Ligue des champions : pourquoi le football féminin français marche sur l'Europe

L’Olympique lyonnais et le Paris Saint-Germain se disputent, jeudi à Cardiff, le titre de champion d’Europe de football féminin. La réussite de ces deux clubs est le symbole de la domination tricolore sur la scène continentale.

Eugénie Le Sommer (à droite) et Irene Paredes, le 13 mai 2017 lors du choc OL-PSG en D1.
Eugénie Le Sommer (à droite) et Irene Paredes, le 13 mai 2017 lors du choc OL-PSG en D1. (MAXPPP)

Sur le toit de l'Europe. Les filles de l’Olympique lyonnais, tenantes du titre, pourraient, jeudi 1er juin, remporter leur quatrième titre de championnes d’Europe. Mais le Paris Saint-Germain, qui dispute sa deuxième finale en trois ans, compte bien contrarier les joueuses du président de l'OL, Jean-Michel Aulas.

Une affiche franco-française en finale de la Ligue des champions qui traduit la bonne santé du football féminin tricolore. Franceinfo s'est penché sur les raisons d'un succès qui a de quoi faire rêver leurs homologues masculins.

Parce qu'il s'appuie sur les clubs masculins

A son arrivée à la tête de la Fédération française de football en 2011, Noël Le Graët lance un plan de féminisation. Il consiste notamment à verser 12 000 euros à chaque club de D1 féminine ou à accompagner les clubs masculins professionnels qui souhaitaient créer, voire absorber, une section féminine. La FFF passe aussi le message auprès du grand public en affirmant qu'"un club non mixte n’est pas un club moderne".

Des clubs médiatiques de Ligue 1 masculine répondent à l’appel. L’Olympique de Marseille recrée une section féminine en 2011, tandis que l’En Avant de Guingamp rachète le club féminin de Saint-Brieuc pour lui épargner une faillite financière. René Franceschetti, alors président du club féminin d’Algrange, a, lui, fait appel au FC Metz dès 2007. Aujourd’hui coordinateur et responsable de la section féminine du club lorrain, il ne cache pas son enthousiasme à franceinfo. "Mon équipe se comportait bien en 2e division, mais elle manquait de moyens et je ne suis pas sûr qu’elle avait des perspectives d’évolution, assure-t-il. On a profité de l’opportunité d’une montée pour se faire racheter par le FC Metz."

Aujourd’hui, nos joueuses profitent des installations et des infrastructures de l'équipe masculine. Les filles progressent énormément sur le plan physique, technique, de la compréhension du football, ou en vivacité.René Franceschetti, dirigeant de la section féminine du FC Metzà franceinfo

Ces fusions permettent aux clubs féminins de, non seulement, mutualiser des moyens mais surtout de profiter de la médiatisation d'équipes comme le PSG, Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux ou Montpellier. "Sans manquer de respect, quand on se déplace à La Roche-sur-Yon [Vendée], les gens ne savent pas où c’est… Un PSG-OM, c’est plus vendeur footballistiquement parlant", reconnaissait dans Le Monde la capitaine lyonnaise, Wendie Renard. Les clubs estampillés du nom d’une grande ville "crédibilisent le football féminin et amène du monde au stade", confie au Parisien, Patrice Lair, ex-entraîneur de l'OL aujourd'hui au PSG.

Parce que les investissements augmentent

Dans une phase décisive ? En quelques années, la FFF serait parvenue à rendre un bilan comptable positif lors de l'exercice 2014-2015. Les droits TV, récemment multipliés par onze, s’ajoutent aux revenus de la billetterie qui ont septuplé entre 2010 et 2015, rapporte La Tribune. Les spectateurs se disent désormais prêts à payer 20 euros en moyenne pour supporter les Bleues. Forte de ces réussites, la Fédération donne une impulsion aux clubs et les encourage. Problème, elle n'accompagne pas ce mouvement de gros moyens financiers, dénonce René Franceschetti qui regrette que son club ne perçoive "aucune aide de la Fédération".

Car pour réussir, l'argent reste le nerf de la guerre. A Lyon, Jean-Michel Aulas a dépensé sans compter en rachetant le FC Lyon féminin en 2004. Dix titres de championnes de France d’affilée plus tard, le budget de l’Olympique lyonnais s’élevait à 5 millions d’euros pour la saison 2015-2016. Si c’est encore deux millions de moins que celui de son rival du PSG, cela suffit pour attirer des stars américaines ou allemandes. Derrière, les autres clubs de 1re division émargent entre 400 000 et 600 000 euros. Certes, ces budgets restent incomparables à ceux des équipes masculines (500 millions d’euros pour le PSG ou 170 millions pour l’OL par exemple), mais ils traduisent une volonté d’accroître les moyens donnés aux joueuses. Les retours sur investissements des clubs se font néanmoins attendre et les filles comptent encore sur les moyens financiers des clubs masculins pour progresser.

Pour le moment, les investisseurs observent le football féminin et ne semblent pas pressés de se lancer dans l'aventure. A Metz et Guingamp, on reconnaît que "c’est une chance d’être porté par le club masculin", assure à franceinfo Marlène Bouedec, manager des féminines de l’En Avant de Guingamp. "C’est plus facile pour nous de s’appeler l’En Avant de Guingamp pour trouver des investisseurs. On y travaille, on frappe aux portes et on rencontre des services commerciaux avec les garçons professionnels en guise de locomotive."

Marie-Cécile Naves, sociologue et spécialiste du football féminin pour le think tank Sport et citoyenneté, affiche son optimisme. "Les investissements dans le football féminin restent fragiles, mais je pense qu’un mouvement va basculer vers les filles. Chez les hommes, le marché des sponsors et parrains arrive à saturation et les investisseurs ne parviennent plus à se faire remarquer. Ils cherchent un nouveau terrain et le football féminin, en pleine expansion, va les intéresser."

Parce qu'il mise sur la formation

Le succès du foot féminin se traduit aussi en chiffre : le nombre de licenciées à la Fédération de football a quadruplé en quinze ans. Forte de ses 107 000 joueuses, la FFF s’inspire du modèle allemand et son million de licenciées. "Lorsqu’on a demandé à nos homologues allemands la base de leur succès, ils nous ont parlé de l’importance de la préformation [12 à 15 ans] et du football à l’école. Ils ont plus de dix ans d’avance sur nous, mais leur modèle nous a inspirés", avance Brigitte Henriques, secrétaire générale de la Fédération française de football, chargée du football féminin, au Monde.

Ne bénéficiant pas encore des importantes ressources financières des équipes masculines, la Fédération et les clubs féminins ont dû trouver des solutions pour grandir sans trop dépenser. Et le développement de la formation est apparue comme une évidence. La FFF n’offre ainsi un accès au championnat interrégional féminin que si le club dispose d’un entraîneur diplômé, d’une école de foot féminin de 6 à 11 ans d’au moins douze licenciées et d’une équipe de jeunes adolescentes jusqu’au niveau junior (-19 ans).

Les petits clubs de villes moyennes, conviviaux et sans réelle structure masculine ne peuvent désormais plus s’aligner. "Dès l’absorption de la structure féminine, l’En Avant de Guingamp a mis en place une structure pyramidale avec des écoles de football pour tous les âges. Nous voulons accompagner les filles au plus haut niveau jusqu’à la semi-professionnalisation et nous veillons à faire valoir nos valeurs d’humilité, de respect et d’éducation", détaille Marlène Bouedec. En parallèle, la FFF a ouvert à Clairefontaine, un centre de formation destiné aux jeunes filles et des journées de détection sont organisées. "Pour l'équipe de France, on a mis le même niveau de standing que chez les garçons dans l'organisation", confie Brigitte Henriques au Parisien.

Parce qu'il a cassé les stéréotypes 

Fille ou garçon, quelle différence ? C’est le message que souhaite porter la FFF. "La Fédération a 'dégenré' sa communication pour attirer les enfants dans les clubs", assure Marie-Cécile Naves.

La Fédération réalise des vidéos sur des gestes techniques sans en réserver la promotion aux garçons. On veut envoyer au placard le football des princesses. C’est un bon moyen de lutter contre les stéréotypes et les inégalités.Marie-Cécile Naves, sociologue et spécialiste du football fémininà franceinfo

Sur les réseaux sociaux, l’OL, Bordeaux ou l’OM communiquent l'actualité de leur section féminine. L’objectif avoué étant que les supporters masculins s’identifient également aux joueuses de leur club. 

De son côté, René Franceschetti tente de jumeler les structures masculines et féminines du FC Metz : "Elles partagent le bus, les kinés et des terrains avec les garçons professionnels. Pour moi, la proximité entre les filles et les garçons est une condition indispensable à la réussite d’un club et les filles doivent avoir quelque chose à dire", plaide-t-il à franceinfo. Les joueuses de l’OL se sentent depuis longtemps considérées. Elles ont foulé à plusieurs reprises la pelouse du tout nouveau Parc OL, antre de l'équipe masculine, devant plus de 22 000 spectateurs. Les Girondines de Bordeaux ne sont pas en reste puisqu’elles ont disputé un match de championnat de 1re division juste après un match de Ligue 1 masculine au Matmut Atlantique.

En novembre, Nathalie Boy de La Tour a été élue présidente de la Ligue de football professionnel (LFP). Elle rejoint une dizaine d’autres femmes exerçant des postes clé dans le football français. Un pas symbolique, mais qui traduit la montée en puissance de la féminisation du football.