Cet article date de plus de sept ans.

Pour vivre heureux, les homosexuels de Sotchi vivent cachés

DE NOTRE ENVOYE SPECIAL | Comment vivre son homosexualité librement, tout en veillant à ne pas heurter les mentalités ? C'est l'équation que doit résoudre quotidiennement la (petite) communauté gay de Sotchi, surtout depuis que la Douma a voté des lois répressives à l'automne dernier. A Sotchi, il existe une boîte de nuit, cachée, où se retrouvent des personnes qui ne peuvent se permettre d'afficher leur sexualité en plein jour. La Mayak Café, un espace de liberté dans une ville qui en offre rarement.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Franceinfo (Franceinfo)

Les échos de la musique techno se propagent dans la nuit calme de Sotchi. Au bord de la promenade du front de mer, dans un quartier agréable, lui aussi transformé par les Jeux olympiques, il faut savoir ce que l'on cherche.

Le Mayak Café, c'est ce bâtiment sans âme, sur un étage, protégé des regards, à quelques mètres seulement d'un club de strip-tease "gentlemen's only". Seule une minuscule pancarte éclairée par des spots invite le client à frapper avant de passer le test du physionomiste. Bienvenue dans l'unique boîte gay de Sotchi.

Vivre tranquille, pour vivre libre

A l'intérieur, une clientèle d'habitués, garçons et filles, homosexuels ou pas. Chacun loue la tranquillité de l'endroit, l'ambiance qui y règne le week-end et chaque soir à partir de deux heures du matin, quand les transformistes envahissent la scène pour un spectacle façon cabaret.

"Il n'y a pas d'homosexuels à Sotchi" (Anatoli Pakhomov, maire de la ville, le 27 janvier)

Sur le côté de la piste de danse, des couples sont venus manger un morceau, avant d'esquisser quelques pas devant l'écran géant. Rien, si ce n'est deux drapeaux arc-en-ciel, symboles de la communauté gay, n'indique de façon ostentatoire la nature du lieu.

Le maître des lieux, c'est Andreï Tanichev, grand blond aux yeux bleus, qui a ouvert le Mayak il y a dix ans avec son compagnon. Son bar ne regorge pas de monde, mais la petite communauté homosexuelle de Sotchi s'y retrouve avec plaisir, quand il est hors de question de se tenir par la main en marchant dans la rue.

Le directeur est souriant, disposé à parler, mais les nombreuses sollicitations médiatiques de ces dernières semaines lui pèsent.

Un discours apaisé

Il faut dire que les médias se sont précipités sur lui, et son Mayak Café - "phare", en russe - est devenu malgré lui le symbole de la résistance face à l'oppression. Pourtant, Andreï ne se montre pas vindicatif. Les lois votées l'automne dernier à la Douma, interdisant notamment la "propagande" homosexuelle ? "Une stratégie " de Vladimir Poutine, affirme-t-il. Quand le président russe demande aux homosexuels qui vont venir à Sotchi avec les JO, spectateurs et athlètes, de "laisser les enfants tranquilles ", Andreï regrette simplement un amalgame entre homosexualité et pédophilie.

Même discours chez Igor, qui deviendra plus tard dans la soirée Monica sur scène, bien conscient cependant de la difficulté d'être homosexuel à Sotchi ; lui-même est souvent victime d'agressions verbales.

En attendant, ce sont surtout les associations internationales qui attirent la lumière sur le sujet, avec l'arrivée des Jeux olympiques. Ce mercredi, l'association All Out appelle à des rassemblements partout dans le monde, notamment à Paris, New York et Londres.

Une actualité qui n'émeut pas plus que ça les habitués du Mayak Café. Ils sont heureux d'accueillir un public inconnu à l'heure des Jeux. Mais ils aspirent surtout à rester tranquilles, et cachés.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Sports

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.