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Paris 2024 : une cagnotte pour un vélo, la galère de la championne de France de handbike Anne Claveau

Dans l'impossibilité de financer un équipement à 14 000 euros, la championne de France du contre-la-montre et de course en ligne ne peut plus participer aux étapes de Coupe du Monde.

Article rédigé par Louise Le Borgne
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Anne Claveau est à la recherche de financements pour poursuivre sa carrière de paracycliste, le 30 juin 2022. (DR / FRANCEINFO:SPORT)

C'est une devinette insolvable : comment être double championne de France de paracyclisme sans détenir de vélo ? La réponse ne tient qu'à la bonne volonté d'un club, "qui nous a prêté un handbike adapté pour l'épreuve", explique Anne Claveau, mercredi 30 juin.

À deux ans des Jeux de Paris 2024, la double championne de France devrait être en pleine préparation des prochaines étapes de Coupe du Monde de paracyclisme, qualificatives pour les Jeux paralympiques. Mais faute d'instrument adapté, la jeune femme reste à quai, à Châteauroux. 

Un matériel de compétition très coûteux

"En 2018, j'ai acheté un handbike d'occasion mais qui n'était pas du tout adapté à ma morphologie. Étant un petit gabarit, je pédalais les bras trop hauts et ça m'a occasionné beaucoup de blessures. Le temps de préparer les Championnats de France cette année, un club m'a prêté un super vélo pendant 4 mois. Ils ont néanmoins dû le récupérer et donc je me retrouve, de nouveau, sans vélo." 

Et le constat est sans appel : sans vélo, la championne ne peut plus s'entraîner et voit, a fortiori, son projet paralympique s'envoler. Sans sponsors ni soutiens institutionnels, la jeune femme de 29 ans a donc lancé mercredi une cagnotte participative sur la plate-forme HelloAsso. "L'objectif est d'avoir un vélo très rapidement, pour ne pas trop perdre physiquement et pour continuer à m'entraîner", ajoute l'intéressée. 

Un handbike est un vélo couché, à trois roues, sur lequel on avance à la force des bras. Un objet de haute technicité, souvent réalisé sur mesure, qui a un coût : 14 000 euros au minimum. Trop pour la sportive, qui travaille dans le milieu associatif. "En handisport on a besoin de sponsors pour le vélo, les déplacements, l'hébergement et pour assurer la logistique pour emmener le handbike sur le lieu de compétition. C'est beaucoup de budget", témoigne la paracycliste qui espère mobiliser autour de son projet paralympique. 

"Je voudrais participer en septembre à la finale de la Coupe de France où je suis annoncée favorite. Mais construire un vélo comme ça, ça prend à peu près 2 mois." La paracycliste se bat désormais contre la montre. 

Handbike en carbone, dédié à la compétition, le 23 juin 2022. (DR / FRANCEINFO:SPORT)

Atteinte d'épiphysiologie avec nécrose de la hanche (la destruction des os du fémurs), Anne Claveau espère acquérir un vélo adapté à ses besoins : " L'idéal, c'est un handbike où le siège et la fourche sont réglables et la force ajustable. C'est vraiment important d'avoir un vélo à ma taille pour éviter les blessures et pour pouvoir être performante sur mon vélo." En attendant de reprendre l'entraînement sur les routes, Anne Claveau ronge son frein et se contente de séances de renforcement musculaire.

Parcours du combattant

La championne de France de handbike, passionnée de VTT depuis son enfance, n'hésite pas à rouler hors des sentiers battus : "À 10 ans, on m'a diagnostiqué ma maladie et à la suite de ça j'ai eu plusieurs opérations, avec plusieurs années de rééducation". La jeune femme remonte finalement sur un VTT et, après un passage par une section cyclisme, s'oriente vers le CREPS (Centre de Ressources, d'expertise et de performance sportives) du Centre-Val de Loire et un diplôme d'éducatrice sportive. "Puis, j'ai fait une chute en VTT et je ne pouvais plus du tout me servir de mes jambes. Ça a tout stoppé. J'étais limitée en flexion et en appui sur la jambe, donc il fallait que je me reconvertisse. J'ai essayé le handbike en 2018 et ça m'a tout de suite plu." 

Depuis, Anne Claveau s'est imposée comme la leader de sa discipline. Double championne de France il y a trois semaines, sa saison avait pourtant bien mal commencé : "Pendant six mois, je n'ai pas pu pratiquer mon sport. J'étais en centre de rééducation, blessée à l'épaule, au bas du dos et au bassin. À un moment, je me me suis même dit que je n'allais jamais pouvoir reprendre. Donc ça a été une belle surprise de pourvoir décrocher ces titres avec seulement quatre mois d'entraînement. Ça me donne encore plus d'espoir pour la suite, avec une vraie préparation." 

La jeune femme entend aller au bout de son objectif paralympique : "Je vais devoir apprendre à vivre comme sportive avec cette maladie qui évolue. Le sport me permet de me dépasser, de montrer qu'avec un handicap on peut quand même réussir." Rendez-vous est pris à Paris 2024, à condition d'acquérir un vélo d'ici là.

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