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Ligue 1 - Amendement du Sénat pour reprendre la saison : "La France a pris une décision extrêmement rapide de stopper son championnat"

François-Noël Buffet est l'un des six sénateurs ayant déposé au Sénat deux amendements concernant la possible reprise du football professionnel en France. Exerçant dans le Rhône, sous l'étiquette Les Républicains, il s'est confié en exclusivité à France tv sport sur les raisons qui l'ont conduit à rédiger cet amendement avec ses collègues. S'il s'agit d'un supporter de l'Olympique Lyonnais, il se dit indépendant dans sa façon d’exercer son mandat parlementaire.
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France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 5 min.
 (RICHARD MOUILLAUD / MAXPPP)

Pourquoi avoir voulu déposer deux amendements lorsque les différentes instances ont voulu arrêter, en accord avec la majorité des clubs, les saisons professionnelles ?
François-Noël Buffet
: "L’idée qui m’anime, c’est de voir d’abord que les grandes nations du football comme l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne, ont pris un peu de temps avant de prendre une décision définitive concernant leur championnat. Ils ont décidé de reprendre dans des conditions sanitaires organisées. Tandis que la France a pris une décision extrêmement rapide de stopper son championnat sans se poser la question : est-ce une forme de précipitation ? C’est quand même dommage."

"Il fallait faire attention de ne pas se précipiter"

Pensez-vous qu’il s’agit d’une erreur ?
FNB 
: "Je pense qu’il fallait faire attention de ne pas se précipiter. L’UEFA n’avait pas donné de directives absolues à la France. Nous sommes un grand pays de football, avec des titres mondiaux. D’un seul coup, on arrête tout alors que les autres continuent. Pourquoi ne pas se poser la question de savoir s’il est possible de reprendre dans des conditions sanitaires sécurisées ? Et je me suis dit que cette annonce, survenue rapidement, était assez étonnante par rapport aux décisions prises par le gouvernement depuis le début de cette crise, qui s’appuie beaucoup et à juste titre, sur le Conseil scientifique, pour prendre ses décisions."

Vous estimez qu'il s'agit d'une contradiction ?
FNB : "Tout à fait ! Constatant que premièrement, nous allons peut-être partir en vacances, puis que les salles de cinéma rouvriraient au mois de juillet, et enfin que les restaurants pourraient accueillir des clients probablement au mois de juin... Les accès aux plages sont également autorisés. De plus, le gouvernement nous envoie voter aux élections le 28 juin prochain le 2e tour des municipales. Qu’est-ce qui empêcherait de reprendre nos compétitions professionnelles dans cette période, dans la mesure où les conditions sanitaires seraient déterminées ?"

"Il faut remettre la machine en marche"

L'Allemagne a repris mais les Allemands respectent généralement à la lettre les règles gouvernementales. Les Français en seraient-ils capables si on reprend le sport ?
FNB : "Nous sommes un peuple latin. Nous sommes peut-être un peu moins rigoureux mais je constate tout de même, et depuis le 11 mai notamment, que les gens font globalement attention. Bien sûr qu’il y en a toujours qui ne respectent pas et qui pensent être différents des autres. Dans la majorité, la population se comporte, pas si mal que cela. Il y a plus de personnes raisonnables et il faut l’entendre."

Êtes-vous inquiet également des répercussions économiques ?
FNB : "Tout le monde sait très bien que le championnat de Ligue 1, pour nous, c’est aussi du monde qui travaille. Le football fait tourner l’économie. Le Président de la République, comme d’autres, considèrent qu’il faut relancer l’économie et qu’il faut remettre la machine en marche. Je ne suis ni scientifique, ni spécialiste. Je sais juste qu’en saisissant le Conseil scientifique, on aurait une décision qui serait plus éclairée."

"Je trouve qu’on aurait dû objectiver les décisions"

Vous êtes sénateur du Rhône. Quel est votre rapport avec l’Olympique Lyonnais ?
FNB : "Évidemment, les gens se disent, il est du Rhône, c’est l’Olympique Lyonnais dans le secteur. Il y a aussi les Stéphanois qui ne sont pas très loin. Bien sûr que j’assume le fait d’être lyonnais et supporter de l’OL. Cependant, je suis indépendant dans ma façon d’exercer mon mandat de parlementaire et que, ce qui m’intéresse, c’est aussi la clarté des processus de décision. Je pense que c’est cela qui nous concerne le plus.

Les amendements déposés vont dans le sens du combat de Jean-Michel Aulas. Avez-vous été en contact avec lui ?
FNB : "Pas avec lui directement mais avec ses équipes. Ils m’ont fait part de ce qu’il se passait, de ce que nous pourrions faire ensemble. Je leur ai dit qu’on ne changerait peut-être pas la décision de la Ligue. On s’est peut-être privé d’une chance de continuer la compétition jusqu’au bout. Peut-être que l’OL ne sera pas européen à l’issue de la saison, mais la question n’est pas là, d’autres équipes auraient pu l’être également. C’est l’idée de reprendre le championnat dans les meilleures conditions possibles aux vues des enjeux économiques qui nous anime."

Les différentes Ligues professionnels ont fait part ce matin que cet "amendement serait source de confusion". Que répondez-vous à cela ?
FNB : "La notion de confusion, je ne vois pas à quel titre. Je ne prends pas des décisions à la place des instances. Je dis qu’il y un Conseil Scientifique qui nous dicte depuis deux ou trois mois ce que nous pouvons faire et ne pas faire. Il faut être prudent et vigilant dans la lutte contre le Covid-19. Je trouve qu’on aurait dû objectiver les décisions, et non se substituer au Conseil qui aurait donné un avis médical. Après c’est à la Ligue de trancher. Il n’y a pas de remise en cause des Fédérations, quelles qu’elles soient. Les autres pays le font et pourquoi nous, nous serions à la traîne, c’est ça que je veux dire."

"La cause mérite débat"

Vous êtes sous l’étiquette des Républicains, majoritaire au Sénat, mais pas à l’Assemblée. Comment convaincre les députés ?
F-N.B : "Il faudrait déjà qu’on arrive à le voter ce soir au Sénat. Ce matin, il y avait environ 73 co-signataires de l’amendement apparemment. Et puis, si le texte part à l’Assemblée et qu’il est voté, les députés devront être convaincus que ce n’est pas une affaire politique mais bien de sport ou d’économie. Je ne pense pas que nous soyons dans une situation confortable, au point de se priver d’un certain nombre de recettes. Moi je n’y connais rien mais tout ce qui est droits TV, publicité, cela fait vivre le monde du football. Il faut recréer de la richesse pour ne pas se retrouver au fond du trou assez rapidement."

Quelles sont les chances que cet amendement soit voté ? Le gouvernement soutient la décision d’arrêt de la saison.
FNB : "Il faut mener le débat jusqu’au bout. Peut-être que le fait d’avoir cet amendement, en médiatisant un peu les choses, cela suscitera des réactions. Les supporters ont envie de reprendre la vie, de regarder des matches à la télévision par passion. Il est possible que les choses avancent, en tout cas je l’espère. On verra bien. La cause mérite le débat."

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