Ligue des nations : quatre ans après sa finale de Coupe du monde, comment la Croatie se renouvelle-t-elle ?

Une semaine après le match nul à l’aller, la France affronte de nouveau la Croatie au Stade de France, lundi. Finaliste de la Coupe du monde 2018, la sélection croate continue de s’appuyer sur une formation performante pour remplir ses objectifs.

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Luka Modric lors du match entre la Croatie et l'Autriche, le 3 juin (DENIS LOVROVIC / AFP)

En ce début de Ligue des nations, la Croatie avait besoin de se déplacer pour s’imposer. Après une lourde défaite contre l’Autriche à Osijek (0-3) et un match nul contre la France à Split (1-1), c’est au Danemark que la sélection croate s’est imposée vendredi (1-0) pour occuper la 3e place du groupe 1. Avec deux points d’avance sur les Bleus, que la Croatie retrouve lundi 13 juin, au Stade de France, pour le match retour.

Près de quatre ans après s’être inclinée en finale de la Coupe du monde face à l’équipe de France, la Croatie est passée de la 4e place au classement FIFA à la 16e place. Pourtant, la sélection dirigée par Zlatko Dalic continue de se montrer ambitieuse, en dépit d’une population de seulement 4,5 millions d’habitants. Comment la Croatie parvient-elle à continuer de figurer parmi les meilleures équipes au monde ? Éléments de réponse avec Stipe Pletikosa, ancien gardien de la sélection et directeur technique de la fédération croate de football. 

La formation, le pari permanent

Split, où les Bleus ont affronté la Croatie lundi dernier, se targue d’être la ville avec le plus de médaillés olympiques dans le monde, proportionnellement à sa population. La Croatie est en effet un pays de sports. Parmi eux, "le football est sans aucun doute le plus populaire", assure Stipe Pletikosa. L’équipe de France l’a constaté dans le stade Poljud, lundi dernier, dont le soutien a permis à la Croatie d’aller chercher le point du nul en fin de match (1-1).

Dans toutes les disciplines, le pays investit sur la formation des jeunes talents. Le football n’y échappe pas. "La fédération fait un gros travail pour repérer les jeunes joueurs très tôt et les faire progresser. Et nous avons de bons entraîneurs et de bons centres de formation qui savent comment développer ces talents", soutient le troisième joueur le plus capé (114 sélections) de l’histoire de la Croatie.

Stipe Pletikosa au cours d'un match entre la Croatie et le Mexique lors de la Coupe du monde au Brésil, le 23 juin 2014 (EMMANUEL DUNAND / AFP)

"Si vous regardez l’effectif de la Coupe du monde 2018, seul Ivan Rakitic, qui est né et a été formé en Suisse, n’était pas un joueur issu de la formation croate." Reste à savoir si les joueur prometteurs doivent s’aguerrir en Croatie, ou aider la sélection en partant jeune dans les grands championnats pour y acquérir de l'expérience.

"Tout dépend des joueurs. Mais quelqu’un comme Josko Gvardiol n'avait pas besoin de rester plus longtemps dans le championnat croate. A 19 ans, il était plus que prêt pour jouer en Bundesliga", assure Pletikosa. Le jeune défenseur central du RB Leipzig fait partie, avec d’autres joueurs, de la nouvelle génération prometteuse qui devra porter la Croatie dans les années à venir.

Une nouvelle génération prometteuse 

Lundi dernier, un joueur croate a réalisé une très bonne entrée en jeu contre les Bleus : Luka Sucic. Le milieu de 19 ans, né et formé en Autriche, a toujours évolué dans les sélections croates et représente l’un des plus grands espoirs du pays. "C’est un très grand talent, comme Gabriel Vidovic, qui joue au Bayern Munich ou Roko Simic du RB Salzbourg", décrit Pletikosa.

Les deux derniers sont encore chez les Espoirs mais leur apparition en équipe première ne saurait tarder. Chez les A, la Croatie peut donc déjà compter sur Gvardiol, "l’un des meilleurs jeunes centraux au monde", et Lovro Majer, le joueur du Stade rennais, "qui a encore une très grande marge de progression", selon le directeur technique. Ces jeunes peuvent aujourd’hui cohabiter avec les patrons de la sélection, qui font office de modèle.

Des patrons inspirants

"Luka Modric est le meilleur joueur que la Croatie a produit. On ne trouvera jamais un nouveau Modric", assure Pletikosa, admiratif de la carrière du milieu de terrain qui vient de remporter sa cinquième Ligue des champions avec le Real Madrid. Contre la France, le capitaine a fêté sa 150e sélection. A 36 ans, le milieu continue d’inspirer des dizaines de milliers de jeunes footballeurs croates.

"Ils peuvent s’appuyer sur des joueurs plus expérimentés comme Modric ou Perisic pour s’inspirer de leur travail et de leur implication pour croire en leurs chances de jouer au très haut niveau", explique Pletikosa. En Croatie, Mateo Kovacic fait également office d’exemple, lui qui est longtemps resté dans l’ombre de Modric avant de s’imposer, à 28 ans, comme l’un des meilleurs milieux d’Europe.

Lorsque Modric prendra sa retraite internationale, il pourrait prendre la suite afin d’encadrer les jeunes joueurs de la sélection. Ces derniers, comme les jeunes des centres de formation, peuvent aussi compter sur d’illustres anciens, reconvertis au sein de la fédération. A l’image de Stipe Pletikosa, Mario Mandzukic (89 sélections) ou encore Ivica Olic (104 sélections), ces deux derniers faisant partie du staff de Zlatko Dalic, sélectionneur depuis 2017.

Zlatko Dalic, le gardien du temple

Il est le visage de la sélection croate depuis cinq ans. Zlatko Dalic a enlacé Didier Deschamps lundi dernier avant le match contre les Bleus, les deux hommes se connaissant et s’appréciant. Après avoir atteint la finale de la Coupe du monde 2018 neuf mois après son arrivée sur le banc, il a acquis une légitimité qui lui permet de rester en poste encore aujourd’hui.

Entraîneur seulement deux saisons en première division croate à la fin des années 2000, Dalic est encore sous contrat jusqu’en 2024 et devrait donc poursuivre l’aventure après la Coupe du monde au Qatar. Une stabilité qui sied à la sélection, malgré des performances décevantes depuis la finale du Mondial russe. "Ce résultat était tellement extraordinaire que c’était difficile de continuer sur cette lancée. Mais nous avons réalisé tous nos objectifs : se qualifier pour l’Euro 2020, pour la Coupe du monde également", assure Pletikosa.

La Croatie a connu un trou d'air lors de la dernière Ligue des nations. Mais Dalic avait réussi à maintenir la sélection dans la première division de la compétition. De quoi lui permettre de rester en poste. "Il est normal que la Fédération continue de le soutenir, d’autant que les joueurs l’apprécient énormément, appuie Pletikosa. L’équipe avait beaucoup changé après la Coupe du monde. Quand vous perdez des joueurs comme Mandzukic ou Rakitic, ça se ressent". A la prochaine Coupe du monde, la Croatie affrontera la Belgique, le Canada et le Maroc dans le groupe F. "On a apporté du sang neuf et de jeunes talents prometteurs, donc on est sur la bonne voie pour continuer à être compétitif face aux grandes nations", conclut-il, la formation toujours en tête.

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