Mise en vente de l'AS Saint-Etienne : selon Mickael Terrien, il est "peu probable" que l'ASSE trouve un repreneur

Trouver un repreneur à l'AS Saint-Etienne est une recherche qui s'annonce compliquée selon Mickael Terrien.
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France Télévisions
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Les supporters de Saint-Étienne agitent leurs couleurs lors du Derby entre l'AS Saint-Étienne et l'Olympique lyonnais, le 5 novembre 2017, au stade Geoffroy-Guichard. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Bertrand Caïazzo et Roland Romeyer, les deux actionnaires de l'AS Saint-Etienne qui affronte le PSG ce dimanche 18 avril pour la 33e journée de Ligue 1 (13h00), ont annoncé mardi 13 avril leur intention de céder la main sur le club. Pour Mickael Terrien, économiste du sport et maître de conférences à l'Université de Lille, trouver un repreneur dans le contexte actuel ne devrait pas être une tâche facile.

Pourquoi les dirigeants ont-ils pris cette décision ?
Mickael Terrien
: "Les deux dirigeants stéphanois détonnent dans l'univers des présidents de clubs. Contrairement à la majorité des autres actionnaires en France, ils ne sont pas assis sur d'importantes mannes financières. Bernard Caïazzo et Roland Romeyer ne sont pas capables de faire face à des années de grosses difficultés économiques comme celles que l’on connaît actuellement. Ils vont être obligés de trouver des liquidités financières pour faire face à la crise sanitaire et surtout à celle des droits télé avec le fiasco Mediapro. Les deux aimeraient rester aux manettes et trouver quelqu'un d'autre encore plus minoritaire qu'eux, qui écrirait les chèques sans prendre part aux décisions. Tout le monde aimerait avoir un actionnaire minoritaire mais personne n'en trouve. La solution est donc de vendre complètement."

Le club était tout près de changer de main en 2018. Mais le contexte est aujourd'hui bien différent...
MT :
"Les deux dirigeants ont cherché à vendre pendant des années. Et quand l'opportunité de vendre à un fond d'investissement s'est présentée à eux, ils ont préféré attendre une offre plus importante, qui n'est jamais arrivée. (En mai 2018, le club est entré en négociations exclusives avec Peak 6, un fonds d'investissement américain arrivé dans le capital de plusieurs clubs comme Bournemouth, l'AS Roma ou Dundalk FC ces dernières années, ndlr).
Ils n'ont pas trouvé de repreneurs avant, au moment où il était beaucoup plus simple de vendre - autour de 2016 quand la France accueillait l'Euro - et que beaucoup de clubs ont été cédés à d'autres (Bordeaux, Lille, Marseille, ndlr). Avec le contexte actuel lié à la Covid-19, et aux droits télé, ils vont avoir des difficultés à trouver quelqu'un pour reprendre le club. Je pense même que c'est peu probable qu'ils en trouvent un. Sans compter que les résultats sportifs ne sont pas bons."

Quels sont les arguments qui pourraient séduire les potentiels investisseurs ?
MT :
"Mettons le contexte sanitaire et les droits télé de côté. L'ASSE est un des rares clubs français, si ce n'est le seul, à avoir été bénéficiaire pendant de nombreuses années. Il a réussi pendant longtemps à gagner de l'argent et même à verser des dividendes à ses actionnaires. C'est un cas exceptionnel dans le paysage footballistique en France. Dans notre système, ce qui est courant, c'est qu'à la fin de l'année les clubs perdent de l'argent. Donc les actionnaires paient chaque année pour que l'entité continue d'exister, mais à Saint-Etienne, ça a été l'inverse. Le club leur a permis de s'enrichir sur une base régulière pendant des années. Cela a été possible parce que Saint-Etienne dispose d'un public captif, qui se rend au stade même quand il n'y a pas de résultats."

"Un club qui fait une finale de Coupe des champions, il n'y en a pas cinquante en France."

L'ASSE reste donc un club important dans le paysage footballistique français. Cela doit jouer dans les négociations ?
MT
: "Oui, l'AS Saint-Etienne, c'est une marque liée notamment à ses exploits dans les années 1970 en Coupe des champions. Une marque qui est certes de moins en moins connue des consommateurs actuels parce qu'il y a moins de supporters qui ont vécu l'épopée stéphanoise. Mais cela reste une image importante à l'échelon national : un club qui fait une finale de Coupe des champions, il n'y en a pas cinquante en France. Et cette marque, c'est ce qui a le plus de valeur aujourd'hui pour Saint-Etienne."

On parle de la France mais dans leur lettre ouverte, les deux dirigeants indiquent que "l'attractivité de l'ASSE dépasse les frontières"...
MT :
"Un des facteurs principaux qui déterminent la valeur d'un club, c'est la zone de chalandise du territoire, c'est-à-dire son potentiel local. N'en déplaise à Roger Rocher (le président emblématique du club de 1961 à 1982, ndlr), qui disait qu'en termes de football, Lyon était la banlieue de St Etienne - c'était le cas dans les années 1970 mais aujourd'hui la situation s'est inversée. Saint-Etienne est petite par rapport à Lyon, qui elle-même est petite par rapport à Paris, Munich ou Turin. Le potentiel de développement du club est réduit. En termes d'attractivité, on intéressera jamais un pays avec Saint-Etienne. On parle de l'Arabie saoudite comme futur repreneur mais l'ASSE n'intéresse pas l'Etat d'Arabie saoudite, pour des raisons de soft power. Par contre, il est possible qu'un particulier saoudien ait envie de prendre la main sur le club, comme cela a été le cas en mars à Châteauroux."

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