Mort de Diego Maradona : "C'était un des plus grands joueurs de l'Histoire" qui a "brûlé la vie par tous les bouts", réagit Bixente Lizarazu

Le champion du monde 1998 a salué le "génie" du joueur tout en revenant sur son côté "ange et démon".

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Bixente Lizarazu en juillet 2020.  (CHRISTOPHE ABRAMOWITZ / SERVICE PHOTOS)

"C'était un des plus grands joueurs de l'Histoire", a réagi jeudi 26 novembre sur franceinfo Bixente Lizarazu, champion du monde 1998, après la mort de Diego Maradona. L'ancien footballeur revient sur le parcours de l'Argentin décédé à 60 ans d'une crise cardiaque mercredi et rappelle l'incroyable "dextérité" de Maradona, son "art du dribble", un "joueur de génie". Mais Maradona était aussi "ange et démon". Il a "brûlé la vie par tous les bouts", estime Bixente Lizarazu et "ça faisait de la peine de le voir ces derniers temps".

franceinfo : Quel regard portiez-vous sur Diego Maradona ?

Bixente Lizarazu : Je portais un regard émerveillé sur un des plus grands joueurs de l'Histoire, sur l'un des plus grands dribbleurs de l'histoire de ce jeu. C'est ça qui m'a particulièrement marqué chez Maradona : sa dextérité balle au pied, sa conduite de balle et sa capacité à dribbler toute une défense comme il a pu le faire à la Coupe du monde 1986 où il a dribblé toute la défense de l'Angleterre. Ce but-là reste un des plus beaux buts de l'histoire de la Coupe du monde mais il est aussi symbolique du talent de Maradona. L'art du dribble, l'art de la feinte, être capable de surprendre un adversaire balle au pied et Maradona était l'un des plus forts. Aujourd'hui, dans le football moderne, celui qui l'incarne le plus c'est Lionel Messi, argentin lui aussi. Je pense qu'il y a beaucoup de similitudes dans le jeu entre ces joueurs-là et cette qualité de dribble, cette fréquence de pied. Il touche le ballon en permanence pour pouvoir changer la direction de ce ballon et qui fait qu'il est insaisissable.

Si on doit le comparer à d'autres légendes : Pelé, Platini par exemple, où est-ce que Maradona se situe ?

Je n'aime pas faire ce jeu des comparaisons y compris sur les mêmes générations parce que ce ne sont pas les mêmes qualités. On ne va pas comparer les qualités de Platini qui était plutôt dans la passe alors que Maradona était plutôt dans le dribble. Pelé c'est encore une autre génération. Il y a des joueurs qui font partie des plus grands dans l'histoire du foot. Pelé en fait partie, Maradona en fait partie, Cruyff, Platini, Zidane et encore d'autres. Mais je n'ai pas envie d'entrer dans ce jeu de 'qui est le numéro 1'. Quand on observe la carrière de Maradona elle est un peu atypique d'une certaine façon parce qu'il est passé par Barcelone mais il ne s'est pas imposé dans ce club qui était pourtant déjà, à l'époque, un des plus grands clubs du monde. Et c'est dans un club beaucoup plus modeste à Naples, qu'il a laissé son empreinte et qu'il a montré qu'il était un joueur de génie pendant plusieurs années puisqu'il a permis à ce club d'être champion deux fois, ce qui n'était pas prévu pour ce club moyen du championnat italien. Par son talent et quasiment à lui seul parfois, il a réussi à faire gagner cette équipe.

Maradona c'était aussi un tricheur avec ce but de la main en 86 au Mexique, quelqu'un suspendu 15 mois à cause du dopage à la cocaïne... Il avait aussi une part sombre ?

C'est ange et démon. Ange sur le terrain par ses dribbles déroutants, insaisissables mais dans sa vie il a aussi touché à la cocaïne, il s'est dopé, il a eu des fréquentations douteuses et il s'est un peu brûlé, même totalement brûlé parce que je crois qu'il est mort de ça, d'avoir brûlé la vie par tous les bouts. Son état de santé était catastrophique et d'ailleurs ça faisait de la peine de le voir ces derniers temps parce qu'on sentait bien que psychologiquement ça n'allait pas. Ça fait mal ça. Ça fait de la peine quand on aime des athlètes, des champions, de les voir dans un état comme ça. Maradona, ces derniers temps, faisait de la peine. C'était quelqu'un d'adulé en Argentine et partout où il est passé donc j'imagine qu'il avait une pression terrible et c'est donc peut-être pour ça qu'il a dû s'évader dans des artifices. Sa vie est faite de très hauts et de très bas et il est mort de ça parce que finalement c'est très jeune de mourir à 60 ans.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.