"Je suis à la maison et ceux qui ont menti sont en poste" : Guy Novès, ex-sélectionneur du XV de France, solde ses comptes avec la FFR

L'entraîneur le plus titré du rugby français se confie à franceinfo, au moment où il publie son autobiographie. Il revient sur sa carrière, à Toulouse et avec les Bleus. Et n'est pas tendre envers Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby (FFR).

Article rédigé par
Stéphanie Mora - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Guy Novès, ancien manager du Stade Toulousain et ex-sélectionneur du XV de France, chez lui en octobre 2018. (ANGE ESPOSITO / MAXPPP)

Hasard du calendrier, alors que la Fédération française de rugby est empêtrée dans le cluster du XV de France, l’autobiographie de Guy Novès sort jeudi 4 mars. L’ancien sélectionneur, licencié par Bernard Laporte en 2017, a intitulé son livre La Tête haute (éditions Hugo sport). Le récit d’une carrière et un portrait peu flatteur des hommes forts de la FFR.

Guy Novès est l’entraîneur le plus titré du rugby français (dix titres de champion de France et quatre Coupes d’Europe avec le Stade Toulousain). A 67 ans, il a choisi de raconter ce parcours depuis sa jeunesse à Toulouse, ses premières amours pour le demi-fond en athlétisme, sa "conversion" au rugby en passant par son métier de professeur de sport en collège. Guy Novès parle de sa famille, son épouse et ses trois enfants. Mais aussi des valeurs du travail inculquées par ses parents d’origine espagnole, il évoque sa passion pour la chasse au point d’organiser une partie avec ses joueurs afin de renforcer les liens.

Celui qui a porté le Stade Toulousain au niveau des plus grands clubs de rugby européens revient sur les temps forts de sa carrière, les matches, les joueurs… Au micro de France Info il résume ce que lui a apporté le sport : "J’ai été prof de gym pendant 21 ans en collège et je me suis servi du rugby pour faire passer des messages. Ma fierté aujourd’hui, c’est d’avoir gardé des contacts avec d’anciens élèves, et nous continuons de partager. Le rugby m’a permis de partager".

"Ma dernière année m’a fait beaucoup de mal"

Il faut attendre la dernière partie du livre pour lire en détail la version de Novès sur son conflit avec Bernard Laporte, son vécu à Marcoussis, le procès devant les prud'hommes qui a suivi et que le Toulousain a gagné. Novès contestait son licenciement pour faute grave (2017), il a reçu un million d’euros de dédommagement en avril 2019. Les deux grandes gueules du rugby de ces trente dernières années se sont affrontées d’abord sur les terrains dans le choc des deux Stades : le Stade Français et le Stade Toulousain. "Il a, en tant qu’entraineur, un certain nombre de compétences, souffle Novès, en termes d’homme chacun appréciera comme il l’entend..."

En 2016, Laporte remporte l’élection à la présidence de la FFR. Pour le Toulousain commence ce qu’il appelle dans son livre une "entreprise de démolition". Au micro de franceinfo il explique : "Lorsque Bernard Laporte et Serge Simon sont arrivés à la FFR, ils ne m’avaient pas choisi. Et je ne les avais pas choisis non plus. La façon dont j’ai vécu ma dernière année avec eux m’a fait beaucoup de mal [la tournée en Afrique du Sud via la Réunion, ses décisions désavouées…]."

"Il y a eu des comportements que j’ai eu du mal à supporter. Jacques Brunel qui m’a succédé n’a pas eu les contraintes que j’ai eues. Ça ne correspondait pas à ce que j’avais en tête pour une équipe de France au plus haut niveau."

Guy Novès

à franceinfo

Guy Novès reste sur les regrets que lui laisse ce rendez-vous manqué avec le poste de sélectionneur. "J’aurais aimé voir ce que j’étais capable de faire avec mes collaborateurs [Yannick Bru et Jeff Dubois], ça n’a pas été le cas, c’est mon destin, c’est comme ça."

La situation du XV de France... et son cluster

Guy Novès trouve la nouvelle génération de joueurs qui évoluent dans le XV de France actuellement "exceptionnelle". "Avec cette génération, double championne du monde des moins de 20 ans, la France peut avoir de l’ambition" s’enthousiasme-t-il. La tonalité n'est pas la même avec le sélectionneur Fabien Galthié. Dans son autobiographie, Guy Novès plaque haut : "Je le trouvais à sa place en tant que consultant de France Télévision (…) en tant qu’entraîneur, il ne me fait pas rêver".

Et quand on lui demande comment il juge la gestion du cluster, les déclarations sur la bulle sanitaire de la part de la FFR, Guy Novès comme à son habitude commence avec modération : "Je n’ai pas d’avis sur la gestion actuelle. Serge Simon est le grand responsable de cette gestion… J’ai du mal à comprendre pourquoi toutes les équipes sont touchées. C’est compliqué de vous répondre…" Mais quand on le relance pour savoir s'il attend quelque chose du rapport interne demandé par le ministère des Sports, l’ancien manager de Toulouse porte l’estocade : "On connait les résultats de l’enquête avant qu’elle soit faite donc c’est sympa. Que voulez-vous que je vous dise ! On m’a licencié pour faute grave, il n’y avait pas de faute grave. On s’appuyait sur un audit accablant, il n’y en avait pas. Ça s’appelle comment à votre avis ? Ça s’appelle un mensonge. Guy Novès est à la maison et ceux qui ont menti sont en place, c’est comme ça. Alors aujourd’hui, on fait une enquête interne (rires). Bon ben, c’est rigolo !"

Guy Novès dit avoir écrit son autobiographie pour remercier tous ceux qui l’ont soutenu pendant son conflit avec Bernard Laporte (sa famille, ses amis mais aussi des anonymes). L’ancien coach assure qu’écrire sa vérité lui a "fait du bien" et qu’il est "passé à autre chose". Il a refusé de récentes propositions d’un club de Top 14 et se consacre désormais à ses proches. Tous les gains de la vente de son ouvrage seront reversés au club de rugby de Leucate dans l’Aude, "ma deuxième ville d’adoption" sourit le coach. Et quand on lui demande ce qu’il veut que l’on retienne de sa carrière rugbystique, il conclut : "Que j’ai pensé aux autres avant de penser à moi".

Guy Novès sur le XV de France, son cluster et Bernard Laporte - Stéphanie Mora
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