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La Goélette Tara part explorer le plancton du pôle Nord

"Tara" a largué les amarres ce dimanche à 15h depuis le port de Lorient. Le plus grand voilier polaire français, après un tour du monde de 2009 à 2012 consacrée à l'étude des planctons, part explorer l'Océan arctique, en passant par la Norvège, la Russie et le Canada.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
 (Capture d'écran YT)

À l'extrémité de la presqu'île de Keroman à
Lorient, devant les titanesques bunkers en béton de l'ancienne base des sous-marins
allemands de la Kriegsmarine, la goélette océanographique,
le plus grand voilier polaire français Tara a largué les amarres,
dimanche aux alentours de 15h, pour un tour complet de l'océan Arctique.

Au programme de cette mission dans les très hautes latitudes : conclure son étude
des écosystèmes planctoniques marins, c'est-à-dire de l'infiniment petit (du virus aux
larves de poissons) à l'origine de la vie sur terre et soumis au réchauffement
climatique. Étude débutée lors d'une précédente expédition de 2009 à 2012. 

Cette nouvelle aventure
scientifique conduira les marins et
scientifiques du deux-mâts de Russie au Canada, en Alaska et au Groenland, l'Arctique
étant désormais libre de toute glace. Un périple de 25.000 km qui durera 7
mois.

Le voilier empruntera les fameux passages du Nord-est (au large de la Sibérie) et du Nord-Ouest (au large du Canada), rendus à la navigation depuis quelques années pendant la fonte de la banquise en été.

>   Voir la carte de l'expédition

"Le seul océan dont nous
n'avons pas encore exploré le plancton durant la précédente étude, est
l'Arctique
", explique Romain Troublé, le secrétaire général de Tara
Expéditions et chef d'orchestre de la mission.

"Seuls deux voiliers de
plaisance ont, jusqu'à présent, fait le tour complet de l'Arctique d'une seule
trait
e, ajoute-t-il. Ce sera une navigation difficile, voire ici et là audacieuse,
au milieu des plaques de glace dérivantes poussées par le vent
".

Depuis la précédente
expédition, il est avéré qu'il y a dans un litre d'eau de mer de 10 à 100
milliards de micro-organisme. Et l'Arctique n'est en rien stérile. "C'est
un poumon très important pour la planète
", affirme Chris Bowler biologiste
au CNRS et coordinateur de la mission.

Record de fonte de la
banquise d'été

L'année dernière, la banquise
d'été a enregistré un record de fonte historique. En septembre 2012, ne
subsistaient plus que 3,4 millions de km2 de glace contre 15 millions de km2 au
cœur de l'hiver.

Tara va naviguer dans le jour
permanent de l'été boréal et monter jusqu'à 82° de latitude Nord, en
lisière de la coquille d'œuf gelée qui recouvrira encore le centre de l'océan
Arctique en cette saison.

"C'est à cet endroit que
se produit le bloom
(efflorescence planctonique), terrain de chasse optimal où
les scientifiques du bord - océanographes et biologistes marins français,
canadiens et russes - pourront faire la meilleure récolte de micro-organismes
marins
", précise Romain Troublé. "Mais , souligne-t-il, en
fonction de la météo, c'est une navigation complexe avec une visibilité souvent
réduite en raison du brouillard. L'année dernière, une énorme dépression
s'était longuement installée au milieu de l'Arctique, générant des vents
puissants et une houle redoutable"
.

Tara (36 mètres), avec sa coque arrondie en
aluminium, ses deux robustes moteurs totalisant 700 CV, est conçu pour la glace,
mais attention à ne pas s'y faire emprisonner. Si c'était le cas, la
goélette devrait faire appel aux brise-glaces russes ou canadiens pour se
dégager.

Le commandant rêve de son premier iceberg

Vendredi et samedi,  marins et scientifiques ont mis la dernière
main aux préparatifs. Tout un matériel de navigation et de recherche reposait
encore en vrac sur le pont.

A la poupe, on prépare la "rosette" (ensemble
de bouteilles emprisonnant le plancton à différentes profondeurs) et le
"laboratoire humide" où les milliers d'échantillons de plancton
récoltés seront filtrés, au fur et à mesure des 15 stations scientifiques.

Dans les entrailles du
voilier, là où est installé le "laboratoire sec", on affine le
réglage des outils de la plus haute technologie -microscopes, sondeurs,
imagerie électronique- avec lesquels seront effectuées les premières expertises.

"J'ai hâte de voir mon premier iceberg devant l'étrave de Tara"

La logistique et l'organisation
du voilier se sont par ailleurs apparentées à un casse-tête chinois. Fin avril,
le jeune commandant de Tara, Loïc Valette, 35 ans déclarait en riant au Journal
du Dimanche (JDD)
: "L'équipage comptera jusqu'à 17 membres pendant le
passage du Nord-Ouest.
" Dix-sept membres pour 14 couchages... "Et là,
contrairement à la Polynésie, pas possible de dormir sur le pont
".

Loïc Valette a navigué sur
toutes les mers du monde à l'exception des pôles: "C'est une nouvelle
aventure exaltante, confie-t-il, une irremplaçable expérience pour un navigateur,
le sommet de la qualification hauturière
". "J'ai hâte de voir mon
premier iceberg devant l'étrave de Tara. J'en rêvais, enfant, en lisant les
récits des premiers explorateurs de la planète glacée
".

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