Cet article date de plus de cinq ans.

JO 2016 : l'article à lire pour comprendre qui concourt sous la "bannière olympique"

Article rédigé par
Pierre Lecornu - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 11 min.
Les athlètes du Timor Oriental sous la bannière olympique, aux JO de Sydney, le 15 septembre 2000. (JOEL SAGET / AFP)

Un athlète a la possibilité de participer aux Jeux olympiques dans une équipe neutre, s'il ne peut représenter son propre pays. A Rio, une équipe de réfugiés sera représenté par les cinq anneaux.

La parade des nations est un moment phare de toute cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques. Les athlètes font le tour du stade, saluent le public, le sourire aux lèvres, fringants sous l'uniforme de leur fédération et fiers derrière leur drapeau. 

Entrent alors dans le stade ceux qui ne semblent avoir ni drapeau ni patrie, ils défilent derrière le drapeau olympique. Généralement, ce ne sont pas les derniers à faire le spectacle et montrer leur enthousiasme.

A Rio, ce sera la cinquième fois dans l'histoire des jeux d'été qu'une telle équipe prendra part aux festivités. Ils peuvent être apatrides, réfugiés, victimes de la géopolitique, etc. 

Bon d'abord, c'est quoi exactement la "bannière olympique" ?

Vous la connaissez forcément, vous la voyez partout. C'est ce drapeau blanc avec cinq anneaux de couleur – un bleu, un noir, un rouge, un jaune et un vert  qui représentent les cinq continents. Elle se veut universelle, un peu comme le Comité international olympique (CIO) lui-même.

C'est ça la bannière olympique. (Wikipédia commons)

Les cinq couleurs sont censées représenter les pays du monde entier. Au moment de sa conception, au moins une de ces couleurs se retrouvait dans chaque drapeau du globe. Lorsqu'il crée les Jeux olympiques, Pierre de Coubertin "n'envisagaient à aucun moment de faire disparaître les drapeaux ou de gommer les Etats", explique à francetv info Florence Carpentier, historienne spécialiste de l'olympisme et maîtresse de conférences à l'Université de Rouen Normandie.

On aurait pu imaginer que les athlètes défilent par sport, les nageurs avec les nageurs par exemple. Mais ça na jamais été envisagé.

Florence Carpentier - Historienne de l'olympisme

à francetv info

La symbolique du drapeau est très importante dans l'esprit des Jeux. Si la bannière olympique est censée représenter à elle-seule la totalité des drapeaux du monde entier, elle incarne aussi les couleurs de celui qui n'a plus de patrie.

Est-ce qu'il y aura des athlètes sous cette bannière à Rio ?

Les Jeux de Rio verront au moins une équipe concourir sous la bannière olympique. Il s'agit de "l'équipe des réfugiés", une première dans l'histoire des Jeux olympiques. "Cette initiative enverra un message d'espoir à tous les réfugiés de la planète et permettra au monde de mieux se rendre compte de l'ampleur de cette crise", se félicite Thomas Bach, le président du CIO, dans un communiqué.

Pour Florence Carpentier, historienne de l'olympisme, une telle initiative n'est pas surprenante. "C'est un choix qui va dans le sens de l'ONU. Le CIO aime jouer le beau rôle". En effet, le comité olympique communique assez largement sur cette équipe, notamment avec cette vidéo.

L'engagement n'en est pas moins sincère, cela fait une vingtaine d'années maintenant que le CIO coopère régulièrement avec le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies.

Le CIO voudrait montrer qu'il peut s'opposer aux dictatures et aux régimes non démocratiques, lui qui est beaucoup critiqué pour avoir confié les Jeux à des pays justement non démocratiques

Florence Carpentier - Historienne de l'olympisme

à francetv info

Ils seront dix dans cette équipe, six hommes et quatre femmes qui viennent de Syrie, du Soudan du Sud, de la République démocratique du Congo ou encore de l'Ethiopie. Six d'entre eux s'aligneront en athlétisme, deux en judo et les deux derniers en natation, comme la Syrienne Yusra Mardini.

Mais comme en 1992, plusieurs équipes différentes pourraient participer sous la bannière olympique. La Russe Yulia Stepanova a été autorisée à concourir sous maillot neutre par la Fédération internationale d'athlétisme. La coureuse de 800m est considérée comme une lanceuse d'alerte dans l'affaire du dopage organisé en Russie, qui a vu toute sa délégation d'athlétisme privée des JO. Sa participation est encore conditionnée à l'accord du CIO. D'autres athlètes russes non dopés poussent aussi pour pouvoir participer eux aussi de cette façon.

Mais quand est-ce que ça a été créé ?

C'est en fait relativement récent. Le procédé a été utilisé pour la première fois lors des Jeux d'été de Barcelone en 1992. En tout, on n'a utilisé cette possibilité seulement quatre fois lors des Jeux olympiques d'été : deux fois à Barcelone en 1992, à Sydney en 2000 et à Londres en 2012. Les Jeux d'hiver ont eu recours à ce procédé une fois.

Les différentes délégations ayant pris part aux JO d'été sous bannière olympique (FRANCETV INFO)
Dès les années 1920, le Comité international olympique (CIO) se veut une "Société des nations du sport". Une organisation universelle qui doit malgré tout composer avec la géopolitique mondiale. "Dans la première moitié du XXe siècle, le CIO va suivre les politiques coloniales", raconte Florence Carpentier, "les sportifs des colonies défilent sous le drapeau du pays colonisateur".

Vient la Guerre Froide et avec elle les querelles de territoires. Le CIO est confronté au problème des deux Allemagnes, des deux Corées, et des deux Chines. "Le CIO s'aligne alors sur la position de l'Ouest. Son principe, c'est de ne reconnaître qu'un seul comité olympique par pays. Pour la Corée, ce fut le sud, au moins jusqu'aux jeux de 1960", explique l'historienne. Dans le cas de l'Allemagne, le CIO réussit un petit tour de force, en imposant une équipe commune pour les Jeux de 1956, 1960 et 1964, malgré la partition du pays. "Pour la première fois, le CIO réussit là où les états échouent".

En 1968, le comité cède et reconnaît le comité est-allemand. Il y a donc deux Allemagnes aux JO, mais le CIO impose que les anneaux olympiques soient présents sur leurs drapeaux et leurs emblèmes. "Ce n'est pas encore la bannière olympique", concède Florence Carpentier, "mais ça illustre cette volonté du CIO de se placer au-dessus des États".

La préoccupation du CIO est toujours d'être le plus universel possible, en acceptant le plus de pays possible pour éviter toute sécession

Florence Carpentier - Historienne de l'olympisme

à francetv info

En 1980, la bannière olympique est utilisée, mais pour exprimer un boycott. Les Jeux ont lieu à Moscou, un an après l'invasion de l'Afghanistan par l'URSS. Pour protester, plusieurs pays boycottent complètement la compétition, une quinzaine d'autres, dont la France, décident de ne pas défiler lors de la cérémonie d'ouverture, et d'utiliser le drapeau olympique et l'hymne olympique en cas de victoire.

Que s'est-il passé en 1992 pour qu'on pense à faire une délégation neutre ?

En 1992, les Jeux d'été se déroulent Barcelone dans un contexte particulier. Deux situations géopolitiques différentes nécessitent alors de recourir à la bannière olympique.

En 1991, l'URSS éclate et 15 républiques retrouvent leurs indépendances. Trois d'entre elles participent aux jeux de 1992 sous leurs propres drapeaux. Les 12 autres constituent une "équipe unifiée", mais celle-ci n'a pas d'existence politique réelle, et l'équipe est donc représentée par les anneaux olympiques.

Pourtant lors de la cérémonie d'ouverture, les 12 drapeaux ouvrent la marche de la délégation, après le drapeau olympique. Il faut attendre réellement le début de la compétition pour saisir les implications concrètes de la bannière olympique : les athlètes habillés de manière assez neutre, en vert et noir, et les anneaux olympiques qui s'affichent dans la petite cartouche à la télévision lors de la présentation des sportifs ou lors de l'annonce des résultats.

A 0:20 la parade des athlètes de "l'équipe unifiée".

Depuis 1991, la guerre fait rage en Yougoslavie, particulièrement entre les Croates et les Slovènes d'un côté, et les Serbes de l'autre. Le nom respect du cessez-le-feu voté par les Nations unies, conduit l'ONU a adopter des sanctions à l'encontre de la Serbie et Monténégro, les seules entités qui composent désormais la Yougoslavie depuis que la Croatie, la Slovénie et la Bosnie ont pris leur indépendance.

Les sanctions prennent la forme d'un embargo total sur la Yougoslavie, embargo qui concerne aussi le sport. "Sous la présidence de Samaranche, le CIO se rapproche de l'ONU et s'aligne sur sa diplomatie", explique Florence Carpentier. Il ne peut pas aller à l'encontre d'un embargo de l'organisation. Après des semaines de tractations, un compromis est trouvé : les athlètes Yougoslaves pourront participer, mais en blanc, sous la bannière olympique.

Donc il peut y avoir plusieurs équipes "neutres" par compétition ?

Oui. La bannière olympique n'est pas une catégorie unique où l'on reverserait tous les athlètes délaissés, sans distinction des cas particuliers. Chaque délégation est différente, elles ont simplement en commun d'avoir le même drapeau et le même hymne. Tout dépend en fait de la situation.

En 1992, il y avait donc deux équipes sous bannière olympique, mettre ensemble les athlètes de la Yougoslavie et de l'ex-URSS n'avait pas de sens. Mais d'autres cas encore différents existent. En 2000, les athlètes du Timor oriental défilent sous cette bannière parce que le pays était depuis 1999 sous l'administration transitoire des Nations Unies, sans comité national olympique.

A 1'42"25, les quatre athlètes du Timor oriental défilent, juste avant le pays hôte.

En 2012, les Antilles néerlandaises sont dissoutes depuis un an, et les athlètes de cette région du monde ont le choix de participer sous les couleurs des Pays-Bas, comme le sprinter Churandy Martina, ou sous la bannière olympique. Le Soudan du Sud de son côté, indépendant depuis 2011, n'a pas encore de comité olympique et son ressortissant, Guor Martial, refuse catégoriquement de participer sous les couleurs du Soudan. Comme le nombre d'athlètes dans chaque cas est assez réduit, et que les situations respectives se ressemblent, les sportifs des ex-Antilles néerlandaises et celui du Soudan du Sud se sont regroupés.

Concrètement il se passe quoi s'ils gagnent une médaille d'or ?

En cas de victoire, les athlètes célèbrent leur médaille au son de l'hymne olympique, le regard rivé vers le drapeau aux cinq anneaux. Et bien entendu, les résultats, les médailles et les records ne sont pas comptabilisés pour le pays d'origine de l'athlète. L'hymne olympique n'a cependant plus résonné pour ce cas de figure depuis 1992.

Mais un athlète sans fédération derrière lui, il est un peu désavantagé, non ?

Le CIO a détaillé de manière assez succincte comment ont été sélectionnés les athlètes feront partie de "l'équipe olympique des réfugiés" mise en place en 2016. Est pris en compte "le niveau sportif", comme pour les athlètes des autres délégations. C'est le premier critère, les sportifs doivent être "qualifiables". Dans le cas de 2016, le statut de réfugié a également été vérifié. Le reste, c'est du cas par cas, suivant "la situation personnelle et le parcours de chacun".

Au niveau de la préparation, ils souffrent d'un manque évident d'encadrement. Mais le CIO insiste pour que ces athlètes soient traités à égalité avec les autres. Dans le cas des sportifs réfugiés par exemple, le CIO fournit le personnel d'encadrement, les uniformes, et la police d'assurance. Comme les autres nations, ils ont également leur place au village olympique. Et pour les frais divers, le CIO fait appel au fonds de solidarité olympique.

Bon, c'est un beau symbole, mais en vrai, ils sont plutôt nuls ces athlètes, non ?

C'est ce qu'on a tendance à croire. Ces dernières années, ils sont plutôt cantonnés aux places d'honneur. Cela s'explique par le fait qu'ils viennent la plupart du temps de petits pays, géographiquement, diplomatiquement et sportivement parlant. C'est le cas du Timor oriental en 2000 à Sydney, des ex-Antilles néerlandaises ou du Soudan du Sud en 2012 à Londres. Dans ces deux cas, le compteur de médailles des athlètes "indépendants" est resté bloqué à zéro.

C'était bien différent en 1992. L'équipe qui figure à la première place du classement des médailles est alors une équipe sous bannière olympique. "L'équipe unifiée" compte 494 sportifs, issus des républiques d'ex-URSS. C'est un ensemble d'athlètes, déjà nourri à la gagne depuis le temps du bloc soviétique (première nation en 1988 et en 1980). L'entité politique a disparu, mais l'héritage sportif a perduré.

Résultats sportifs des athlètes sous bannière olympique aux JO d'été (FRANCETV INFO)

Le meilleur sportif de cette édition 1992 fait partie de cette équipe unifiée. Il s'agit du gymnaste Vitaly Scherbo qui remporte la bagatelle de 6 médailles d'or. Lors de la même édition, l'équipe de Yougoslavie remporte, elle, 2 médailles d'argent et une médaille de bronze.

J'ai eu la flemme de tout lire et je suis allé directement à la fin. Vous me faites un petit résumé ?

Un athlète a la possibilité de participer aux Jeux olympiques dans une équipe neutre, représentée par la bannière olympique, s'il ne peut concourir pour son propre pays. Cette possibilité a été utilisée pour la première fois en 1992, aux Jeux d'été de Barcelone, pour que les athlètes des républiques de l'URSS disparue, et les athlètes de Serbie et Montenegro sous embargo international, puissent tout de même participer. D'autres sont transitoirement apatrides, ou leur comité olympique n'est pas encore reconnu par le CIO. En 2016, c'est une équipe de réfugiés qui pourra participer aux Jeux.

Leurs principales dépenses et besoins sportifs sont alors pris en charge par le CIO. Ils défilent et participent sous les couleurs du drapeau olympique, et en cas de victoire c'est l'hymne olympique qui retentit pendant la remise des médailles. En 1992, "l'équipe unifiée d'ex-URSS" a écrasé la compétition, mais depuis, les "athlètes indépendants" sont plutôt habitués aux places d'honneur.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Sports

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.