvenir ?
Je pourrais dire : "Ce moment a été fort pour telle ou telle raison". Mais en fait, c'est toute l'histoire... Ma première victoire personnelle, c'est Roland-Garros, j'ai 23 ans. Quand je suis capitaine (en Coupe Davis), mon souhait, à l'intérieur de mes tripes, c'est que mes potes vivent cette émotion. Je veux qu'on gagne et voir leur gueule. Je veux les voir pleurer, ça va être mon bonheur. La première fois que Joakim (son fils aîné) a gagné le championnat universitaire de basket aux Etats-Unis, j'étais avec sa maman, et il a fait un truc incroyable. Il y avait 50 000 personnes, ils ont gagné, il a été joueur de la finale, MVP, et il est monté dans la tribune nous embrasser. Si papa n'était pas descendu [sur le court Central de Roland-Garros pour embrasser son fils après la balle de match contre Mats Wilander], Joakim ne nous aurait pas fait ce cadeau parce que c'est quelque chose qui l'a marqué dans son enfance.

Qu'aviez-vous de plus pour gagner Roland-Garros ?
L'image que tout le monde connaît, je pleure parce que je me dis : "Pourquoi moi ?" J'ai toujours eu ce sentiment. Avant chaque concert, je me dis : "Pourquoi moi ? C'est quoi cette chance ?" J'ai plutôt eu ce rapport à tout ce qui m'est arrivé. J'ai des copains autour de moi qui avaient plus de talent, des gens plus malins. Et du coup, c'est moi, et c'est possible en fait.

Des joueurs plus talentueux autour de vous ?
Oui... Le talent en France, c'est quelque chose d'esthétique. On a beaucoup plus de difficultés à mettre en avant les qualités morales d'un enfant, l'envie, la ténacité, la résistance, qui font partie du talent. Et j'avais ça. J'étais athlétique pour un gamin de mon âge mais surtout je m'entraînais beaucoup et du coup j'ai développé ça, justement parce que j'avais envie, cette motivation intense d'aller le plus loin possible. Quand je me suis retrouvé entraîneur, c'est ce que j'ai mis en avant, c'est ce que j'ai regardé chez les joueurs et les joueuses que je coachais. Avec la volonté de les motiver à ce niveau-là, leur dire qu'ils avaient ce potentiel mental pour aller plus loin. Le test ultime, c'est de le faire pour ton gamin.

Votre père Zacharie a été joueur de foot professionnel, vous avez été champion de tennis et votre fils Joakim a été champion NBA. L'ADN des Noah est-il spécial ?
On aime le sport. On aime la compet'. Mais c'est surtout ma mère... C'était une bagarreuse, elle détestait perdre. Alors moi, j'étais bon élève, mais j'étais toujours premier en gym, en dessin et en musique. Toujours ! C'était coefficient zéro, mais mes parents m'encourageaient, me félicitaient : "C'est bien, t'es premier en gym ! T'es premier en musique !" Je ne pense pas qu'il y ait une question de génétique.

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