Coupe Davis : ce que les joueurs reprochent à la réforme de la compétition

La réforme de la Coupe Davis a été adoptée par la Fédération internationale de tennis, jeudi 16 août. Une révolution qui ne passe pas auprès de certains professionnels. 

L\'équipe de France célébrant sa victoire de la Coupe Davis, au stade Pierre Mauroy de Villeneuve d\'Ascq, le 26 novembre 2017.
L'équipe de France célébrant sa victoire de la Coupe Davis, au stade Pierre Mauroy de Villeneuve d'Ascq, le 26 novembre 2017. (MAXPPP)

Adieu la Coupe Davis comme vous la connaissiez. Dès 2019, la compétition fera peau neuve. Avec 71,43% de vote favorable au sein de la Fédération internationale de tennis (ITF), la nouvelle formule de la compétition a été actée, jeudi 16 août. Elle balaie les règles d'une compétition vieille de 118 ans, auparavant étalée sur quatre week-end de trois jours. Une révolution qui fait hurler joueurs, joueuses et professionnels du milieu. Franceinfo vous explique pourquoi.

Ils craignent que l'ambiance du tournoi ne soit plus la même 

Si le nom reste, c'est un tout nouveau tournoi qui s'apprête à voir le jour. Adieux les quatre simples et le double, les rencontres à domicile, les matchs en cinq sets... Ces modalités ont été gommées au bénéfice d'un premier tour, en février, avec douze rencontres disputées en deux jours. La phase finale se disputera pendant seulement une semaine en novembre, avec des rencontres constituées de deux simples et d'un double, et des matches raccourcis à trois sets maximum. 

Pour de nombreux joueurs, ce choix risque de tuer l'ambiance des salles surchauffées par un public enfiévré. Sur Twitter, Lleyton Hewitt, ancien joueur australien, s'étrangle : "Êtes-vous sérieux la Fédération internationale de tennis ? Vous essayez de tuer les matchs aller/retour, les matchs en cinq sets et cette ambiance incroyable ! Tout tourne autour de ça lorsqu'on représente notre pays".  

Sur Europe 1, Arnaud Clément a, lui aussi, désapprouvé les changements à venir, notamment pour les amoureux du tennis. "Désormais, on aura systématiquement des matches à l'extérieur donc ça va être difficile pour les supporters. Ils se sont exprimés d'ailleurs, et on ne les a pas entendus", a-t-il regretté. 

Ils s'inquiètent de la concurrence avec la Coupe du monde de tennis

Pour les joueurs, le premier tour de la nouvelle Coupe Davis, jouée en février, risque de se télescoper avec la World Team Cup, une Coupe du monde voulue par l'ATP. Cette compétition par équipe, dont le retour a été annoncé durant l'été, va en effet se jouer en janvier dès 2020. Le début de saison s'annonce donc difficile, avec l'enchaînement de deux compétitions similaires en un mois. Sur l'Equipe, le Français Nicolas Mahut n'a pas manqué de souligner l'incohérence de ce nouveau calendrier : "C'est évident qu'il n'y a pas de place pour les deux compétitions sur ce même format, avec six semaines d'intervalle." 

Il n'y aura aucune différence entre la World Team et la Coupe Davis (...) Je n'ai aucune raison sportive de privilégier la Coupe Davis par rapport à la World Team Cup.Nicolas Mahut, joueur de tennis Françaisà L'Equipe

Comme le rappelle francetvsport, l'ATP a d'ailleurs adressé une lettre à l'ITF dans laquelle elle critique la nouvelle formule de la Coupe Davis qui "enlève [à la dite compétition] tout ce qui en fait un événement unique et spécial" par rapport à la Wolrd Team Cup. 

Ils dénoncent une compétition sapée par l'argent

Boudée par nombre des meilleurs joueurs mondiaux, l'ancienne Coupe Davis n'était pas assez lucrative. La nouvelle formule sera donc richement dotée. En effet, un partenariat avec le groupe Kosmos, dirigé par le footballeur Gérard Piqué, garantit 2,5 milliards d’euros sur 25 ans à l'ITF, environ 17 millions d’euros chaque année aux joueurs et 19 millions d’euros, soit encore plus, aux fédérations. Ce partenariat a été vivement salué par le président de la fédération internationale, David Haggerty, qui évoque un plan "clé pour que l’ITF et ses membres assurent un futur brillant à leur sport". Ce n'est pas l'avis des joueurs : beaucoup estiment que la fédération a vendu l'âme de l'une des plus vieilles compétitions de tennis. 

En février dernier, Cédric Pioline, adjoint de Yannick Noah, affirmait déjà à L'Equipe que "c'est encore une fois l'oseille contre la tradition". De son côté, le capitaine de l'équipe de France n'a pas hésité à faire le parallèle entre les sommes colossales de la nouvelle Coupe Davis et la disparition de ses valeurs. "Je pense que rien ne pourra payer l'autographe que Fognini a donné à un petit garçon qui débute le tennis ici à GênesÇa vaut combien, ça : ça vaut de l'argent ? Combien ça coûte, les moments que tu passes avec les ramasseurs de balles ? Faut-il toujours parler en termes de dollars, ou on peut parler d'autre chose ?", avait ainsi commenté Yannick Noah dans les colonnes de l'Equipe"La Coupe Davis c'est particulier, c'est autre chose, c'est le sport, il y a presque un aspect social."