Ligue des champions : Sheriff Tiraspol, le Petit Poucet séparatiste qui s'est offert le Real Madrid

Le club moldave, qui a battu le Real Madrid à Santiago Bernabeu pour la deuxième journée des phases de groupes mardi, est un club à part.

Article rédigé par
Maÿlice Lavorel - franceinfo: sport
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Temps de lecture : 4 min.
Yakhshiboev célèbre l'ouverture du score du Sheriff Tiraspol contre le Real Madrid, le 28 septembre 2021. (AGENCIALOF/ACTION PLUS/SHUTTERST/SIPA / SHUTTERSTOCK)

Le tube de ce début de Ligue des champions vient tout droit de Moldavie. Après deux matchs, le Sheriff Tiraspol a épaté les pelouses du Vieux continent, pour sa première apparition au plus haut niveau européen. Sa dernière victime se nomme le Real Madrid, battu mardi 28 septembre à Santiago Bernabeu (2-1). De son histoire spéciale à sa belle progression sportive, voici quatre choses à savoir sur le novice moldave.

Tiraspol, la capitale d'une enclave séparatiste pro-russe en Moldavie

Tiraspol, c'est avant tout une situation géopolitique particulière. La ville est la capitale de la Transnistrie, une enclave de séparatiste pro-russe en Moldavie de 4000 km2, qui a fait sécession à l'issue d'une courte guerre après la chute de l'URSS en 1991. L'enclave est peuplée de 250 000 habitants, un chiffre divisé par deux en trente ans, après un exode de la population active et de la jeunesse du fait de revenus trop faibles, 200 à 300 dollars (170 à 260 euros) par mois en moyenne, soit moins qu'en Moldavie, pourtant le pays le plus pauvre d'Europe. Elle est maintenue à flot par 1500 soldats russes, et des livraisons régulières de gaz de la part de la grande puissance.

Les armoiries de la Transistrie à l'entrée de Tiraspol, en septembre 2009. (JEAN MARC RAMEL / MAXPPP)

Pour la Russie, la présence dans l'enclave permet de garder une zone de contrôle en Europe orientale. Le petit territoire a tout d'une république autoproclamée, dotée d'attributs étatiques, une monnaie (rouble de Transnistrie), une police, et même un drapeau, orné du marteau et de la faucille.

Le club, propriété d'un conglomérat qui régit la ville

Sur ce territoire particulier, le groupe Sheriff fait la loi. Fondé par Victor Gushan, un ancien policier, en 1993, il contrôle tout, ou presque, de manière tentaculaire : énergie, alcool, acier, supermarchés, stations-services, mais aussi Renouveau, le parti au pouvoir, et donc le club du Sheriff Tiraspol, créé en 1997.

À Tiraspol, le logo de la firme, l'étoile à cinq branches des shérifs américains, est visible partout, jusque dans le blason du club. "Victor Gushan est la personne qui a le plus d'influence ici, dans le monde politique et économique", relève Anatoli Diroun, directeur de l'Ecole d'études politiques de Tiraspol. Dernièrement, Sheriff a financé la campagne du président actuel de Transnistrie, Vadim Krasnosselski.

Une équipe cosmopolite de globe-trotteurs

S'il fallait un mot pour qualifier l'effectif du Sheriff Tiraspol, on pourrait choisir celui de multiculturel. Quatorze nationalités différentes composent la liste des joueurs inscrits en Ligue des champions, un total qui monte à 18 dans le groupe élargi. Des Moldaves, sans surprise, mais aussi des Brésiliens, des Grecs, un défenseur italien, un autre de Trinidad-et-Tobago, un attaquant ouzbek…

Parmi toutes ces têtes, l'une est connue des suiveurs les plus assidus de Ligue 2 : celle d'Adama Traoré, passé par le FC Metz et l'US Orléans entre 2018 et 2021. L'équipe possède également un francophone, le Luxembourgeois Sébastien Thill, auteur du but de la victoire contre le Real Madrid mardi soir. "On a beaucoup d'étrangers dans l'équipe, on vient de tous les pays, et ça fait notre force", a-t-il déclaré après la rencontre. Un beau destin pour celui qui s'entraînait encore il y a quatorze mois comme amateur chez lui, au Progrès Niederkorn, en parallèle de son emploi de jardinier communal. 

Un succès sportif national et maintenant européen

Le Sheriff Tiraspol réalise un début de saison historique. Avec deux victoires en autant de rencontres de Ligue des champions, il s'agit du meilleur démarrage pour un novice depuis cinq ans et Leicester City en 2016 (deux succès, à Bruges et contre Porto). Mais Tiraspol vient d'un championnat encore plus modeste, qui n'a rien à voir avec la Premier League, et qui rend l'exploit encore plus épatant. 

Et la route pour y parvenir a été longue. Avant de rallier la phase de groupes, le Sheriff Tiraspol est passé par trois tours de qualification et un barrage. Les coéquipiers de Sébastien Thill se sont d'abord défaits des Albanais de Teuta Durrës et des Arméniens d'Alashkert, puis ils ont frappé un premier grand coup en éliminant l'Etoile rouge de Belgrade, habituée du rendez-vous. En barrages, ils ont pris le meilleur sur le Dinamo Zagreb (3-0 score cumulé sur les deux matchs).

Le club est également le champion de Moldavie en titre (une saison 2020-2021 conclue avec 99 points, une seule défaite, 116 buts marqués pour 7 encaissés), un trophée qui ne lui échappe plus depuis six ans. Actuellement, il occupe la troisième place (sur huit) de la Divizia Nationala, le championnat de première division, à huit points du leader, le Milsami Orhei, mais avec trois matchs de retard.

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