Cet article date de plus de cinq ans.

Poignets croisés et Oromos : trois questions sur le geste de protestation du marathonien éthiopien Feyisa Lilesa

Le médaillé d'argent du marathon des JO a protesté, dimanche, contre la politique menée par le gouvernement de son pays à l'encontre des Oromos, une ethnie du pays.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
L'Ethiopien Feyisa Lilesa, à l'arrivée du marathon, le 21 août 2016 à Rio de Janeiro. (OLIVIER MORIN / AFP)

Les bras levés, les poignets croisés, comme si l'athlète était ligoté : le symbole est fort. Lorsque l'Ethiopien Feyisa Lilesa franchit la ligne d'arrivée du marathon des JO de Rio, dimanche 21 août, c'est moins sa médaille d'argent que cet acte politique qui suscite l'attention médiatique.

En conférence de presse, l'athlète explique qu'il pourrait être tué ou mis en prison pour avoir osé faire ce geste de protestation face à la politique menée par le gouvernement éthiopien. Pour le moment, il envisage de rester au Brésil quelque temps, en espérant obtenir plus tard un visa pour rejoindre le Kenya ou les Etats-Unis. Même si le gouvernement éthiopien a assuré lundi, via la radio d'Etat, que Feyisa Lilesa  ne serait pas inquiété s'il rentre dans son pays, Francetv info revient sur l'acte de défi du marathonien. 

Pourquoi a-t-il effectué ce geste de protestation ? 

"Je manifestais pour tous les gens qui ne sont pas libres", a déclaré l'athlète. Et plus particulièrement, l'ethnie des Oromos, à laquelle Feyisa Lilesa, 26 ans, appartient : "J'ai fait ce geste contre l'attitude du gouvernement à l'égard des Oromos. Depuis neuf mois, un millier de personnes ont été tuées, assure-t-il. Certains ont été privés de leurs terres, tués par le gouvernement."

L'ethnie des Oromos, qui regrouperait près de 30 millions de personnes, soit un tiers de la population éthiopienne, est violemment réprimée par le pouvoir en place. Depuis la mi-juillet, selon Amnesty international, au moins 97 personnes ont été tuées au cours d'affrontements avec les forces de l’ordre, qui ont ouvert le feu sur les manifestants, dont de nombreux Oromos. Des centaines d’autres personnes ont été blessées ou arrêtées dans l’ensemble du pays. 

Ils font le même signe là-bas. Je voulais montrer que je n’étais pas d’accord avec ce qui se passe, j’ai des proches et des amis en prison. Le gouvernement tue mon peuple, les Oromos.

Feyisa Lilesa

lors d'une conférence de presse à Rio

Qui sont les Oromos ?

Reconnus par le système fédéral éthiopien, instauré par la Constitution de 1995, les Oromos représentent l'ethnie majoritaire en Ethiopie (32,1% de la population), devant les Amharas (30%), selon le recensement de 1994.

Le peuple de Feyisa Lilesa possède sa propre langue reconnue, l’afaan oromo, distincte de l’amharique, la langue de l’administration. Ils habitent principalement dans la région de l’Oromia, une des plus grande et des plus peuplées en Ethiopie. 

L’Oromia est la plus grande et la plus peuplée des régions éthiopiennes (CAPTURE D'ÉCRAN GOOGLE MAP)

Comment se traduit la répression ? 

Pourquoi cette répression ? "Un plan d’urbanisme controversé d’extension des limites municipales de la capitale Addis-Abeba avait suscité des craintes d’expropriation de fermiers oromos (...) qui étaient descendus dans la rue", à la fin 2015, explique Le Monde"Ce plan prévoyait un agrandissement de la capitale et donc des expropriations en masse de fermiers de l'ethnie oromo, majoritaire en Ethiopie, mais historiquement repoussée aux marges de la société", précise RFI.

Dans un rapport publié le 16 juin, l'association humanitaire Human Rights Watch (HRW) estimait que plus de 400 personnes avaient été tuées lors de ces manifestations antigouvernementales, en novembre 2015.

Selon RFI, même si l'expropriation de nombreux fermiers oromos a été suspendue, cette annonce a "agi comme le catalyseur des frustrations du peuple oromo, qui dénonce la domination sans partage de la minorité ethnique des Tigréens [de la région du Tigré, dans le nord du pays] sur la vie économique et politique du pays".

La contestation pourrait s'étendre, poursuit la radio, puisque "les Amharas qui forment la deuxième ethnie d'Ethiopie, ont à leur tour organisé des manifestations pour réclamer une ouverture politique dans le pays". Et de conclure : "Le régime éthiopien serait fragilisé par une éventuelle alliance entre les deux. Ensemble, Amharas et Oromos représentent 60% de la population du pays".

 

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Sports

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.