Vidéo "Pigeon", "big fish", "VIP" : comment des sites de paris sportifs fichent et incitent les utilisateurs à jouer (et perdre) beaucoup

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Envoyé spécial / France 2
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France Télévisions

L'univers des paris sportifs a bien changé : deux tiers des parieurs ont désormais de 18 à 34 ans et les sites rivalisent d'ingéniosité pour les attirer. "Envoyé spécial" a découvert un système de profilage sophistiqué. C'est ce que révèle un témoignage inédit, dans une enquête à voir jeudi 20 janvier. 

Sébastien Jung, la trentaine, a été "trader'" (oui, c'est le même mot que dans le secteur de la finance) pendant cinq ans pour le site Unibet, un géant mondial des paris sportifs. La parole de ces traders est rare. Dans cet extrait d'"Envoyé spécial", il décrit le système utilisé par certains sites pour surveiller les parieurs et les classer suivant ce qu'ils rapportent à l'opérateur.

Un profil très précis des joueurs peut donc être réalisé en fonction de leur rentabilité pour l'opérateur – ou de leur "dangerosité" s'ils lui font perdre de l'argent. Ces derniers, on les surnomme les "sharks", les "requins". Les clients classiques, sans danger pour l'opérateur car ils perdent plus qu'ils ne gagnent, on les appelle "fish" ou encore "pigeon". "Pour l'opérateur, c'est la 'crème de la crème', les meilleurs clients qu'il puisse espérer : ceux qui jouent relativement beaucoup... et qui perdent, du coup, beaucoup", explique l'ancien trader.

Des "VIP" qui gagnent "le droit de pouvoir perdre beaucoup"

Sébastien Jung commente des documents que nous nous sommes procurés : des captures d'écran du logiciel utilisé par les traders de Winamax, l'un des leaders du marché des paris en ligne. Les lignes rouges indiquent les clients qui gagnent de l'argent, et en font perdre au site. Les lignes vertes, ce sont des clients qui en perdent… et en font donc gagner à l'opérateur. Perdants et gagnants sont classés en catégories : A, B ou C pour les premiers, en vert ; D ou E pour les seconds.

Exemple : ce joueur qui, "depuis qu'il est sur ce site-là, a joué 2 millions d'euros. Il a perdu pas loin de 300 000 euros". En catégorie A, c'est un "VIP". Ces "joueurs qui donnent des dizaines de milliers d'euros", loin de voir leurs paris limités, ne gagnent qu'une chose : "le droit de pouvoir beaucoup jouer. Et surtout, parce qu'on le sait, de perdre beaucoup". 

La prévention des risques "n'existe pas"

Qu'en disent les parieurs ? Pol, un jeune qui vient de se guérir d’une sévère addiction au jeu, était comme il le dit lui-même en reprenant le vocabulaire des opérateurs, "un bon gros big fish", "un bon gros perdant". Et ça lui "fait bizarre d'entendre ça, de se dire qu'on appartient à une catégorie… en fonction de ce qu'on perd, en plus. C'est-à-dire qu'ils ont totalement conscience de ce qu'ils font... et que pour chaque joueur, ils savent dans quelle situation on est. Donc leur histoire de prévention des risques n'existe absolument pas".

Selon la loi, les opérateurs sportifs, tels que Winamax, Parions sport, Unibet, ou PMU, sont en effet tenus de proposer une aide à leurs clients potentiellement en situation d'addiction, notamment une fonction d'"auto-exclusion". Quant à la catégorisation des joueurs, aucun des opérateurs contactés n'a accepté de répondre à "Envoyé spécial".

Extrait de "Paris sportifs : la machine à perdre ?", une enquête à voir dans "Envoyé spécial" jeudi 20 janvier.

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