Top 14 : après une commotion et un dernier titre, le guerrier Guilhem Guirado prend une retraite bien méritée

Pour son dernier match, vendredi, le talonneur du MHR a soulevé le bouclier de Brennus, mais a terminé son match après moins de 30 minutes à cause d'une commotion. Le symbole d'une carrière rocambolesque.

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France Télévisions
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Le talonneur de Montpellier Guilhem Guirado savoure après la victoire en finale du championnat de France contre Castres, le 24 juin 2022.  (FRANCK FIFE / AFP)

Un ultime lancer, une dernière charge pour stopper le Castrais Geoffrey Palis, puis le K.-O. Guilhem Guirado a signé un au revoir singulier au rugby ce vendredi. Des adieux au jeu lors d'une finale débutée titulaire avec Montpellier, puis terminée avec une commotion et un second titre de champion de France dans sa carrière. Ce trophée a comme un goût de revanche, un pied-de-nez au terme d'une carrière aussi magnifique que tortueuse. Du titre de champion du monde des moins de 21 ans en 2006 à ce 277e match en Top 14, Guirado aura traversé bien des épreuves et des tempêtes. Mais toujours avec authenticité, et un goût du combat sans faille.

Guirado, c'est 1 000 histoires en une, trop peu souvent heureuses. Mais de ces montagnes russes se tire un fil d'Ariane, des valeurs d'homme au service d'un joueur reconnu et apprécié partout où il est passé. A Perpignan, là où tout a commencé, on se souvient sans doute encore de ce jeune au visage de bambin un peu joufflu qui a remporté son premier Brennus avec l'Usap en 2009. Cette première finale, le Cérétan l'avait jouée dans la peau de remplaçant. Un an plus tard, il est titulaire contre Clermont, mais s'incline. Le premier couplet de la ritournelle.

Seize ans de rebondissements

A peine débarqué à Toulon à l'été 2014, il devient champion d'Europe quelques mois plus tard. Si Guirado s'affirme comme une des références à son poste, les Rouge et Noir butent en finale du championnat de France en 2016 et 2017 et vivent la fin d'un cycle d'excellence. Jusque dans ses dernières années à Montpellier, où il s'était engagé trois ans en sachant que ce serait son dernier contrat, le talonneur n'aura jamais connu une trajectoire linéaire et vertueuse. Si le MHR était à la fête ce vendredi dans l'enceinte dionysienne, il était au bord de la relégation en Pro D2 un an plus tôt. Mais face à l'adversité, le joueur de 36 ans a fait le dos rond pour mieux se relever.

Sa dernière saison restera comme une illustration de ce long fleuve tout sauf tranquille : blessure au biceps dès le premier match de la saison à Toulon, quatre mois d'absence, une sérieuse prise de bec avec son entraîneur, Philippe Saint-André, pour avoir été sorti à la mi-temps pour son dernier match face à son ancien club Perpignan en avril, avant les larmes de bonheur d'une qualification en finale. Il n'a pris part à celle-ci que durant la première demi-heure de jeu à cause d'un choc avec Mathieu Babillot.

Guilhem Guirado, groggy au sol, durant la finale du Top 14 Castres-Montpellier, le 24 juin 2022 au Stade de France (FRANCK FIFE / AFP)

Il a passé le protocole au pas de course, souhaitant retrouver l'arène et savourer chacune des précieuses minutes... à tel point qu'il a dû aller retourner dans les vestiaires une seconde fois, dans l'incompréhension générale. Il n'a finalement pas été autorisé à retrouver le terrain. 

Capitaine irréprochable du XV de France

A force de traumatismes, le cuir s'est fait plus épais. Le XV de France l'aura tanné jusqu'à l'os. Pour le grand public, il restera peut-être ce capitaine – l'un des plus capés des Bleus (32, dans le top 5 de l'histoire de la sélection) – d'un navire en pleine dérive durant les années Guy Novès et Jacques Brunel (2016-2019). En reconstruction, dans un trou de génération, la formation française aura vécu une longue chute, de l'humiliation en quarts de finale de la Coupe du monde 2015 (62-13 contre la Nouvelle-Zélande) à celle plus étriquée quatre ans plus tard contre les Gallois, de nouveau en quarts (20-19). Combien de fois Guirado a dû se présenter face aux micros, la mâchoire serrée par la frustration des échecs...

"J'ai beaucoup de fierté par rapport au fait d'avoir représenté mon pays, même s'il y a eu des résultats difficiles à gérer et des périodes de crise, racontait-il avec cette indéfectible sincérité à Ouest-France le 18 juin. Mais j'ai fait preuve d'abnégation, j'en suis fier. Je suis resté une personne droite et à qui on pouvait faire confiance."

De cette période, il restera une immense frustration. Du genre à faire oublier que derrière la guigne se cachait un féroce défenseur (recordman du nombre de plaquages dans un match du Tournoi des six nations), inusable dans l'envie, et un bosseur acharné qui n'a cessé de progresser dans l'ombre.

"Je prends tout"

"Il aura marqué l'histoire de Montpellier en trois ans chez nous, souligne Mathieu Austruy, "team manager" du centre de formation héraultais, à franceinfo: sport. Il a de vraies valeurs de rugby, d'amitié, comme 'Fufu' [Fulgence Ouedraogo, qui arrête aussi sa carrière]. La semaine, c’est lui qui prépare les mêlées, il travaille sur la vidéo, il insuffle tout ce travail de sérieux de concentration et de rigueur dans la semaine et aussi sa joie de vivre.

Son dernier match aura tourné court, après ce plaquage de Mathieu Babillot, licite mais malheureux, alors que Guirado était en train de tomber, envoyant sa tête dans l'épaule de son vis-à-vis. Néanmoins, le dénouement, avant une reconversion loin du rugby comme assureur, restera heureux. "Ce que je retiens de cette finale ? Je prends tout, a-t-il répondu à France Télévisions après le coup de sifflet final. La préparation, les mots du président Macron qui m'ont énormément touché, parce qu'il a rappelé les mois douloureux de l'équipe de France où cela n'a pas été facile tous les jours, où il a fallu se relever en permanence." 

"Maintenant, je peux m'arrêter, je commence à me faire vieux", a-t-il plaisanté. Guilhem Guirado voulait sortir par la grande porte : mission accomplie.

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