Supporters en colère, club à la dérive, joueurs menacés : rien ne va plus au Losc après l'envahissement du terrain

La Ligue de football professionnel "condamne fermement les débordements" des supporters de Lille et annonce que ce dossier sera mis en instruction dès jeudi soir devant ses instances disciplinaires, selon un communiqué diffusé dimanche.

Des stadiers interviennent pour maîtriser des supporters du Losc qui ont envahi le terrain, samedi 10 mars, à l\'issue de la rencontre avec Montpellier, au Stade Pierre Mauroy, à Lille. 
Des stadiers interviennent pour maîtriser des supporters du Losc qui ont envahi le terrain, samedi 10 mars, à l'issue de la rencontre avec Montpellier, au Stade Pierre Mauroy, à Lille.  (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

Les odieux du stade. Des supporters de Lille ont envahi en masse la pelouse pour s'en prendre physiquement aux joueurs du Losc au coup de sifflet final après le nul contre Montpellier (1-1), samedi 10 mars. Des centaines de fans en colère ont réussi à pénétrer sur le terrain en courant et à tenter de donner des coups à des joueurs. 

Retour sur des événements qui ont choqué le monde du football.  

Que s'est-il passé samedi soir ?

Au coup de sifflet final de Lille-Montpellier samedi soir (1-1), des ultras du Losc ont pénétré sur la pelouse pour s'en prendre aux joueurs lillois. Ils ont scandé des messages hostiles, voire menaçants, parmi lesquels : "Vous salissez notre maillot", "si on descend, on vous descend".  L'intervention des stadiers a permis d'éviter le pire et d'évacuer les joueurs du Losc, dont certains ont été bousculés. Selon RMC, les milieux brésiliens Thiago Maia et Thiago Mendes, ainsi que l’attaquant Nicolas Pepe ont été la cible de coups.

"A deux reprises, ces fans en colère ont même failli réussir à forcer le chemin qui mène aux vestiaires", selon 20 MinutesFace à la violence de ces actions, "des associations de supporters se sont même désolidarisés de ces agissements violents", a expliqué France Bleu. Cité par France 3 Hauts-de-France, les Go Rijsel Spirit ont réagi sur leur page Facebook. "Pour faire simple, notre groupe pense que cet envahissement de terrain était l’effet d’un ras-le-bol, que le Losc était prévenu que la situation était une poudrière, ont-il écrit. Par contre, sur le sujet des coups aux joueurs, s'il y a eu des coups, nous ne nous sentons pas concernés et laissons les gens juger comme ils le veulent."  "Un envahissement de terrain n'a jamais fait gagner un match", ont commenté les "Dogues d'honneur", un autre groupe de supporters. 

Pourquoi les supporters sont-ils en colère ? 

Rien ne va plus au Losc. Les résultats ne sont pas au rendez-vous  – Lille est 19e et avant-dernier de L1. Le club connaît une saison noire sur le terrain, mais aussi en dehors, résume L'Equipe. Dès novembre, le club annonce la "suspension momentanée de Marcelo Bielsa de sa fonction d'entraîneur dans le cadre d'une procédure engagée par le club". Le technicien argentin, qui n'est resté que quelques mois sur le banc lillois, est licencié le 15 décembre et remplacé le 22 par Christophe Galtier. Mais cet épisode laisse des traces, notamment parce qu'il débouche sur un bras de fer juridique entre Marcelo Bielsa et le club. 

Simultanément, le Losc connaît des soucis financiers : le 12 décembre, la Ligue de football professionnel (LFP) lui interdit de recruter de nouveaux joueurs pendant le mercato hivernal, suscitant la colère des supporters. La direction nationale du contrôle de gestion de la LFP finit par rétrograder le club à titre conservatoire en L2, en raison de sa situation financière précaire, annonce le quotidien sportif. 

Après ce match nul contre Montpellier, le maintien du Losc en Ligue 1 n'est toujours pas acquis. Le climat de tensions avec les supporters s'est installé depuis plusieurs semaines. Alors que, début mars, le Losc avait interdit au public d'assister à un entraînement – arguant officiellement que la pelouse était gelée –, cette décision a encore attisé la colère des supporters. "La raison n'est pas une crainte des supporters, avait justifié Christophe Galtier, cité par Sport 24. Je sais que les supporters sont malheureux et tristes. Je leur demande d'être encore derrière nous, de continuer de nous encourager. C'est seulement de cette manière que nous allons nous en sortir tous ensemble", avait-il lancé, sans parvenir à les convaincre.

Pour un supporter cité samedi soir par RMC, "les joueurs manquent de respect aux supporters. Ils n'ont aucune conscience de la ville, du club, de la situation", a-t-il estimé. 

Quelles réactions au sein du club ? 

Après le match, l'entraîneur Christophe Galtier a réagi en conférence de presse à l'envahissement de la pelouse. "Je ne peux pas cautionner ce qui s’est passé parce que ça peut déboucher sur des accidents ou des drames. Le jour où il y a un accident, on fait quoi ? On s’excuse ? Il va se passer quoi quand je vais rentrer chez moi ? Des mecs vont m’attendre ou vont attendre des joueurs et vont rentrer chez eux ? Si c’est ce qui doit se passer, il vaut mieux qu’on arrête la saison maintenant. Mais on ne lâchera pas, a-t-il expliqué. Ça ne sert à rien d'aller dans ces excès, parce que ça n'a jamais fait gagner un match", a-t-il ajouté.

Même incompréhension du côté des joueurs. Cité par 20 Minutes, Ibrahim Amadou, le capitaine lillois, a estimé qu'il était "dur de voir que nos propres supporters rentrent sur le terrain et s'en prennent aux joueurs.Qu’ils soient déçus, d’accord, mais ils auraient pu l’exprimer autrement. On était choqués dans le vestiaire", a-t-il assuré. 

Vers des sanctions pour le Losc ? 

"Frapper fort, agir vite et ensemble", a réclamé dimanche l'UNFP, syndicat des joueurs professionnels, qui dénonce les "énergumènes" qui s'en sont pris aux joueurs lillois. "Comme s'il suffisait d'insulter, de bousculer, voire de frapper des joueurs pour que la situation sportive du Losc s'arrange du même coup", a déploré le syndicat, martèlant que "rien ne saurait justifier que l'on s'attaque ainsi à l'intégrité physique des joueurs". "Il ne se passera rien si toutes les parties prenantes ne se décident pas, ensemble, à chercher enfin les solutions", a encore souligné l'UNFP. 

La Ligue de football professionnel (LFP) a, elle aussi, condamné dimanche "fermement les débordements" des supporters lillois et a annoncé que ce dossier serait mis en instruction dès jeudi soir devant ses instances disciplinaires. Ce type d'instruction dure généralement environ trois semaines. Le stade Pierre-Mauroy de Lille risque d'être suspendu à titre conservatoire pendant cette instruction.

Ces débordements ont en tout cas suscité un vif émoi dans le monde du football : "Si on laisse faire, un jour un joueur ou un entraîneur sera lynché. Il faut que ce soit sanctionné sévèrement", a commenté Bixente Lizarazu, champion du monde 1998 devenu consultant, dimanche matin lors de l'émission "Téléfoot".