Yoann Huget, fin amère pour le "puncheur apaisé"

Yoann Huget doit mettre un terme à sa carrière plus tôt que prévu, après sa blessure au tendon d'Achille. Mais l'ailier du Stade Toulousain n'en voit pas sa belle carrière entachée.

Article rédigé par
Loris Belin - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Yoann Huget après le match France - Italie, au Stade de France le 30 août 2019 (BERTRAND GUAY / AFP)

Yoann Huget l'avait annoncé, cette saison 2020-2021 serait sa dernière. Mais si l'on ne peut jamais complètement choisir sa sortie, le plus terrible reste sans doute d'être porté vers l'infirmerie plutôt qu'en triomphe. Face au Racing 92, samedi 24 avril, le Toulousain de 33 ans s'est effondré sur un appui anodin, comme il en a effectué tant d'autres sur son aile pendant une quinzaine d'années. Cette fois, le tendon d'Achille n'a pas suivi. La blessure, l'alliée un peu trop fidèle de la carrière de Huget, magnifique et frustrante à la fois. Une compagne d'infortune qui ne viendra toutefois pas perturber le bilan d'un joueur incontournable de la décennie 2010.

"Yoann, c'est un vrai puncheur, très fort physiquement, surtout du haut du corps, nous raconte notre consultant Vincent Clerc. Il arrivait à se sortir de situations par l'évitement ou en percussion." Le numéro 14 du Stade est un finisseur, un vrai, capable d'électriser les foules comme ses partenaires. "Il remettait l'équipe dans le bon sens quand ça manquait parfois, quand tu rentrais mal dans ton match. Il avait cette faculté-là, par une remontée, par un plaquage."

"Une force de caractère exceptionnelle"

Tant de fois, Huget a été cette étincelle, tant en club qu'avec les Bleus, dont il fut l'un des fidèles soldats. Mais trop souvent aussi il a été stoppé par les mésaventures et les bobos. Juste avant la Coupe du monde 2011, il est suspendu trois mois pour ne pas avoir été scrupuleux dans son suivi antidopage. Puis en 2015, alors que tout semble cette fois tracé pour le voir briller au Mondial, une blessure foudroyante le coupe en pleine course. Ligament croisé antérieur du genou droit rompu : fin de Coupe du monde et début d'un an de reconstruction. "C'est un énorme compétiteur, il a toujours eu énormément de caractère, évoque Vincent Clerc. Il s'est toujours accroché malgré les coups du sort."

Il a pour cela travaillé inlassablement, s'est astreint à des stages avec l'équipe de France de ski, de la rééducation à la pelle. Rares sont ceux qui après une telle épreuve se relèvent plus forts. Mais Yoann Huget n'est sans doute pas fait exactement du même bois. Ses saisons 2017-2018 et 2018-2019 sont exceptionnelles, peut-être les meilleures de sa carrière. Toulouse retrouve les sommets, Huget sa place en équipe de France. Il dispute, enfin, sa première grande compétition mondiale. "Cette Coupe du monde 2019 lui tenait tellement à cœur, assure Vincent Clerc. Il a fini par aller la chercher, elle était ultra importante pour lui."

Un palmarès pas à la hauteur de son héritage

Les Bleus s'arrêtent en quarts de finale, logiquement. Le destin est décidément coquin. Par ses performances et sa personnalité, Huget est respecté partout, "quand on arrive à durer dans un club, il y a quelque chose de fort, on s'inscrit dans une légende" confirme Clerc, autre grand parmi les grands du Stade Toulousain. Mais son palmarès ne laisse que peu transparaître son impact sur le jeu et son époque : deux titres de champion de France (2008 auquel il ne prend quasiment pas part et 2019) et un grand vide avec le XV de France (14 essais en 63 sélections), au cœur d'une période pénible pour le Coq. "Ca ne ternit rien, rétorque Vincent Clerc. Quand on est à l'aile, c'est plus facile de briller quand toute l'équipe tourne bien. Ce ne sont pas les meilleurs moments parce qu'il y a eu beaucoup de défaites, mais il suffira de regarder les images des matches pour se souvenir du joueur qu'il était."

Avec le Stade Toulousain aussi, Huget comme les Maxime Médard et autres joueurs de cette génération, sont tombés sur une époque où le Top 14 a vu la montée en puissance de prétendants comme le Racing, Toulon ou Clermont, pour leur barrer la route des titres. Celle-ci semblait bien ouverte pour sa tournée d'adieu, avec un billet pour les demi-finales de la Champions Cup et une place au sommet de la hiérarchie en championnat. Ses belles prestations en faisaient encore un cadre d'Ugo Mola, autant qu'un relais précieux pour la nouvelle vague de talents toulousains. "Il voulait motiver les jeunes et les tirer vers le haut en se battant pour garder sa place. C'est vertueux, des joueurs explosent parce qu'ils ont Yoann devant eux comme concurrent mais surtout comme modèle."

Son organisme en a décidé autrement. "Il y a quelque temps, j'avais dit que mon corps était sur la corde raide, maintenant il a parlé avant moi" s'est exprimé le numéro 14 sur les réseaux sociaux dans un sourire ému, mais pas forcé.

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"Il relativise : il a beaucoup donné, et il s'est exposé aux blessures. Il a emmené son corps au bout, mais il n'a pas de regrets à avoir tant il a donné pour son sport, c'est exemplaire de finir comme ça, nous raconte Vincent Clerc. J'en avais discuté avec lui, il ne savait pas ce qu'était une sortie idéale, il était prêt à toutes les éventualités. Ce n'est pas toujours juste, le haut niveau. Mais je le sens très apaisé, il avait beaucoup réfléchi à sa fin de carrière. On pourrait avoir de la frustration de l'énervement, mais il n'a pas ça en lui."

Même sans ses supporters, il a pu au moins avoir une sortie épaulée par les soigneurs du Stade Toulousain, guidée par les siens dans son stade. Ses coéquipiers lui offriront peut-être comme pot de départ des trophées qui l'ont tant fui. Désormais, comme Yoann Huget le dit lui-même, "place à une nouvelle vie" après cette petite mort cruelle.

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