Mondial 2014 : une bière au goût amer pour le Brésil

Pour organiser une Coupe du monde, un gouvernement doit accepter de confier les rênes du pays, ou presque, à la Fifa pendant un mois. Cela va de la vente de bière dans les stades au droit du travail.

Une supportrice mexicaine une pinte de bière aux lèvres lors de la finale de la Coupe du monde des moins de 17 ans entre l\'Uruguay et le Mexique, le 10 juillet 2011 à Mexico (Mexique). 
Une supportrice mexicaine une pinte de bière aux lèvres lors de la finale de la Coupe du monde des moins de 17 ans entre l'Uruguay et le Mexique, le 10 juillet 2011 à Mexico (Mexique).  (JEFF MITCHELL - FIFA / FIFA)

Mardi 6 mars, la Fédération internationale de footbalI (Fifa) a fini par désamorcer une crise diplomatique avec le Brésil, pays organisateur de la Coupe du monde de foot 2014. En cause, une phrase d'un haut dirigeant de l'institution. Jérôme Valcke a "demandé" au gouvernement de la présidente Dilma Rousseff de se "donner un coup de pied aux fesses" pour promulguer une loi qui autorise notamment la vente de bière dans les stades. Celle-ci a été interdite en 2003 dans le pays. L'expression, assez claire en français, a été prononcée en anglais, et la traduction en portugais n'a manifestement pas fait sourire les Brésiliens. Après un tollé au Brésil, Jérôme Valcke et son patron, Sepp Blatter, se sont platement excusés. Affaire classée ? Sur la forme, oui. Sur le fond, non. 

La Fifa au-dessus des lois

Ce qu'on a résumé un peu vite comme "la guerre de la bière" entre le Brésil et la Fédération internationale trouve son origine dans un texte de loi que la FIFA voudrait voir voté au plus vite par le Parlement brésilien. Outre l'autorisation de la vente de bière dans les stades pendant la compétition - la bière partenaire officielle de la Coupe du monde, pas une autre -, ce texte fourre-tout prévoit un certain nombre de mesures qui font tiquer les députés brésiliens. Et ce, depuis 2007, année de l'attribution de la Coupe du monde à ce pays. 

Il donne ainsi tout pouvoir à la Fifa pour fixer le prix des billets des matchs, sans tenir compte du demi-tarif pratiqué au Brésil pour les étudiants et les retraités ; pour s'arroger des droits commerciaux exclusifs dans de larges zones près des stades ; pour encourager des exceptions au droit du travail dans les métiers ayant rapport avec la compétition, de l'ouvrier au journaliste ; pour s'octroyer des exemptions d'impôts pour elle-même et quelques sociétés partenaires jusqu'en 2015...

Autant de conditions que tous les prétendants à l'organisation de la Coupe du monde doivent accepter sous peine d'être recalés par l'institution. La Fifa, qui est toujours officiellement une association à but non lucratif, a réalisé des bénéfices record lors du dernier Mondial sud-africain, tandis que le pays organisateur y engloutissait 4 milliards d'euros pour 1 seul milliard de recettes touristiques. 

Le Brésil, "république bananière" ?

L'emprise de la Fifa sur le copyright est tentaculaire. Le site américain In These Times explique que les appellations "Coupe du monde 2010", "South Africa 2010" et même "2010" étaient propriétés de la Fédération ! Et ce dans le monde entier. Pour le Mondial brésilien, la Fifa envisage de déposer un millier d'appellations de ce genre : un bar accrochant une pancarte "Coupe du monde Fifa : les matchs en direct" pourrait être poursuivi, explique un avocat à la BBC (en anglais)

Le texte de loi n'est pas encore adopté. Le pouvoir cherche à négocier là où il le peut. Comme le note le correspondant de la BBC en Amérique du Sud (en anglais), "le seul domaine où le gouvernement peut montrer ses muscles, c'est ce qui concerne la souveraineté, concrètement, la bière et les billets à demi-tarif".

Une des buvettes du stade de Durban pendant la Coupe du monde de foot en Afrique du Sud, le 7 juillet 2010. 
Une des buvettes du stade de Durban pendant la Coupe du monde de foot en Afrique du Sud, le 7 juillet 2010.  (RAJESH JANTILAL / AFP)

Le président de la Cour suprême brésilienne a estimé que si le Parlement adoptait ce texte, le Brésil se verrait décerner un "certificat de république bananière". Un des opposants les plus médiatiques à cette loi, l'ancien attaquant Romario, vainqueur du Mondial 1994 et aujourd'hui député, estime sur le site de la BBC (en anglais) que "la Fifa réclame des pouvoirs auxquels elle ne peut pas avoir droit en tant que société privée". Mais l'ex-footballeur ne se fait guère d'illusion sur la capacité de résistance du Parlement brésilien : "La Fifa obtiendra 90% de ce qu'elle veut."