Comment la France est devenue un gros bonnet de la natation

Sélection drastique des athlètes, entraîneurs hors-pair... FTVi revient sur les recettes du succès des nageurs tricolores.  

La joie des relayeurs du 4x100 m français après leur victoire en finale des Jeux olympiques, le 29 juillet 2012, à Londres.
La joie des relayeurs du 4x100 m français après leur victoire en finale des Jeux olympiques, le 29 juillet 2012, à Londres. (NIVIERE/CHAMUSSY/SIPA)

Tout est parti d'un échec. La natation française est passée à côté des Mondiaux de Rome en 1994 et des Jeux d'Atlanta en 1996 (24 nageurs, 3 finales individuelles, zéro médaille). Et pourtant, à Atlanta, les sportifs français battaient leur record de médailles d'or... Un échec fondateur, qui a poussé la fédération à revoir sa copie. Depuis, la fusée de la natation à la française a décollé. Une médaille à Sydney, l'ère Manaudou à Athènes, la révélation Bernard en 2008, et maintenant, des cracks chez les hommes comme chez les femmes dans beaucoup de disciplines. Comment expliquer une telle progression? 

Une sélection beaucoup plus dure

Le directeur technique national de la natation, Claude Fauquet, décide après le fiasco de 1996 d'élever drastiquement le niveau des minimas requis pour participer aux grands rendez-vous. C'est la fin des délégations "touristiques", où les tricolores se présentaient dans des compétitions qu'ils n'avaient aucune chance de gagner : ainsi, la France n'a aligné que cinq nageurs aux Mondiaux de 2001. Et pas Roxana Maracineanu, pourtant vice-championne olympique, écartée pour avoir manqué de trois centièmes de seconde le temps minimal pour prétendre à la qualification. "La culture du nombre désavantage les meilleurs. Un champion n’accepte pas de côtoyer des gens qui n’ont pas la même exigence que lui. Le sport de haut niveau est élitiste. Il faut donc dégager une élite", se justifie Claude Fauquet, ancien directeur technique de la natation française, en 2008 (PDF, page 26). Les résultats engrangés depuis les Jeux d'Athènes, en 2004, lui donnent raison.

Son successeur à la DTN, Christian Donzé, expliquait dans le magazine du Comité olympique français : "93% de nos nageurs ont été finalistes à Budapest [aux championnats d'Europe de 2010]. Les critères de sélection n’y sont pas étrangers. Ils servent à montrer que les choses sont possibles. Un grand niveau d’exigence est donc nécessaire pour l’athlète qui, une fois qualifié, peut se préparer sereinement pour l’objectif."

Des relations athlètes-entraîneurs très fortes

La France a une grande génération de nageurs car elle a une grande génération d'entraîneurs. Les noms de Denis Auguin (mentor d'Alain Bernard), de Philippe Lucas (ex-entraîneur de Laure Manaudou) de Lionel Horter (Amaury Leveaux) ou de Fabrice Pellerin (Camille Muffat, Yannick Agnel) ne sont pas inconnus des amateurs de sport. L'excellence des entraîneurs hexagonaux est reconnue au-delà des frontières. Beaucoup d'athlètes étrangers font appel à des entraîneurs français : Philippe Lucas entraîne aussi des championnes étrangères, comme la Roumaine Camelia Potec.

Des méthodes d'entraînement personnalisées

La force de la natation française est d'avoir laissé les entraîneurs faire leur tambouille dans leur coin, sans imposer un modèle fédéral unique dans des grands pôles sans âme. Ainsi, Fabrice Pellerin a beaucoup fait travailler Camile Muffat pour que la championne décroche l'or olympique, le dimanche 29 juillet à Londres. Après un demi-échec au 400 m quatre nages à Pékin, en 2008, la nageuse a décollé en changeant de discipline, uniquement le crawl, mais aussi en intensifiant son entraînement : six jours et demi par semaine depuis trois ans. Un investissement de tous les instants qui a payé. "Depuis octobre, on continue à nager de la même façon. Se lever tous les matins sans jamais se reposer", expliquait Muffat.

La joie de Camille Muffat après sa victoire olympique en 400 m nage libre, le 29 juillet 2012 à Londres.
La joie de Camille Muffat après sa victoire olympique en 400 m nage libre, le 29 juillet 2012 à Londres. (NIVIERE/CHAMUSSY/SIPA)

Une boulimie de nage qui rappelle celle de Laure Manaudou du temps de sa splendeur. En 2004, elle déclare à la télévision : "Déjà, je ne vais pas en cours. Je ne sors pas le soir et je ne vois que des nageurs." Et la réaction de Camille Muffat, après son 400 m nage libre victorieux, en disait long sur la relation qu'elle entretient avec son entraîneur : "Pour une fois, Fabrice [Pellerin] ne va pas m’engueuler", explique-t-elle dans Libération (article payant).

Un succès encore fragile

Malgré des rumeurs, des accusations d'ancien médecins chinois, quelques contrôles positifs pour des produits soignant les hémorroïdes pour Frédérick Bousquet et deux contrôles séchés par Laure Manaudou, on n'a rien pu prouver contre l'équipe de France. "A part un excès de Nutella, ils ne vont pas trouver grand-chose dans mon sang", rigole Yannick Agnel, champion olympique du relais 4x100 m, dans La Voix du Nord. Le dopage n'est pas la plus grande menace qui plane sur la natation française. Malgré des résultats exceptionnels, les structures sont fragiles, artisanales, dépendantes de quelques entraîneurs. Comme l'expliquait Fabrice Pellerin sur lemonde.fr : "Pas mal de pays se tournent vers les entraîneurs européens. Et ceux qui seront peut-être les plus tentés de partir, ce sont les entraîneurs français."