Ligue des champions : Pep Guardiola, quand le penseur redevient le maître

L'entraîneur espagnol a décroché sa troisième coupe aux grandes oreilles, samedi, la première depuis 2011 et son départ du FC Barcelone.
Article rédigé par Andréa La Perna, franceinfo: sport
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié Mis à jour
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Pep Guardiola et les joueurs de Manchester City fêtent leur sacre en Ligue des champions à Istanbul, le 10 juin 2023. (FRANCK FIFE / AFP)

Il la tient enfin. Après onze années à courir après un nouveau sacre en Ligue des champions, Pep Guardiola est remonté au sommet du football européen, samedi 10 juin, après la victoire de Manchester City face à l'Inter Milan en finale (1-0). Une délivrance pour lui et pour le club mancunien, qui convoitait le trophée depuis son passage sous pavillon émirati en 2008. Désormais, les Cityzens ne pourront plus être réduits à l'étiquette de parvenu sans couronne qui leur collait à la peau.

Si City peut aujourd'hui s'asseoir à la table des grands, c'est en grande partie grâce à Pep Guardiola. Pour l'entraîneur espagnol, la route a été longue. Guide d'une équipe systématiquement jugée en fonction de ses performances sur la scène européenne, au même titre que le PSG, il a toujours gardé les yeux rivés sur son objectif. Face à l'Inter, Guardiola était tellement habité qu'il a vécu la rencontre comme s'il en était le personnage principal, gesticulant, réunissant ses joueurs à chaque temps mort, tombant à genoux sur la pelouse sur la première occasion des Nerazzurri.

La stratégie récompensée

Après six échecs successifs (s'additionnant aux trois avec le Bayern Munich), chacun écornant un peu plus son image, celui que beaucoup considèrent encore comme le meilleur entraîneur au monde a enfin accompli sa mission. Avec un triplé historique (Premier League, FA Cup, Ligue des champions) qui n'avait plus été réussi depuis le rival United en 1999. Le succès est total pour le Catalan, récompensé de ses choix au terme d'une deuxième partie de saison sans fausse note.

Sans contestation possible, son équipe était la meilleure de la compétition. On ne corrige pas le Real Madrid 4-0 par hasard. On ne termine pas une campagne de Ligue des champions en étant invaincu sans un grand travail tactique. Fidèle à sa réputation de penseur du jeu, Pep Guardiola a innové. Tout a basculé lorsqu'il a mis au point un nouveau dispositif en 3-4-2-1 le 12 février, juste après une défaite contre Tottenham. En replaçant le défenseur John Stones dans l'entre-jeu en phase de possession, il a trouvé un moyen de multiplier les solutions à la création. Samedi, l'Anglais a été l'un des seuls Cityzens à avoir été bon du début à la fin du match.

Cette saison, Guardiola a appris de ses erreurs. À trop vouloir surprendre son adversaire en cherchant à tout prix le coup de génie avant chaque grand soir, il avait enchaîné les déconvenues : de l'élimination contre Tottenham en 2019 (De Bruyne et Kompany laissés sur le banc), à la finale perdue contre Chelsea en 2021 (Rodrigo remplaçant), en passant par la défaite contre Lyon en 2020 (avec un système tactique inédit).  "Gagner cette compétition et réussir le triplé est si difficile que la manière aujourd'hui ne comptait pas, a-t-il insisté après la finale. Ce qu'il fallait, c'était la gagner." Un réalisme rarement entendu chez lui.

Cette fois, il n'a pas revu ses plans à la dernière minute. Il a gardé confiance dans le plan de jeu qui avait permis à son équipe d'enchaîner 25 matchs sans défaite entre février et mai et de renverser la Premier League alors qu'Arsenal semblait s'envoler vers le titre. Même s'il n'a jamais fait preuve de calme dans sa zone technique, Guardiola n'a rien changé à sa formule malgré la défense parfaite de l'Inter pendant près de 70 minutes et malgré la sortie de son maître à jouer, Kevin de Bruyne, blessé en première période.

"C'est juste un génie. Je suis allé le voir pour lui dire 'merci, c'est toi qui as rendu tout ça possible pour moi, tu m'as montré tellement de confiance'. Même l'année dernière, quand je jouais vraiment mal, il est resté à mes côtés. Cette année, il m'a donné cet espace pour être performant, donc je voulais le remercier", s'est extasié un Jack Grealish dithyrambique au micro de BT Sport après la rencontre. La preuve que, malgré les embûches, le Catalan n'a rien perdu de son aura auprès de ses joueurs.

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