A quoi rêvent les Bleus en abordant l'Euro ?

Plusieurs Tricolores affirment qu'ils visent la victoire finale pour "redonner le sourire" aux Français, mais ils ont aussi certaines motivations plus personnelles...

Le milieu des Bleus Paul Pogba congratule l\'attaquant français Olivier Giroud, le 30 mai 2016 à Nantes (Loire-Atlantique) lors du match de préparation à l\'Euro entre la France et le Cameroun.
Le milieu des Bleus Paul Pogba congratule l'attaquant français Olivier Giroud, le 30 mai 2016 à Nantes (Loire-Atlantique) lors du match de préparation à l'Euro entre la France et le Cameroun. (FRANCK FIFE / AFP)

Comme lors de la Coupe du monde 2014, Didier Deschamps a demandé aux joueurs de l’équipe de France de ne pas trop claironner qu’ils ont pour objectif de remporter l’Euro 2016. Sauf que les 23 Bleus en rêvent, évidemment. Si certains, comme, Paul Pogba, dans Le Monde du 9 juin, assument tout de même cette ambition en public, ils affirment que c'est pour "redonner le sourire" aux Français. Mais ce qu'ils ne disent pas, c'est qu'ils ont aussi des motivations plus personnelles.

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Pour certains, ça serait la cerise sur le gâteau

Ils sont nombreux à être arrivés à la préparation pour l'Euro avec un large sourire, après avoir conclu une saison réussie. Certains ont même déjà soulevé des trophées, à l'image de Blaise Matuidi, qui a écrasé la concurrence en France, en remportant les quatre titres nationaux (championnat, Coupe de France, Coupe de la Ligue, Trophée des champions) avec le PSG. On pense aussi à Paul Pogba et Patrice Evra, auteurs d'un beau doublé Coupe-championnat d'Italie avec la Juventus ou à N'Golo Kanté, champion d'Angleterre surprise avec Leicester et révélation de la saison outre-Manche.

Pour ceux-là, pas de risque pour autant d'être blasé ou rassasié, tellement un titre avec les Bleus surpasse le reste : "Cette compétition disputée à la maison, je l'attends comme un enfant qui s'apprête à vivre son plus beau Noël, fou d'impatience", témoigne ainsi Blaise Matuidi, dans son autobiographie Au bout de mes rêves (Solar).

D'autres ont signé une saison brillante, sans pour autant être récompensé. C'est le cas de Dimitri Payet, épatant avec West Ham et d'Anthony Martial, qui s'est imposé à seulement 20 ans à Manchester United. L'Atlético Madrid d'Antoine Griezmann, lui, a terminé 3e du championnat espagnol et a surtout perdu en finale de la Ligue des champions face à son rival, le Real Madrid. Pour celui qui est aujourd'hui l'un des meilleurs attaquants d'Europe, remporter l'Euro viendrait donc enfin récompenser une saison exceptionnelle.

Pour d'autres, ça rattraperait une saison pourrie

Certains Français ont rejoint la sélection avec le moral dans les chaussettes. Et s'ils rêvent de gagner l'Euro, c'est pour oublier au plus vite une saison cauchemardesque, à l'image de Moussa Sissoko, dont le club de Newcastle a été relégué en Championship, la deuxième division anglaise. D'autant que le milieu de terrain a été l'auteur de prestations décevantes, comme l'expliquait So Foot en mars.

Mais il n'est pas le seul. Transféré de Southampton à Manchester United, Morgan Schneiderlin n'a pas été aidé par la saison très moyenne de son équipe. Sans démériter, il n'a pas toujours été titulaire (38 fois sur 59 matchs) et a parfois souffert face à ses concurrents anglais. Didier Deschamps ne l'avait d'ailleurs pas inclus dans sa première liste des 23, avant de le convoquer in extremis pour compenser le forfait de Lassana Diarra.

Bacary Sagna et Eliaquim Mangala ont, eux aussi, envie de laisser leur saison derrière eux. Manchester City, leur club, a terminé 4e de Premier League, se qualifiant ainsi de justesse pour la prochaine Ligue des champions. "Nous avions tout dans nos mains pour être les meilleurs", regrette d'ailleurs Bacary Sagna. Ce dernier a toutefois plus joué que son coéquipier, loin d'être un titulaire indiscutable chez les "Citizens". 

Quelques-uns veulent faire taire les critiques

Comme le veut la tradition, la liste des 23 joueurs sélectionnés par Didier Deschamps a eu droit à son lot de critiques. Comme en 1998, une victoire finale transformerait alors cette troupe mal choisie, selon certains, en cohorte de vainqueurs auréolés de gloire, et ferait taire à jamais les oiseaux de mauvais augure. C'est sûrement ce dont rêve Olivier Giroud, visé par une partie du public français, à cause d'un double handicap : la non-sélection de Karim Benzema, dont certains le rendent responsable, et une saison irrégulière avec son club d'Arsenal.

Adil Rami doit également partager ce rêve, lui, le remplaçant inattendu de Raphaël Varane, qui suscite le doute chez de nombreux observateurs. André-Pierre Gignac, l'attaquant des Tigres de Monterrey (Mexique) a également très envie de montrer à tout le monde qu'il n'est pas un "exotique", comme l'avait qualifié le président de l'OL Jean-Michel Aulas, après la non-convocation du Lyonnais Alexandre Lacazette dans les 23. En remportant l'Euro, il clorait définitivement le débat sur son exil mexicain.

D'autres encore veulent faire monter les enchères

Au début de la préparation, Didier Deschamps a fait part de son souhait de disposer de joueurs libérés des sollicitations liées à leurs transferts ou à leurs contrats. Certains s'y sont tenus, comme Antoine Griezmann, qui a prolongé son engagement à l'Atlético de Madrid, deux jours avant le début de l'Euro. D'autres, en revanche, pourraient voir leur téléphone chauffer pendant la compétition, voire fondre si la France remporte le tournoi. Un titre synonyme de fructueuses rentrées d'argent pour les joueurs concernés, puisqu'un transfert ou un nouveau contrat sont respectivement synonymes de primes à la signature et de revalorisation salariale. 

Tous les regards se tournent vers N'Golo Kante, qui suscite la convoitise de clubs comme Chelsea ou le PSG, après sa saison parfaite à Leicester. Si, en plus, il entame la période des transferts avec un titre de champion d'Europe, il pourrait affoler les compteurs. Les chiffres pourraient être encore plus indécents pour Paul Pogba, que beaucoup annoncent dans les plus grands clubs d'Europe.

Moussa Sissoko voit aussi l'Euro comme une vitrine, qui peut lui permettre de quitter Newcastle, ce qu'il souhaite ardemment, comme il l'a confié à Foot Mercato. Plusieurs grosses écuries anglaises sont intéressées, et une victoire le 10 juillet finirait sûrement de les convaincre d'embaucher le remplaçant préféré de Didier Deschamps.

En 1998, Stéphane Guivarc'h n'avait joué qu'un match et demi (dont la finale) pendant le Mondial, mais avait tout de même décroché dans la foulée un transfert faramineux à Newcastle, contre 35 millions de francs (5,3 millions d'euros), une somme énorme pour l'époque. Du coup, cette année, certains joueurs promis au banc des Bleus, et désireux de quitter leur club, peuvent eux aussi rêver, notamment les deux gardiens remplaçants, le Marseillais Steve Mandanda et le Rennais Benoît Costil ou encore le défenseur lyonnais Samuel Umtiti, déjà annoncé à Barcelone.