Super ligue : quand les gouvernements européens montent au front

Depuis lundi, plusieurs États, dont la France et le Royaume-Uni, sont montés au créneau pour dénoncer le projet de création de la Super Ligue. Une lever de bouclier rare, qui a contribué à la fronde générale menant au départ mardi des six clubs de Premier League.
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France Télévisions
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Le président français Emmanuel Macron (à droite) et le Premier ministre britannique Boris Johnson (à gauche), à Londres, le 18 juin 2020. (HANNAH MCKAY / POOL)

Dès l'annonce lundi 19 avril de la création de la Super Ligue, plusieurs gouvernements ont déclaré leur désaccord avec ce projet de ligue fermée. La France a d'ailleurs été un des premiers pays à s'exprimer avec le Royaume-Uni. Une prise de position inédite. 

• Comment se positionne la France ?

Le président Emmanuel Macron a, dès lundi 19 avril, affirmé son soutien à l'UEFA et à la FIFA. "L’État français appuiera toutes les démarches de la LFP, de la FFF, l’UEFA, et de la FIFA pour protéger l’intégrité des compétitions fédérales qu’elles soient nationales ou européennes", a ainsi déclaré le chef de l’État. Une position réitérée par Roxana Maracineanu, la ministre déléguée aux Sports : "Un système sans critère sportif d’accession qui réunit un club VIP de quelques puissants représente non seulement la négation du mérite sportif mais aussi un véritable danger pour le monde du football. (..) La France est au soutien de l’UEFA et des instances mondiales pour préserver le football de cette folie marchande." 

Mardi 20 avril, le secrétaire d’État français aux Affaires européennes Clément Beaune a renchéri en appelant à faire front contre la création de la Super Ligue. "C'est la dérive d'un système, celui qui fait passer dans le foot le fric avant la fête, qui est le système de l'argent roi, qui exclut le mérite, la solidarité. (…) On doit exclure ce type de compétition fermée, fondée sur le fric, point barre", a-t-il déclaré au micro de France Info mardi. La France s'est d'ailleurs dit prête à se pencher sur le droit européen pour aider l’UEFA à sanctionner les clubs dissidents.

• Quels sont les positionnements des autres gouvernements européens ? 

Outre-manche, le Premier ministre Boris Johnson est lui aussi monté au créneau peu de temps après l'annonce, alors que l'Angleterre devait être le pays le plus représenté dans cette Super Ligue, avec six clubs engagés. "Nous allons voir tout ce que nous pouvons faire avec les autorités du football pour être sûr que ce projet n’aille pas plus loin. En tout cas, je ne pense pas que ce soit une bonne nouvelle pour les fans et le foot britannique", a affirmé lundi le locataire du 10 Downing Street. Mardi 20 avril, le chef du gouvernement britannique a confirmé sa position et a assuré qu'"aucune mesure (n'était) écartée" par le gouvernement pour stopper le projet de Super Ligue européenne dissidente, après une rencontre avec les instances du football anglais.

Quelques heures plus tard, les six formations de l'Albion membres fondateurs du projet Super Ligue (Arsenal, Chelsea, Liverpool, Manchester City, Manchester United, Tottenham) ont finalement renoncé à leur engagement. De quoi calmer un peu la vive colère outre-Manche.

Même si plus tempérés que leurs voisins, l'Espagne, l'Italie et la Grèce ont eux aussi pris position. Le gouvernement espagnol a lui dénoncé ce projet de Super Ligue, en déclarant par voie de communiqué que le gouvernement "ne [soutenait] pas l'initiative de créer une Super Ligue de football". Même son de cloche en Italie, où le Premier ministre Mario Draghi a expliqué "soutenir fermement les positions des autorités du football italien et européen pour protéger les compétitions nationales, les valeurs méritocratiques et les fonctions sociales du sport". En Grèce, la nouvelle est aussi passée de travers. Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a qualifié la Super Ligue mardi 20 avril d'"erreur". "La proposition par quelques riches clubs de former une ligue fermée rompt totalement avec l'histoire et la tradition du football", a-t-il souligné. 

Une prise de parole politique nouvelle qui n'a pas échappé au président de l'UEFA. Dans un tweet, Aleksander Čeferin s'est félicité de ces soutiens : "Cette crise va nous rendre plus forts, et le football plus fort que jamais, car les autorités ont enfin compris l'importance du football pour la société européenne." 

"Ce n'est pas de la compétence de la Commission de l'UE"

Du côté de la Commission européenne, le point de vue est davantage tranché. "Ce n'est pas de la compétence de la Commission. L'Europe reconnaît depuis des années le droit aux fédérations et à l'UEFA de décider de manière autonome", a déclaré mardi Margaritis Schinas, vice-président de la Commission et commissaire chargé de la protection du mode de vie européen (Culture, Education), dans une interview au quotidien italien Il Messaggero.

"Ce sont eux (l'UEFA et les fédérations nationales de football, ndlr) qui devront trouver des solutions à ces problèmes", a-t-il ajouté. Margaritis Schinas a toutefois rappelé l'importance de défendre les valeurs de l'Union européenne. "Nous devons défendre un modèle européen de sport fondé sur des valeurs, sur la diversité et l'inclusion. Il n'est pas question de le réserver aux quelques clubs riches et puissants qui veulent rompre les liens" avec les fédérations nationales. 

• Pourquoi une telle réaction ? 

Si l'UEFA et la FIFA ont répondu très rapidement à l'annonce de la Super Ligue, nombre de chefs d’États ont également pris position très vite. Et ces appuis politiques de premier rang sont inédits. "Boris Jonhson et Emmanuel Macron se sont positionnés très vite. On n’imagine pas des Margareth Thatcher et François Mitterrand immédiatement réagir dans les années 1980 sur la création d’un championnat de football ! Cela montre que le football est devenu un outil politique, économique, stratégique pour les États. C’est tout à fait nouveau", remarque Paul Dietsch, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Franche Comté, et spécialiste de l'histoire du football. 

Alors qu'auparavant, les sujets sportifs étaient laissés dans la sphère sportive, on observe depuis lundi une prise de position des politiques sur ce dossier, encore jamais vu. "Il s'agit d'un moment important, car le sport professionnel a connu beaucoup de difficultés pendant la crise sanitaire, commente Jean-François Vilotte, expert en droit du sport et droit européen chez la société d'avocats De Gaulle Fleurance & Associés. Ainsi, l'après-crise peut nous orienter vers une conception très marchande du sport professionnel ou bien, au contraire réaffirmer la dimension sociétale du sport chère à l'Europe. Un certain nombre de principes pourraient fonder l'originalité de la conception des politiques sportives en Europe, comme par exemple l'éthique, l'ouverture des compétitions, ou encore l'intégrité physique ou morale", poursuit ce spécialiste. 

Si ces réactions sont bien nouvelles, quel poids peuvent avoir ces dirigeants dans la balance ? Avec le retrait des six clubs anglais de cette Super Ligue, ils pourraient bien ne pas avoir à le vérifier.

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