"On n’a aucune sensation qui vient directement de notre corps" : des grimpeurs givrés à l'assaut d'une tour de glace à La Plagne, en Savoie

Les Championnats d’Europe de cascade de glace, autrement dit l’escalade sur des parois glacées, ont lieu ce week-end dans un site unique au monde : la tour de glace de Champigny-en-Vanoise, sur le domaine de La Plagne en Savoie.

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La Tour de glace de Champagny-en-Vanoise est un site unique en Europe : plus de 20 mètres de haut avec des parois englacées qu'il faut gravir avec des crampons et des piolets. (JÉRÔME VAL / FRANCE-INFO)

Le décor est somptueux : un vallon cerné par les montagnes blanchies par d’importantes chutes de neige tombées dans la nuit. Au loin, on aperçoit quelques bouquetins qui profitent d’un franc soleil. À l’ombre, sur l’un des endroits les plus froids du massif, entre les sapins, se niche une énorme structure composée de trois pieds recouverts de glace. C’est la tour de glace de Champigny-en-Vanoise, haute de 24 mètres, en Savoie, en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Structure unique en Europe et connue dans le monde entier, elle a été créée au début des années 2000 pour attirer de nouveaux adeptes de la cascade de glace. "À l’époque, j’étais grimpeur, se souvient Denis Tatoud, président du comité d’organisation des compétitions à Champagny-en-Vanoise. On estimait que c’était une activité qui pouvait avoir de l’avenir pour la rendre accessible au plus grand nombre et ce n’est pas le cas quand elle se déroule en milieu naturel où là, c’est beaucoup plus exigeant en termes de technique et de sécurité."

La Tour de glace de Champagny-en-Vanoise est un site unique en Europe : plus de 20 mètres de haut avec des parois englacées qu'il faut gravir avec des crampons et des piolets. (JÉRÔME VAL / FRANCE-INFO)

C’est là que s’entraînent les frères Ladevant : Tristan, l’aîné, bientôt 23 ans et Louna, à peine 20 ans. Il est l’un des plus jeunes compétiteurs du circuit et il a décroché la saison dernière le classement général de la Coupe du Monde de la discipline. 

"On a commencé en étant grimpeur pur dans l’escalade, raconte Louna Ladevant qui vit avec son frère à Grenoble. On a été vite attirés par le milieu de l’alpinisme, en regardant par exemple des vidéos d’expédition qui nous faisaient vachement rêver. Mon frère a fait une rencontre avec l’entraîneur des équipes jeunes de l’époque. Ça a commencé comme ça et nous voilà."

Tristan et Louna Ladevant font partie des meilleurs mondiaux. Ils s'entraînent le plus souvent à la Tour de glace de Champagny-en-Vanoise, un site unique en Europe. (JÉRÔME VAL / FRANCE-INFO)

La cascade sur glace : une discipline très spectaculaire. Avec des chaussures à crampons et des piolets, il faut grimper dans un temps donné sur des parois très raides et très froides. Les grimpeurs se retrouvent parfois à l’horizontale au-dessus du vide avec des passages inclinés à 45 degrés.

Il faut aussi dompter le froid. Ce week-end, à l'occasion des championnats d’Europe, les températures sont négatives. À cause des contraintes sanitaires, impossible de se réchauffer à l’intérieur des bâtiments, des réchauds sont installés au bord de la Tour de glace pour éviter un engourdissement des mains trop douloureux. "Plus l’ascension est longue et plus on a de risques d’attraper une onglée et de perdre la sensibilité du bout des doigts", détaille Louna Ladevant.

On a les mains qui se crispent, on ne peut même plus les ouvrir. Du coup, ça nous fait lâcher les piolets. Mais avec les entraînements, on commence à savoir gérer ça.

Louna Ladevant

à franceinfo

"On n’a aucune sensation qui vient directement de notre corps, explique Tristan Ladevant. On n’a aucun contact avec le matériel sur lequel on grimpe : avec nos pointes au pied et des piolets assez longs, on n’a pas de sensations au toucher. Et donc au début, il faut réapprendre à trouver la sensation malgré les extensions."

Malgré leur jeune âge, les frères Ladevant sont parvenus à rivaliser avec les meilleures nations mondiales : la Russie et la Corée du Sud notamment où la cascade de glace est devenue un sport national. "On est même en avance sur ce qu’on avait prévu, se réjouit Luc Thibal, directeur technique national à la Fédération française des clubs alpins de montagne. Il y a cinq ans, on est repartis de zéro. On a décidé sur la dernière olympiade d’avoir un projet sportif ambitieux. L’objectif était d’être la troisième nation mondiale et que les Français puissent remonter sur les podiums internationaux. C’est fait avec la victoire de Louna Ladevant la saison dernière."

La crise sanitaire a un peu contrarié les ambitions de Louna et Tristan mais ces grimpeurs, qui ont fait de leur passion un métier, fourmillent de projets. Ils devraient partir cet été au Kirghizistan pour une expédition de plusieurs semaines.  

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