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Sportive de haut-niveau et maternité, un casse-tête toujours d'actualité

À l'occasion d'une matinée de débats sur le sport féminin, lundi, la ministre des sports, Amélie Oudéa-Castera, a déclaré que le ministère se penchait sur la question de la maternité des sportives de haut niveau, pour améliorer sa prise en compte.
Article rédigé par franceinfo: sport avec AFP
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
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Allyson Felix, Clarisse Crémer et Isabelle Yacoubou sont devenues mères pendant leur carrière, non sans rencontrer certains obstacles. (MAXPPP)

Comme l'a montré récemment le cas de la navigatrice Clarisse Crémer, privée du Vendée Globe 2024 après avoir mis au monde sa fille en novembre, concilier sport de haut niveau et maternité reste compliqué, malgré quelques avancées. Le résultat d'une enquête menée il y a deux ans par un groupe de travail associé au ministère des Sports est sans appel : une majorité (61,6%) des centaines de sportives interrogées estiment qu'il est difficile de devenir mère pendant leur carrière.

"Le sport est un milieu qui demeure conservateur. On y retrouve de nombreuses idées reçues sur ce que les femmes ne devraient pas faire ou ne pourraient plus faire une fois devenues mères", explique à l'AFP la sociologue du sport Catherine Louveau. Peur d'une baisse des performances, pause prolongée dans un environnement ultra-compétitif, manque de soutien des sponsors, la grossesse est encore vue comme une prise de risque par de nombreuses athlètes qui préfèrent renoncer ou attendre la fin de leur carrière. 

"Rassurer les sponsors"

La navigatrice Clarisse Crémer, femme la plus rapide de l'histoire lors du Vendée Globe, est devenue mère en novembre dernier, mais n'a pas été retenue par son sponsor pour l'édition 2024, faute d'un nombre suffisant de milles parcourus en course, impossibles à réaliser en raison de sa grossesse. "On va voir comment intégrer la grossesse aux règlements [...] peut-être plus pour rassurer les sponsors que pour rassurer les skippeuses", a déclaré, lundi 6 mars, Alain Leboeuf, président du Vendée Globe, à l'occasion d'une matinée de débats sur le sport féminin à la maison du handball, à Créteil. "Il ne faut pas que demain, il y ait des skippeuses qui soient otages d'un sponsor qui dirait 'moi je ne préfère pas prendre de femme car on ne sait jamais'".

La problématique de la grossesse ne concerne pas que la France. En mai 2019, l'athlète Allyson Felix, sextuple championne olympique, avait expliqué les difficultés rencontrées avec son équipementier Nike lorsqu'elle est tombée enceinte. "Si nous avons des enfants, nous risquons des coupes de nos revenus de la part de nos sponsors durant la grossesse et par la suite", avait-elle dénoncé, avant de lancer sa propre marque de chaussures dédiée au pied féminin.

Des conventions collectives voient le jour

Du côté des sports collectifs, la Fifa a franchi un grand pas fin 2020 en imposant le congé maternité à ses pays membres. Rarissimes il y a quelques années dans le football féminin, les joueuses optant pour une grossesse en pleine carrière osent de plus en plus franchir le pas. Mais des progrès restent à faire comme en témoignent les révélations, en janvier, de l'Islandaise Sara Bjork Gunnarsdottir. Enceinte en 2021, celle-ci avait dénoncé une chute brutale de son salaire pendant sa grossesse et des réticences de son club, l'Olympique lyonnais, à répondre aux impératifs d'une jeune maman à son retour à la compétition.

Le handball français qui compte des championnes mères de famille, comme Cléopâtre Darleux, fait lui figure de pionnier. Il a signé en janvier 2021 une convention collective qui prévoit expressément un congé maternité, avec un an de maintien de salaire. La Ligue féminine de basket (LFB) espère, elle, conclure sa propre convention collective au 1er juillet, alors que des joueuses rencontrent des difficultés pour concilier carrière au plus haut niveau et maternité.

Figure des Bleues (147 sélections), championne d'Europe 2009 et médaillée d'argent aux JO de 2012, Isabelle Yacoubou se souvient de son état d'esprit lorsqu'elle a appris sa grossesse : "Le premier quart d'heure, j'ai pensé à avorter. Que vais-je faire ? J'ai eu peur de l'annoncer à mon employeur." Désormais mère de deux enfants, elle regrette d'avoir ensuite dû "batailler" pour qu'ils puissent l'accompagner lors de déplacements. Alors qu'elle souhaitait allaiter sa petite fille, née en 2018, elle raconte qu'elle n'a pas été soutenue par son club d'alors, Bourges : "Le club me fait comprendre, par l'intermédiaire du médecin, que ce serait bien que j'arrête l'allaitement pour perdre du poids, reprendre activité physique plus intense. Pour moi, c'était non négociable". A l'été 2022, elle quitte les "Tangos" pour rejoindre Tarbes, où elle dispose d'aménagements pour pouvoir s'occuper de ses enfants, avec un seul entraînement par jour au lieu de deux, et une séance collective fixée en fin de matinée pour pouvoir être présente à la sortie de l'école.

Le ministère lance des pistes de réflexion

Mais la route semble encore longue pour le monde du sport dans son ensemble. "L'actualité récente a montré que les compétitions et règlements sportifs ne prenaient pas encore assez bien en compte les enjeux liés à la maternité", a déclaré, lundi, la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra. Elle a lancé des pistes pour améliorer la situation dont l'adoption d'un "critère de parentalité" dans les critères d'aide de l'Agence nationale du sport (ANS) ou encore la prolongation de un à deux ans sur l'inscription de la liste des sportifs de haut-niveau pour "laisser du temps" aux femmes.

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