Cédric Roussel, député LREM : "L'aspect risque avec Mediapro a été pris plus qu'à la légère"

Alors que la Ligue de Football Professionnel et Mediapro auraient trouvé un accord pour mettre fin à leur collaboration ce vendredi, Cédric Roussel, le député LREM de Nice et président du groupe d'études 'Économie du Sport', redoutait cette issue. Mais le député souhaite tirer les leçons de ce fiasco pour débattre d'un nouveau modèle économique du sport français, pour que l'affaire Mediapro ne se reproduise pas de si tôt.
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France Télévisions
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 (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Vous avez été dans les premiers à avertir sur les dangers du contrat signé entre la LFP et Mediapro et vous avez lancé une série d'auditions à l'Assemblée nationale en octobre dernier autour de cette question. Ce vendredi, la Ligue et Mediapro auraient trouvé un accord pour mettre fin à leur collaboration. Que pensez-vous de ce divorce ?
Cédric Roussel :
"Cette issue faisait partie des scénarios possibles. Le fait marquant des auditions que nous avons menées, c'est le refus au dialogue de la part de Mediapro avec l'Assemblée nationale, sachant que ce groupe d'études était vraiment dans un esprit de réflexion, déjà sur la situation et aussi afin d'évaluer le pourquoi du comment. C'est un comportement assez inédit, et assez peu compréhensible de la part de Médiapro. Donc nous avons été déçus de ce refus de discuter. Quand on sent que le dialogue n'est pas souhaité par les deux parties avec la même intensité, c'est compliqué. Je ne suis pas surpris par cette décision, mais je ne l'espérais pas pour autant car il va y avoir des répercussions financières et sociales."

Cette rupture de contrat est-elle la fin d'un fiasco, ou le début d'un nouveau chapitre ?
CR :
 "D'une part, c'est une grande frustration pour ma part, et pour beaucoup. Il y avait quand même des faisceaux qui laissaient présager que le pari était très ambitieux de la part de Médiapro, et qu'il pouvait y avoir des risques, sur la LFP également, puisque cela reste un contrat commercial avec des enjeux financiers largement atteints. Mais rappelez-vous, le jour de l'annonce de ce contrat, tout le monde se réjouissait de ce tournant, de la revalorisation des droits, à plus d'un milliard. L'appel d'offres a certes été un succès mais à quel prix ? On le voit aujourd'hui. Il y avait un risque associé au modèle économique que souhaitait développer Mediapro, sur laquelle ils ont communiqué très tard, sur l'offre audiovisuelle j'entends. Les abonnés ont dû attendre la modélisation tardive de l'offre. Mais aujourd’hui, ce dont on se rend compte, c'est que ce modèle économique ne fonctionne pas. Une télé qui ne diffuse qu'un seul programme, celui de la Ligue 1, ça ne marche pas."

Comment expliquez-vous un tel fiasco  ?
CR : "Il y a une chose qui saute aux yeux. Quand on regarde un investissement quel qu'il soit, on regarde ce qu'il va rapporter mais aussi les risques associés. L'aspect risque avec Mediapro a été pris plus qu'à la légère. L'appel d'offres s'est certes passé dans les règles du point de vue juridique, mais les garanties portent sur des acteurs économiques qui ont une solvabilité financière et un modèle économique à proposer. Là, il y avait un modèle économique envisagé par Mediapro pour faire en sorte que ce qu'il avait acheté leur serait à un moment profitable, rentable. Quand on a interrogé les personnes qui étaient à la décision à ce moment-là, l'ancienne équipe dirigeante de la LFP pour la plupart, et des présidents de clubs, personne ne savait quoi répondre sur le fait qu'aucune mission d'audit financier n'avait été diligentée. L'aspect juridique était bordé, mais sur l'évaluation du risque financier, ça a péché."

Quelles peuvent être les conséquences d'un tel fiasco sur la LFP et les clubs ?
CR :
"Les impacts sont déjà sur les finances publiques. En effet, la taxe Buffet, qui est une taxe qui s’applique sur le montant des droits télévisés sportifs, et rappelons que les droits télé du foot représentent 80% de l'ensemble des droits de sport, n'est plus assurée aujourd'hui puisque aucun droit TV n'a été versé depuis le mois d'octobre. Cela signifie donc qu'il va y avoir un impact financier et un risque financier sur le financement de la politique publique. C'est notre rôle de parlementaire de contrôler, surtout qu'on est en pleine discussion budgétaire, à un moment où nous devons faire des choix financiers. Forcément, je vais intervenir pour provisionner le risque Mediapro, ce qui veut dire qu'il va falloir conforter cette taxe buffet. 

Pour ce qui concerne la LFP, elle est une structure intermédiaire qui a négocié ces droits TV. Elle ne fait que recevoir les redevances de Mediapro pour les reverser aux clubs. Mais comme les deux dernières échéances n'ont pas été payées, la LFP a dû s'endetter à nouveau, après le premier emprunt contracté lors du premier confinement, afin d'assurer l'alimentation du budget de chaque club. Les clubs sont eux toujours en exercice, ils ont encore des joueurs, des staffs techniques et administratifs dont ils doivent assumer les charges, sans entrées d'argent. Le problème Mediapro est une couche supplémentaire, par rapport à d'autres secteurs. C'est une fragilité en plus qui provoque une grande inquiétude sur la solvabilité de certains clubs professionnels. Donc dernière ça, c'est du soutien à l'emploi qu'il faut apporter. La responsabilité du pouvoir public se situe de manière indirecte à ce niveau-là."

Et pour les abonnés, vous plaidez pour qu'ils ne soient pas laissés pour compte ?
CR :
"Oui, car le principe d'un appel d'offres est de maximiser un prix, mais au bénéfice des consommateurs, qui sont ici les abonnés, les fans de foot. Les abonnés n'ont rien demandé, hormis d'avoir une offre à la hauteur de leur abonnement. Et le cas de Téléfoot, on peut se poser la question de savoir ce qu'il va devenir. Il faudra être vigilant sur ce sujet et je vais me rapprocher de la médiatrice des communications électroniques, Valérie Alvarez. Cette responsabilité politique, qui est la mienne et celle du gouvernement, c'est de sauver l'emploi dans cette période de crise, c'est de sauver les employés de Telefoot, et de la filière de production."

Beaucoup craignent que la L1 soit bradée lors d'un nouveau contrat avec un autre diffuseur, comme Canal +. Est-ce un risque ?
CR : "Je veux surtout qu'il y ait une vraie réflexion collective, sur l'offre audiovisuelle qu'on veut proposer. Aujourd'hui, les droits TV sont basés sur le linéaire, autrement dit sur la retransmission, mais il y a d'autres canaux qui existent, d'autres usages qui existent, qui fait que peut-être Canal + peut être un des acteurs qui peut participer, légitimement et historiquement, à cette nouvelle page. Mais on nous apprend qu'il faut diversifier ses risques dans la vie. La diversification est un facteur de limitation du risque. Et on l'a vu avec ces 80% du championnat donnés à un même diffuseur.

Il faut qu'il y ait déjà une solution qui ne soit pas prise dans la précipitation, même si c'est difficile. On va vers un nouvel appel d'offres, qui doit répondre à une concurrence, et surtout de faire en sorte qu'il soit plus sécuritaire sur la fréquence des paiements. Regardons les nouveaux usages pour que l'exposition soit des plus larges et accessibles. C'est pas tant le nom qui m'intéresse, mais le projet. 

Plus largement, lors du prochain appel d'offres, il faudrait sécuriser selon moi les paiements. Il faudrait réfléchir à un modèle qui permettrait des rentrées d'argent plus sûres et plus rapides. On a dû attendre le mois d’août pour avoir un premier paiement, c'était contractuel, très bien. Mais on s'aperçoit que ce n'est pas la même chose d'être payé tous les deux mois et de recevoir la moitié de la somme tout de suite. Cette option aurait déjà permis à la LFP d'avoir le temps de réagir dans un espace de six mois ensuite pour trouver d'autres solutions avec Mediapro. Tandis que là, on est dans un temps très court et très contraint pour la Ligue. Donc selon moi, cela les précipite et les contraint dans leur décision."

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