Oubliez la guéguerre Neymar-Cavani, le foot regorge d'histoires bien pires

Deux joueurs qui s'enguirlandent pour un penalty ? De la petite bière à côté des vraies haines du football. Passage en revue.

Edinson Cavani et Neymar (à droite), lors du match PSG-OL, le dimanche 17 septembre 2017 au Parc des Princes à Paris.
Edinson Cavani et Neymar (à droite), lors du match PSG-OL, le dimanche 17 septembre 2017 au Parc des Princes à Paris. (FRANCK FIFE / AFP)
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Pierre GodonFrance Télévisions

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"Le clash" titre L'Equipe, avec une une zébrée d'un éclair entre les deux attaquants du PSG. Sur cinq pages, sont détaillées les coulisses des incidents liés à deux coups de pied arrêtés lors du match PSG-Lyon du dimanche 17 septembre. Un coup franc que voulait tirer Cavani, chipé par Neymar avec la complicité de son bras droit sur le terrain, le défenseur Dani Alves. Vingt minutes plus tard, un penalty que Cavani tire (et rate), après une petite discussion avec son compère d'attaque brésilien.

Selon L'Equipe (article abonnés), le ton serait monté après, dans les vestiaires, Cavani et Neymar quittant rapidement le stade, le regard noir, sans adresser un mot aux journalistes. Dernier épisode en date : Neymar aurait "unfollowé" Cavani sur Instagram. Ça vous rappelle le "j'te cause plus" lancé à Cécile, la petite peste de la 5e B quand vous usiez vos fonds de culotte sur les bancs de l'école ? L'histoire du football regorge d'histoire de haines ouvertes... qui n'ont pas forcément empêché la réussite sportive.

Platini-Larios, une guerre froide qui a pourri le Mondial 1982

En cette saison 1981-1982, Michel Platini et Jean-François Larios sont les deux étoiles montantes du football français. Le meneur de jeu ombrageux et le milieu relayeur au physique de déménageur forment un redoutable attelage dans l'entrejeu de Saint-Etienne. Jusqu'à ce qu'ils se brouillent pour une histoire de femme. L'affaire n'est évoquée qu'à demi-mot dans la presse nationale, mais la rumeur d'une liaison entre le beau "Jeff" et Christelle, Mme Platini, se répand comme une traînée de poudre. Dans le vestiaire des Verts, d'abord, où l'entraîneur Robert Herbin tente de désamorcer la crise.

"Le club s'est désagrégé, se rappelle Laurent Roussey qui portait le maillot stéphanois à l'époque. A l'intérieur du groupe, on sentait bien qu'il y avait des pour, des contre, aussi bien chez les joueurs que chez les dirigeants." Les spectateurs des équipes adverses en jouent. En témoigne un match à Bastia ou chaque prise de balle de Platini est saluée par des "cocu, cocu" tombés des tribunes. Le président stéphanois envisage de mettre Larios au frigo pour ne pas fâcher Platini. Finalement, Robert Herbin trouve une solution en permettant à Larios de partir dès la fin de l'entraînement pour ne pas croiser le rancunier "Platoche".

Les deux joueurs sont du voyage en Espagne pour le Mondial 1982. Ils sont même alignés ensemble lors de l'entrée en lice des Bleus lors de la compétition. Selon la légende, Platini a ensuite posé un ultimatum au sélectionneur Michel Hidalgo : "C'est lui ou moi." Diplomate, le coach affirme que c'est Larios qui a pris l'initiative de se mettre en retrait. "Michel Platini ne m’a jamais demandé à ce que Larios ne joue pas. C’est Larios lui-même qui m’avait téléphoné de Barcelone, où il se trouvait, pour me dire qu’il quittait la sélection." Larios passe le reste de la compétition à se dorer au bord de la piscine avec sa garde rapprochée, elle aussi mise au placard, à l'image du milieu Christian Lopez. Et quand ce secteur du jeu se retrouve décimé face à l'équipe physique de RFA, Hidalgo lance Patrick Battiston, défenseur de formation, à contre-emploi. La suite, on la connaît...

Cole-Sheringham, une haine de quinze ans à cause d'une poignée de main

Teddy Sheringham et Andy Cole (à droite) se congratulent lors d\'un match de Ligue des champions face au Feyenoord Rotterdam, le 6 novembre 1997.
Teddy Sheringham et Andy Cole (à droite) se congratulent lors d'un match de Ligue des champions face au Feyenoord Rotterdam, le 6 novembre 1997. (ED OUDENAARDEN / ANP)

Mars 1995. L'Angleterre reçoit l'Uruguay à Wembley. Le match est amical... mais le remplacement de l'attaquant Teddy Sheringham par Andy Cole, à une vingtaine de minutes de la fin du match l'est beaucoup moins. "Je m'attendais à une brève poignée de main, un petit 'bonne chance Coley', quelque chose de ce genre, raconte Andy Cole dans The Independent. Je lui tends la main, et il l'ignore ostensiblement. Nous n'avions aucun contentieux. Je ne le connaissais même pas ! Ma première réaction a été : "Mon Dieu ! Combien de gens ont pu voir ce que Sheringham m'a fait ?' J'étais gêné, en colère. Et je savais que Teddy Sheringham et moi n'étions pas faits pour nous entendre."

Quelques mois plus tard, Sheringham débarque à Manchester United, le club où Cole brille. Cinquante-quatre buts et 4 500 minutes passées sur le front de l'attaque plus tard, les deux hommes ne se sont toujours pas adressé la parole. "Teddy me faisait passer des messages par Dwight Yorke [un autre avant-centre des Red Devils]. Yorke, lui, s'entendait avec tout le monde...", poursuit Cole sur la radio Newstalk (en anglais).

Le rugueux défenseur central Gary Pallister avait remarqué la brouille. "Vous ne vous parlez pas, mais vous jouez ensemble." De toute façon, l'ambiance n'était pas au beau fixe dans l'équipe. Cole avait surpris le même Pallister envoyer son poing dans le visage de Roy Keane, un milieu de terrain tout sauf poète, lors d'une soirée de quartier libre. Manifestement, Alex Ferguson, le légendaire coach de MU, laissait ses joueurs s'expliquer hors du terrain tant que ça n'affectait pas la performance de l'équipe. "Sheringham ne s'est jamais excusé, et je pense qu'il ne voit pas pourquoi il aurait à le faire, conclut Cole. Je boirais volontiers une bière avec Neil Ruddock, le gars qui m'a fracturé la jambe. Mais avec Sheringham ? Jamais de la vie."

Gallas-Nasri, la rivalité qui a failli se finir au Taser

Les deux joueurs se sont côtoyés en équipe de France et à Arsenal, sans atomes crochus, c'est le moins qu'on puisse dire. La relation commence, mal, quand le jeunot Nasri s'assoit sans vergogne à la place de Thierry Henry dans le bus. Gallas décide de recadrer son cadet qui lui répond. Il raconte la scène dans son autobiographie"Comment tu me parles ? Pour qui tu te prends ? Tu n’as que 20 ans, je ne suis pas ton ami. (...) Moi aussi, j’ai eu 20 ans. Jamais je ne me serais permis de parler sur ce ton à un joueur plus âgé que moi." A Arsenal, les deux joueurs vont s'écharper sur le terrain lors d'un 8e de finale de Ligue des champions face à l'AS Rome. 

Les choses vont vraiment dégénérer un soir de 2009 quand Gallas sort avec des amis de l'hôtel Costes, à Paris, où il a invité ses proches avant un rassemblement des Bleus. Sur le perron de l'établissement, il est accosté par quelques personnes, "des gros bras", les décrit-il dans sa biographie. Dans son livre, écrit en 2008, il expédie pudiquement l'incident en trois lignes.

Huit ans plus tard, dans l'émission Le Vestiaire sur SFR, il se montre plus disert : "Je reconnais une personne qui était souvent avec Samir au centre d’entraînement d’Arsenal." L'armoire à glace lui explique que Nasri se trouve dans une voiture garée non loin et qu'il souhaiterait revenir avec Gallas sur l'algarade qu'ils ont eue quelques jours plus tôt. "Je m’apprêtais à le suivre, mais mon cousin qui est policier me dit en créole de ne pas aller là-bas (...). Je jette un coup d’œil sur le côté et je vois quelqu’un accroupi avec un sac. Il y avait des Taser." 

S'il ne nie pas entièrement l'incident, Samir Nasri sortira de son silence dans Onze Mondial pour conseiller à Gallas de prendre du "mythoprane, des dolipranes en suppositoire pour les mythos". Selon lui, Gallas est venu faire amende honorable à Clairefontaine. Sans succès : "C’est moi, je lui ai dit : 'Je ne veux plus te dire bonjour, ne me dis plus bonjour, on ne s’aime pas.'"

Ibrahimovic-Van der Vaart, des tacles sous la ceinture

Le ténébreux Suédois vit mal la domination des jeunes joueurs formés au club au sein du vestiaire de l'Ajax Amsterdam. Dans son collimateur, le meneur de jeu Rafael van der Vaart, belle gueule, ego démesuré (lui aussi) et mannequin à son bras... Une ex du Suédois. L'ancien manager du club David Endt se souvient dans le magazine anglais FourFourTwo (en anglais) : "C'est vrai que Rafael était un peu l'enfant chéri du pays, le Néerlandais, le capitaine." 

Lors d'un match amical Pays-Bas-Suède, Zlatan découpe l'impudent. "Ibra" venait pour faire faute, mais blesse son partenaire de club, qui se répand dans la presse batave, criant au complot. "Notre manager à l'Ajax nous a réunis et il a encore dit que je l'avais fait exprès, raconte Ibrahimovic dans son autobiographie. Je lui ai répondu que la prochaine fois, je briserai les deux jambes [de "VDV"] et que cette fois-là, il verrait que ce serait fait exprès." Silence gêné dans le vestiaire, se souvient Thomas Endt : "Tout le monde s'est tu, dans un mélange de dégoût et de respect. Il s'en foutait d'avoir vingt-cinq ou trente personnes en face de lui. Il s'était fait comprendre."

A la fin de la saison, l'Ajax brade Ibrahimovic à la Juventus : il y avait trop de coqs dans le poulailler. Mais la brouille entre les deux hommes ne s'est pas éteinte avec ce transfert. En 2012, Van der Vaart se mettait en scène envoyant des balles de golf sur une photo de Zlatan.

Il a fini par mettre un peu d'eau dans son vin dans une émission de la télévision espagnole : "C'est un gars très cool et moi aussi. Et parfois, il y a des moments où il y en a un qui dit un truc, l'autre qui n'aime pas, après tu te bats. Parfois, nous avons eu des problèmes quand nous jouions ensemble, mais nous l'avons bien fait." Ibrahimovic n'a, à ce jour, pas saisi cette main tendue...