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La yole de Martinique en quête de reconnaissance à l’Unesco

Elle fait partie du patrimoine de la Martinique : la yole, embarcation traditionnelle de l’île, est aujourd’hui au centre de toutes les attentions. Un dossier a été déposé pour l’inscrire au patrimoine culturel immatériel de l’Humanité à l’Unesco. 

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Radio France
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La yole de Martinique fait partie du patrimoine de l'île : c'est une embarcation où la cohésion de l'équipage est primordiale pour éviter le chavirage. (JÉRÔME VAL / FRANCE-INFO)

Une inscription au patrimoine culturel immatériel de l'Humanité à l'Unesco : ce serait une première pour la Martinique. Et pour appuyer cette candidature de la yole, embarcation traditionnelle de l'île, une grande compétition est organisée tout le week-end avec la venue de métropole de plusieurs skippers professionnels de renom.

Ce bateau en bois mesure à peine une dizaine de mètres et sa mise à l’eau depuis la plage du Diamant, face aux vagues, est un savoir-faire à lui tout seul. Il faut de 14 à 16 personnes pour la propulser vers le large. La suite n’est qu’une question d’équilibre : des hommes suspendus au-dessus de l’eau font office de balancier pour éviter que l’embarcation ne se retourne.

Des skippers épatés

C’est une technique traditionnelle que découvrent des skippers rompus aux exercices des transatlantiques et des tours du monde. "C’est incroyable", s'exclame Jean le Cam, 60 ans, quatre Vendée Globe à son actif. "Au niveau cohésion, je crois qu’il n’y a pas d’équivalent dans d’autres sports. Il faut de la coordination, de l’équilibre en permanence. Tout le monde se parle. C’est hallucinant. Sur l’eau, il fallait tout le temps écoper au seau, sinon avec les vagues, le bateau se remplit d’eau et tu peux chavirer très facilement." 

La yole de Martinique fait partie du patrimoine de l'île et pourrait être classée cette année au patrimoine mondial de l'Unesco. (JÉRÔME VAL / FRANCE-INFO)

Une quinzaine de grands marins sont venus sur l’île pour découvrir cette yole, avec outre Jean Le Cam : Loïck Peyron, Roland Jourdain, Gilles Lamiré (vainqueur de la dernière Transat Jacques Vabre). Tous aux ordres d’un patron, celui qui commande la yole qui est le chef d’orchestre à bord. Remir Mathias est l’un des plus jeunes de l’île. Il a 29 ans et a découvert la yole il y a une dizaine d’années après avoir pratiqué des activités nautiques plus "modernes" ou plus "classiques". "Ce qui me plait beaucoup, c’est l’esprit d’équipe. Il ne faut pas oublier que nous sommes 14 et il faut organiser ce groupe."

Quand j’ai commencé la yole, nous n’étions pas nombreux à être intéressés par cette activité. Mais avec cette démarche auprès de l’Unesco, les regards changent.

Remir Mathias, passionné de yole

à franceinfo

Remir Mathias, un des plus jeunes patrons de yole de Martinique, donne ses instructions à Jean le Cam. (JÉRÔME VAL / FRANCE-INFO)

Un "monument identitaire" de la Martinique

Cela fait près de 15 ans qu’une poignée de passionnés s’est mis en tête d’inscrire la yole martiniquaise au patrimoine culturel immatériel de l’Humanité de l’Unesco. Cette embarcation est née dans les années 1940 pour permettre aux Martiniquais de prendre la mer plus au large et pas seulement pour naviguer à quelques mètres des côtes. "C’est l’affaire de tout un peuple", avait déclaré la grande figure de l’île Aimé Césaire. C’est aussi un savoir-faire local qu’il faut mettre en lumière, plaident les défenseurs de la yole. "En Martinique, on a l’habitude de dire que la yole est un sport unique au monde. Le dire, c’est une chose mais le faire reconnaître mondialement, le démontrer est une autre histoire", souligne Edouard Tinaugus, chef de projet de la candidature de la yole à l’Unesco. "La yole est un monument identitaire. C’est aussi une embarcation de la liberté, avec laquelle les habitants pouvaient prendre la mer. C’est pour ça qu’elle est si importante pour les Martiniquais." 

Les Martiniquais ont longtemps tourné le dos à la mer, symbole sinistre à leurs yeux de l’arrivée des bateaux négriers. La yole est en train de les réconcilier avec leur environnement. La réponse de l’Unesco sera connue en octobre prochain.

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