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Ces sportifs qui se volatilisent lors des compétitions internationales

Trente sportifs étrangers ont fugué à la fin des Jeux de la francophonie, qui viennent de s'achever à Nice. Une habitude. 

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France Télévisions
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La délégation de la République démocratique du Congo, le 7 septembre 2013 à Nice (Alpes-Maritimes), lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux de la francophonie. Plusieurs membres de cette délégation, notamment les basketteuses, ont disparu depuis.  (VALERY HACHE / AFP)

"A chaque grand événement sportif, c’est la même chose", soupire Bernard Maccario, directeur général du comité national des Jeux de la francophonie, sur France 24. A l'issue des épreuves, organisées cette année à Nice (Alpes-Maritimes), une trentaine d'athlètes ont pris la poudre d'escampette. Ces sportifs, venus de République démocratique du Congo, de Djibouti, du Rwanda et de Côte d'Ivoire, se sont évaporés dans la nature, avec pour tout bagage une prime pour couvrir leurs frais tournant autour de 1 000 euros et un visa d'un mois. Retour sur un phénomème récurrent dans les grandes compétitions internationales. 

La guerre froide, terrain brûlant pour les champions

Le premier cas de défection remonte aux Jeux de Londres, en 1948. La gymnaste tchécoslovaque Marie Provaznikova décide de quitter son pays pour son "manque de liberté". Sa patrie vient de rejoindre de force le giron de l'URSS. Pendant 40 ans, ce sont des motifs politiques qui alimentent les défections. Aux Jeux de Melbourne (Australie), en 1956, 45 athlètes hongrois décident de ne pas rentrer chez eux. En lisant la presse australienne, ils apprennent que les chars soviétiques sont entrés dans Budapest (Hongrie) pour remettre au pas leur pays. En représailles, l'équipe de water-polo soviétique offrira une opposition musclée à son homologue hongroise dans un match surnommé "le bain de sang". Les images des joueurs hongrois, sortant de la piscine le visage ensanglanté, ont fait le tour du monde. 

Et l'hémorragie de talents continue, culminant à un record de 117 défections aux Jeux de Munich (Allemagne), en 1972. Soucieux d'y mettre fin, les pays du bloc de l'Est surveillent de plus en plus étroitement leurs athlètes. "Je me suis rendu en Albanie une semaine après la chute du régime communiste, raconte à la radio américaine NPR (en anglais) David Wallechinsky, historien des Jeux olympiques, et j'ai cherché la piste de leur plus grand athlète de tous les temps, un haltérophile. Il travaillait à l'époque dans un cirque, comme clown. Il m'a raconté qu'en 1972, il y avait un garde du corps par athlète."

N'allez pas croire que seuls les champions de sports mineurs cherchent la terre promise à l'Ouest. La tenniswoman tchécoslovaque Martina Navratilova, une des meilleures joueuses de l'histoire, passe à l'Ouest en 1975. Motif : le régime voyait d'un très mauvais œil qu'elle se fasse des amis étrangers sur le circuit WTA et qu'elle "s'américanise". Deux semaines après sa défection, elle avait cessé d'exister dans les médias de son pays d'origine. Le temps pour le Parti d'écrire ce communiqué : "La Tchécoslovaquie lui a offert tous les moyens pour son développement, mais elle a préféré une carrière professionnelle douteuse et un compte en banque bien garni."

La tenniswoman américaine Martina Navratilova après sa victoire au tournoi de Wimbledon, à Londres (Royaume-Uni) en 1980.  (CENTRAL PRESS / GETTY IMAGES)

Cuba, champion du monde de la défection

A partir des années 80, ce sont des raisons économiques qui motivent la masse des fuyards. Les Cubains deviennent alors champions du monde toutes catégories des athlètes en cavale. Plusieurs boxeurs médaillés olympiques fuient après les Jeux de Barcelone (Espagne), quand les joueurs de base-ball s'enfuient par dizaines. Les compétitions panaméricaines sont une excellente occasion de quitter son pays. La communauté des exilés cubains déploie alors les grands moyens. 

Pour l'édition de 1987 des Jeux panaméricains à Indianapolis (Indiana, Etats-Unis), ils s'offrent des pages entières de journaux pour inciter leurs compatriotes à fuir. En 1993, lors des Jeux d'Amérique centrale et des Caraïbes, à Porto Rico, ils affrètent des avions tirant une bannière où on pouvait lire : "Cubains, faites défection", avec un numéro de téléphone derrière, rapporte le Seattle Times (en anglais) de l'époque. Quarante athlètes choisissent l'exil cette année-là, un record. Ce qui vexe profondément Fidel Castro : "Trahir pour l'argent est l'une des armes favorites des Etats-Unis pour détruire la résistance cubaine", dénonce-t-il, cité par la BBC (en anglais). 

Dans le cas des disparus des Jeux de la francophonie, beaucoup espèrent monnayer leur talent dans des clubs européens, avec l'aide d'agents pas toujours recommandables. Le côté économique est devenu le nerf de la guerre, au point que l'île de Taïwan, elle aussi touchée par l'exode de ses champions, a mis à contribution les entrepreneurs pour augmenter les primes des athlètes au niveau du voisin chinois, note le Shenzhen Daily (en anglais). Un voisin chinois pas épargné par le départ de ses champions... vers le Japon. L'exil de la basketteuse Li Mingyang, devenue Miyuki Sugiyama dans l'archipel, est resté en travers de la gorge de son entraîneur qui la qualifie d'"ordure du basket chinois", relève le South China Morning Post (en anglais).

Pour les beaux yeux de Bill Clinton

Ces défections en série sont aussi l'occasion de quelques belles rencontres. A l'image de l'échange de regards entre l'haltérophile irakien Raed Ahmed et le président américain Bill Clinton, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux d'Atlanta (Géorgie, Etats-Unis), en 1996.

Porte-drapeau de la délégation de son pays, il raconte au New York Times (en anglais) ce qui l'a décidé à sauter le pas : "On nous avait dit de ne pas regarder le président Clinton. Mais j'ai tourné la tête, je l'ai regardé, et je n'en ai pas cru mes yeux. Il était debout et nous applaudissait. Si les Jeux avaient eu lieu en Irak, jamais Saddam Hussein n'aurait fait cela !" Quelques jours plus tard, il fuyait le village olympique de nuit. Dehors, une voiture l'attendait, sans doute conduite par un membre de la diaspora irakienne. Il demande et obtient l'asile politique aux Etats-Unis, par peur de représailles lors de son retour au pays. Il y de quoi : c'est le sanguinaire Udaï Hussein, fils de Saddam, qui dirigeait le comité olympique irakien.

L'haltérophile irakien Raed Ahmed, porte-drapeau de l'Irak aux Jeux olympiques d'Atlanta (Géorgie, Etats-Unis), le 19 juillet 1996.  (CLIVE BRUNSKILL / HULTON ARCHIVE)

Reste le cas exceptionnel du boxeur camerounais Thomas Essomba, qui a fait défection aux Jeux de Pékin... avant de revenir au pays. "Il a déclaré aux journalistes qu’il avait agi ainsi dans l’espoir de trouver de meilleures conditions de vie et de travail en Chine", explique le journaliste camerounais Atéba Biwolé à Radio Netherlands Worldwide. Que croyez-vous qu'il arriva quand on l'envoya aux JO de Londres ? Gagné ! Il a à nouveau tenté sa chance en Grande-Bretagne. D'après le Daily Mirror (en anglais), il a obtenu l'asile et a été localisé dans un foyer de Sunderland, durant le week-end.

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