Open d'Australie : on vous résume le match perdu par Novak Djokovic face aux autorités en onze manches

L'expulsion de Novak Djokovic d'Australie a été confirmée après onze jours de bataille juridique et médiatique. 

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France Télévisions
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Le Serbe Novak Djokovic à l'entraînement à Melbourne avant l'Open d'Australie le 14 janvier 2022. (MAXPPP)

Clap de fin pour le "Djokogate". L'imbroglio total entre Novak Djokovic et les autorités australiennes, sur fond de non-vaccination au Covid et de mésentente politico-sportive, a constitué le premier grand feuilleton de l'année sportive 2022 et s'est finalement conclu, dimanche 16 janvier.

A la veille du début de l'Open d'Australie, Djokovic a finalement appris qu'il ne pourra pas défendre son titre cette année, faute d'un visa en règle. L'affaire avait débuté bien avant l'arrivée du numéro un mondial en Australie, mais elle s'est terminée par onze jours de tension et d'incertitude. franceinfo: sport revient sur l'affaire en onze dates. 

120 novembre 2021, la décision : les participants à l'Open d'Australie devront être vaccinés

Sale journée pour Novak Djokovic. Le Serbe vient de se faire éliminer en demi-finales du Masters de fin de saison à Turin par l'Allemand Alexander Zverev. Aux antipodes, à des milliers de kilomètres de là, une autre mauvaise nouvelle vient assombrir l'horizon du numéro un mondial. Craig Tiley, directeur de l'Open d'Australie lève le voile sur les conditions de participation au premier tournoi du Grand Chelem de la saison, alors que le Covid-19 sévit encore durement en Australie. Pour être du Majeur de Melbourne, les participants devront être vaccinés.

"Il y a beaucoup de spéculations sur la vaccination et pour être tout à fait clair, lorsque le Premier ministre de l'Etat de Victoria a annoncé que toutes les personnes présentes sur le site devaient être vaccinées, nous l'avons fait savoir aux joueurs", assure Craig Tiley. Djokovic, qui a annoncé plusieurs fois son scepticisme face à la vaccination, voire sa franche réticence à ce qu'elle devienne obligatoire, accuse le coup. "J'attendais d'avoir des informations précises. Maintenant que je sais, on va juste attendre. On verra bien, on va juste attendre et voir."

Craig Tiley prend la parole à l'occasion d'une conférence de presse, le 12 février 2021. (SAEED KHAN / AFP)

228 novembre 2021, le coup de pression : le père de Djokovic avance l'absence du numéro un mondial à Melbourne

Srdjan Djokovic n'est pas du genre à maquiller ses sentiments et à garder son opinion pour lui. Le père du numéro un mondial réagit aux dernières annonces des patrons de l'Open d'Australie à la chaîne serbe Prva TV, et évoque le possible forfait de son fils.

"Bien sûr qu'il voudrait de tout son cœur y aller, parce qu'il est un sportif et parce qu'il y a là-bas beaucoup de nos compatriotes, la diaspora, qui seraient ravis de voir Novak. Mais je ne sais vraiment pas si ça se passera. Il n'ira probablement pas dans ces conditions." Srdjan Djokovic interpelle directement Craig Tiley et Tennis Australia, qualifiant leur décision de "chantage". Le ton monte, l'incertitude avec.

34 janvier 2022, l'exemption : Novak Djokovic s'annonce sur le départ pour l'Australie

À l'amorce de 2022, la présence de Novak Djokovic sur les courts austraux ne sont toujours pas garantis. Le Serbe n'a toujours pas communiqué son statut vaccinal. Et le 29 décembre, son forfait pour l'ATP Cup, premier rendez-vous de la saison en Australie, sème un peu plus le doute sur sa venue ou non à Melbourne.

Il faut attendre une semaine de plus, et alors que la quasi intégralité du circuit est déjà sur l'île, pour voir tomber sur Instagram la photo d'un Djokovic tout sourire sur le tarmac. "Je me dirige vers le Down Under, une autorisation d'exemption", écrit le joueur de 34 ans.  Se pose alors la question de cette dérogation à l'obligation vaccinale strictement encadrée (cinq cas possibles parmi lesquels une contamination au Covid-19 dans les six derniers mois, des effets secondaires à une première dose, ou un problème de santé important récent). L'Open d'Australie assure alors qu'elle a fait l'objet d'un "processus d'examen rigoureux impliquant deux panels indépendants d'experts médicaux". Fin novembre, son directeur Craig Tiley assurait que seul un "faible pourcentage" des participants  bénéficierait de ces exemptions. Tout semble alors réglé : Djokovic est autorisé à rentrer dans le pays.

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45 janvier 2022, 6h00, la protestation : les dirigeants australiens demandent des comptes

Alors que Novak Djokovic est dans l'avion, en Australie, la colère gronde. La population et les journalistes sur place s'interrogent, voire s'indignent de la décision d'autoriser le joueur à arriver sur le territoire. Alors qu'il avait expliqué jusque-là être assez impuissant face au secret médical qui entoure le dossier, Craig Tiley revient à la tribune. Et à la charge.

"Ce serait certainement utile que Novak explique les conditions dans lesquelles il a demandé et obtenu une exemption, déclare-t-il devant les médias. Je l'encourage à parler de cela à la communauté. Nous avons traversé une période très difficile au cours des deux dernières années et j'apprécierais certaines réponses."

L'affaire prend une autre dimension et atteint la sphère politique. Le Premier ministre australien Scott Morrison emboîte le pas de Tiley, et va plus loin encore. "Nous attendons sa présentation et qu'il nous fournisse des preuves pour soutenir son exemption", affirme-t-il lors d'une conférence de presse. "Si ces preuves sont insuffisantes, alors il ne sera pas traité différemment de qui que ce soit d'autre, et il retournera chez lui par le premier avion. Il n'y aura aucune règle spéciale pour Novak Djokovic. Pas la moindre."

55 janvier 2022, 14h00, la confusion : Djokovic est bloqué à l'aéroport pour un problème de visa

Un peu plus de deux heures après son arrivée à l'aéroport de Melbourne Tullamarine, Novak Djokovic n'a toujours pas quitté l'enceinte. The Age, sérieux média australien dévoile que le Serbe est bloqué à la douane pour un problème de visa. Ses équipes n'auraient pas fait la bonne demande pour aller avec son exemption.

L'information est confirmée par Jaala Pulford, membre du gouvernement de l'Etat de Victoria. La ministre de l'Emploi explique sur Twitter que l'Etat victorien ne fournira pas de visa au Serbe, comme le lui avait demandé l'Etat fédéral australien, et renvoie la balle en fond de court. Pulford, opposante politique du Premier ministre Scott Morrison, met en avant le fait que délivrer des visas est une compétence de l'Etat australien, pas de celui de Victoria.

Tout sauf anodin en pleine période de campagne électorale, en vue des élections fédérales de 2022, et alors que la lutte entre la coalition conservatrice au pouvoir et le parti travailliste s'annonce très serrée selon les derniers sondages.

65 janvier 2022, 22h20, la sanction : visa retiré et expulsion à venir pour Djokovic

L'Australie se lève à peine (il est tout juste 8 heures à Melbourne) mais les autorités n'ont que peu dormi, planchant sur le cas Djokovic. Le gouvernement fédéral, par la voix de son ministre de la Santé Greg Hunt, se montre ferme. Le visa du Serbe lui est retiré, il n'est donc plus autorisé à rester sur le sol australien et va être expulsé au plus tôt.

"M.Djokovic n'a pas fourni les éléments appropriés pour entrer en Australie, confirme Home Affairs, le Ministère australien de l'immigration et de la citoyenneté. Les ressortissants étrangers qui ne disposent pas d'un visa valide ou dont le visa a été annulé seront placés en détention et expulsés d'Australie". Déjà électrique, le climat devient brûlant, et le président serbe évoque un "mauvais traitement" de son champion.

76 janvier, 7h00, la contestation : Djokovic fait appel et obtient du temps

Après avoir immédiatement fait appel de la décision, le tennisman reste enfermé avec les douanes australiennes sans savoir de quoi seront faites ses prochaines heures. La décision n'intervient qu'en fin de journée à Melbourne, le gouvernement du Commonwealth explique que l'audience d'appel a été repoussée. Novak Djokovic peut donc séjourner en Australie jusqu'à celle-ci, prévue lundi à 10 heures, heure locale, à minuit dans la nuit de dimanche à lundi en France. Aleksandar Vucic, président de la Serbie, évoque "une chasse politique" à l'encontre de son compatriote.

Le joueur séjourne pour le moment dans un centre de quarantaine pour réfugiés de la ville australienne. Son équipe a jusqu'à samedi pour apporter les preuves du bien-fondé de l'exemption et du visa qui lui a été retiré. La possible dernière péripétie d'une affaire sanitaire qui a viré au psychodrame. Comme le rappelle le média The Age, Djokovic risquerait jusqu'à trois ans d'interdiction de territoire si son visa lui était bien retiré, et qu'il était ainsi entré illégalement dans le pays. 

88 janvier, les explications : ses avocats invoquent une infection au Covid-19 

Nouveau rebondissement, samedi matin : dans un document déposé auprès du tribunal fédéral, les avocats du Serbe ont affirmé que ce dernier avait contracté le Covid-19. "La date du premier test Covid PCR positif a été enregistrée le 16 décembre 2021", ont-ils affirmé dans ce document. Cette donnée justifierait ainsi l'exemption médicale sollicitée par Djokovic. Le Djoker n'a jamais communiqué à ce sujet.

Placé dans un centre de rétention à Melbourne, le numéro 1 mondial a demandé à être transféré de ce centre, afin de s'entraîner en vue de l'Open d'Australie. Ses avocats ont déposé une requête allant dans ce sens auprès du tribunal fédéral.

910 janvier, la (temporaire) libération : un juge annule la suspension du visa

"Qu'est-ce que cet homme aurait pu faire de plus?" En disant cela lors des débats concernant l'appel de Novak Djokovic, le juge Anthony Kelly n'a pas laissé place au mystère : il a décidé d'ordonner sa libération dans la demi-heure après le jugement. Son passeport et ses effets personnels doivent également lui être rendus. Mais le ministère de l'Immigration a encore la possibilité, malgré cette décision, d'expulser le n°1 mondial en usant de son pouvoir personnel.

1014 janvier, l'intervention : le ministre de l'Immigration annule de nouveau son visa et le juge se dessaisit de l'affaire

Quatre jours après le jugement, le ministre de l'Immigration Alex Hawke a annoncé, vendredi 14 janvier, l'annulation du visa de Novak Djokovic "pour des raisons de santé et de bon ordre, au motif qu’il était dans l’intérêt public de le faire en raison de l'intérêt public". Immédiatement, ses avocats ont déposé une nouvelle injonction contre cette décision.

Dans la foulée, le juge Anthony Kelly, qui avait permis la libération du Serbe lundi, a convoqué une audience d'urgence, vendredi soir. Au terme de celle-ci, plusieurs fois interrompue, le juge Kelly a suspendu l'expulsion de Djokovic, le temps d'examiner son recours et a signifié à ses avocats qu'ils devaient déposer dès que possible une demande formelle contre l'annulation du visa.

Une deuxième audience se tiendra dimanche, devant la Cour fédérale australienne. Le juge de l'Etat australien de Victoria Anthony Kelly a en effet annoncé, à l'issue de l'audience, se dessaisir de l'affaire. Ce nouveau rebondissement pourrait avoir pour conséquence de retarder le dénouement de ce dossier. Le calendrier s'annonce serré alors que Djokovic doit faire son entrée en lice à l’Open d’Australie lundi 17 janvier face à son compatriote Miomir Kecmanović.

Enfin, les autorités australiennes ont l'intention d'ordonner le retour du numéro un mondial de tennis Novak Djokovic en rétention dès samedi matin, a annoncé vendredi un avocat du gouvernement, Stephen Lloyd. Une décision qui impliquerait que le Serbe ne pourrait plus s'entraîner. Depuis vendredi 14 janvier, l'avenir s'est de nouveau assombri pour "Nole", qui pourrait être privé de toute participation à l'Open d'Australie (du 17 au 30 janvier), où il visait un 21e titre du Grand Chelem.

1116 janvier, la décision finale

L'audience de la dernière chance pour Novak Djokovic. Mais cet ultime combat a tourné au désavantage du Serbe. Les trois juges de la cour fédérale australienne ont confirmé l'annulation de son visa, synonyme d'expulsion d'Australie et potentiellement de trois ans d'interdiction de territoire.  

Les juges n'ont pas évalué la demande de visa du Serbe, mais le droit du ministre de l'Immigration Alex Hawke à annuler son entrée sur le territoire. Les arguments du ministre australien ont visiblement convaincu le trio judiciaire. Novak Djokovic devra quitter l'Australie.

"Je suis extrêment déçu par la décision d'annuler mon visa, qui m'empêche de rester en Australie et participer à l'Open d'Australie, a réagi le Serbe dans un communiqué. Je respecte la décision de la cour et je coopérerai avec les autorités compétentes pour mon départ d'Australie. Avoir été le centre de l'attention ces dernières semaines a été inconfortable et j'espère que nous pouvons maintenant nous concentrer sur le sport et le tournoi que j'aime.

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