Tennis : l’affaire Novak Djokovic se passe "à quelques mois des élections en Australie", rappelle un géopolitologue

Le Premier ministre australien, Scott Morrison, "est contesté, il veut faire preuve de fermeté, dire qu'il protège les Australiens", explique le directeur de l’institut de relations internationales et stratégiques.

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Radio France
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Le tennisman Novak Djokovic (G) et Scott Morrison, le Premier ministre australien (D). (MARTIN KEEP / STRINGER / AFP)

"On est à quelques mois des élections en Australie", souligne vendredi 14 janvier sur franceinfo Pascal Boniface, géopolitologue et directeur de l’institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), alors que les autorités australiennes ont accepté de surseoir à l'expulsion de Novak Djokovic jusqu'à ce que la justice ait statué sur son cas. "Scott Morrison, le Premier ministre australien, a l'opinion publique pour lui, parce que la plupart des Australiens ont subi un confinement extrêmement sévère et ils jugent anormal qu'un joueur de tennis, même le numéro 1, puisse avoir une exemption."

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franceinfo : L'organisation de l'Open d'Australie à Melbourne veut avoir le numéro 1 mondial. Le gouvernement ne veut pas être impopulaire. Il y a des intérêts divergents dans ce genre de compétition ?

Pascal Boniface : On est à quelques mois des élections [fédérales en juin] en Australie. Scott Morrison [le Premier ministre australien] est contesté, il veut faire preuve de fermeté, dire qu'il protège les Australiens. Il a l'opinion publique pour lui, parce que la plupart des Australiens ont subi un confinement extrêmement sévère et ils jugent anormal qu'un joueur de tennis, même le numéro 1, puisse avoir une exemption.

"Scott Morrison joue sur cela, avec un discours anti-élite : Je défends le peuple contre les vedettes."

Pascal Boniface, géopolitologue

à franceinfo

Ceci étant, je pense que si Novak Djokovic avait été Américain, Scott Morrison aurait certainement été moins ferme. La Serbie pèse moins sur la scène internationale, donc Scott Morrison peut être courageux en prenant moins de risques.

Est-ce qu'on n'est pas perdant dans les deux cas, que Novak Djokovic reste ou parte ?

Ce qui est important pour Scott Morrison, ce sont surtout les élections. Il doit avoir un taux d'approbation de sa décision extrêmement forte, parce qu'il y avait un côté un peu passe-droit avec Novak Djokovic, qui n'a pas toujours été très habile dans sa communication. Comme Novak Djokovic n'est pas le plus populaire des joueurs de tennis, c'est beaucoup plus facile de s'en prendre à lui. Alors effectivement, ça va jeter un discrédit sur le tournoi puisque Novak Djokovic a été invité, il a pu rentrer sur le territoire.

"Il y a aussi une dispute entre l'État dans lequel se trouve le tournoi, à Melbourne, et l'Australie, l'État fédéral. C'est surtout une affaire de politique intérieure."

Pascal Boniface

à franceinfo

Scott Morrison veut dire qu'il protège les Australiens et qu'il n'y a pas de passe-droit.

On voit que le ton monte sérieusement entre l'Australie et la Serbie ?

Oui, parce qu'en Serbie, Djokovic n'est pas seulement un champion, c'est une icône. C'est celui qui a rendu sa fierté à un pays. Rappelez-vous les guerres balkaniques. En 1992, l'équipe de Yougoslavie est exclue de l'Euro. Pendant les années 1990, la Yougoslavie avait une très mauvaise image. On ne pouvait pas dire qu'on était fier d'être Serbe.

"Novak Djokovic est celui qui a rendu leur fierté aux Serbes. Il est beaucoup plus qu'un champion. C'est le Serbe le plus connu."

Pascal Boniface

à franceinfo

Tout le monde peut citer son nom, alors que peu de personnes peuvent citer le nom du président serbe en exercice. Il est l'honneur de la Serbie. Tous les Serbes voient dans cette décision australienne une façon de les viser spécialement. Il y a une victimisation. Et imaginez si Rafael Nadal gagne le tournoi de Melbourne en l'absence de Novak Djokovic, alors le compte pour le nombre de titres en Grand Chelem serait complètement bouleversé. Pour eux, c'est la confirmation, dans ce pays où il y a beaucoup de victimisation, que la Serbie est maltraitée. Ceci étant, c'est vrai que Scott Morrison n'aurait pas pris la même décision, certainement avec le champion d'un pays plus puissant.

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