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Ils sont venus à Rio pour encourager les Bleus : "J'ai financé mon voyage avec un prêt à taux zéro"

Ils ne sont pas très nombreux mais on ne peut pas les rater avec leurs maillots, leurs drapeaux et leurs bérets bleu-blanc-rouge. Qui sont les supporters français qui ont fait le voyage jusqu'au Brésil ?

Article rédigé par
envoyé spécial à Rio de Janeiro (Brésil) - Pierre Godon
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Des supporters français lors du match de handball France-Argentine, aux Jeux olympiques de Rio, le 11 août 2016. (ROBERTO SCHMIDT / AFP)

On estime que les Jeux olympiques vont attirer environ 200 000 personnes à Rio, famille des athlètes et officiels invités compris. Un chiffre bien loin des millions de visiteurs de la Coupe du monde de foot, organisée elle aussi au Brésil deux ans plus tôt. Qui sont ces Français à avoir cassé leur tirelire pour voir de parfaits inconnus transpirer sous les tropiques ? Emma, Davy, Julien et Christophe, quatre supporters tricolores qui passent les quinze jours à Rio, nous en disent plus.

Davy, l'hyperactif

Le dada de Davy, informaticien chez Michelin, c'est le basket. Un temps statisticien au Stade clermontois, il saute le pas et décide de suivre l'équipe nationale une fois son club relégué chez les amateurs. "La première fois, c'était l'Euro en Lituanie, en 2011. J'ai découvert un pays où je ne serai jamais allé sinon, et en plus, on a décroché la médaille au bout." Depuis, Davy fait partie des irréductibles à suivre les deux équipes de France de basket, hommes et femmes. Un oiseau rare. "Le noyau dur, c'est 50 personnes pour les garçons, 20 chez les filles, et les deux groupes ne se mélangent pas."

Davy, supporter de l'équipe de France de basket, aux Jeux olympiques de Rio, le 10 août 2016. (PIERRE GODON / FRANCETV INFO)

Le voyage à Rio s'est imposé à lui comme une évidence. Ce naturel prévoyant a des tickets pour une floppée de matchs à élimination directe (de basket, mais aussi de hand et de volley). "Le basket fait partie des sports les plus chers, juste derrière l'athlé et la natation. Et comme j'ai aussi des places pour quatre soirées d'athlétisme, je ne pourrai pas tout voir." Addition salée pour une deuxième semaine chargée : il estime le coût total de son séjour au Brésil à environ 5 000 euros. "J'en ai pour plus cher de billetterie que d'hôtel et d'avion", confie-t-il. "J'ai financé mon voyage par un prêt à taux zéro de 3 000 euros proposé par mon employeur. Valable pour tous les salariés, une seule fois." Cela tombe bien, il n'a pas prévu de se rendre aux Jeux de Tokyo, changement de poste oblige.

Emma, la reine de l'organisation

Cette étudiante qui travaille en alternance comme comptable avait prévu de longue date de se rendre à Rio. Depuis des mois, cette membre du Supporters club de France tanne son entourage pour faire le déplacement. Sans grand succès, l'Euro de foot ayant fait des dégâts sur les porte-monnaie. Mais elle a pu financer son voyage au Brésil en revendant pour une coquette somme deux billets pour la finale. Seul regret : "Etre passée par l'agence officielle qui revendait les billets en France, alors qu'un mois avant le début de la compétition, le site officiel proposait tout au prix brésilien." La rançon de l'anticipation.

L'organisation, ça la connaît. Emma a commencé son périple brésilien en suivant l'équipe de France féminine de foot, à Belo Horizonte et Salvador de Bahia. Correspondances, vols intérieurs, bus locaux, autochtones peu renseignés... Rien n'a perturbé le chemin de cette fan de la première heure des Bleues. "Je n'ai pas encore pris de billets pour l'athlétisme, on va attendre un peu voir s'il y en a des abordables où on voit quelque chose." Vu le taux de remplissage famélique du stade olympique le premier soir – autour de 15%  elle a toutes ses chances.

Julien, le roi de la dernière minute

Etre militaire implique de ne pas avoir à acheter de voiture ou de logement. Mais aussi de savoir fin juillet si la permission du mois d'août est accordée. C'est ainsi que Julien, parachutiste, a réservé son billet d'avion pour Rio une semaine avant le début de la compétition. Et a pu compter sur sa sœur, Emma, pour s'occuper de l'intendance. Tout ce qu'il a pris dans ses bagages, c'est son drapeau lorrain – "parce qu'il n'y en a que pour les Corses et les Bretons". Une évangélisation laborieuse : "Beaucoup de Français viennent me demander à quelle région correspond le drapeau. Ne parlons même pas des Brésiliens..."

Christophe, Julien et Emma, trois supporters français aux Jeux olympiques de Rio, le 12 août 2016. (PIERRE GODON / FRANCETV INFO)

Julien chiffre le coût de ses vacances entre la Carioca Arena et le Maracana à 3 500 euros. Une somme importante, qu'il nuance : "Combien ça coûte deux semaines de vacances au ski ? Ou dans un coin huppé du Sud de la France, genre Saint-Tropez ?" En ayant conscience que cette situation est temporaire : "Dès que vous avez une famille, des enfants, c'est plus compliqué. On se limite à des vacances à la mer. Ce n'est pas culturel comme chez les Américains d'emmener ses gamins dans les grandes compétitions sportives."

Christophe, le professionnel du grand événement

Le 10 juillet, vers 21 heures, Christophe était dans les tribunes du Stade de France pour assister à France-Portugal. Sitôt la déception de la défaite évacuée, et une courte nuit, il était le premier au bureau, à 8h45, à... Lyon. "Je n'étais pas très frais", concède ce gestionnaire foncier-environnement chez Lafarge. Il a vu des matchs de l'Euro à Saint-Etienne, Lyon, Marseille et Paris "sans poser un seul jour de congé". Ce passionné était dans les gradins pour la finale de l'Euro 2000, et toutes les grandes compétitions depuis 2006. Christophe marche avec une béquille, conséquence d'une malformation podologique à la naissance. "Si je ne vivais pas ma passion, je serais déjà six pieds sous terre ou dans une chaise roulante", assène ce globe-trotter du sport.

Et un beau jour... "Je me suis dit : 'Je vais aller aux Jeux olympiques. C'est une chose de les regarder devant sa télé, c'en est une autre de vivre l'évènement'", raconte celui qui a rencontré Emma lors d'un déplacement des supporters des Bleus à Amsterdam, en mars dernier. "J'étais surpris par les prix. Ce n'est pas si cher, au fond. Dans quatre ans, à Tokyo, ce sera une autre paire de manches. Et je ne serais pas surpris que si Paris les obtient, en 2024, ce soit difficile pour des provinciaux de s'y rendre."

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