Finale de la Ligue des champions féminine : pendant que la France décline, l'Espagne et l'Angleterre poursuivent leur inéluctable ascension

Chelsea et Barcelone s’affrontent dimanche, à l’occasion de la première finale anglo-espagnole de l'histoire de la C1 féminine. Le signe d'un rapport de forces en pleine mutation, alors que la France et l'Allemagne apparaissent en perte de vitesse.

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Les joueuses du Paris Saint-Germain après leur élimination en demi-finale de Ligue des champions face à Barcelone, le 2 mai 2021. (LLUIS GENE / AFP)

Pour la première fois depuis 2014, il n'y a aucun club français en finale de Ligue des champions féminine. Ce sont Chelsea et Barcelone, en tête de leur championnat respectif, qui se disputeront le titre, dimanche 16 mai, à l'occasion de la première finale anglo-espagnole de l'histoire de la compétition. Ce n'est que la troisième fois qu'aucun club français ou allemand n'atteint la finale, et une première depuis 2007. Le signe d'une montée en puissance des autres championnats européens, espagnol et anglais notamment.

Entre-t-on dans une nouvelle ère signant la fin de la suprématie française sur le football européen féminin ? "Il peut arriver qu'on [l'OL] se loupe un peu", tempère Patrice Lair, ancien entraîneur de l'OL (2010-2014) et du PSG (2016-2018). "Ne pas voir un club français en finale ne me laisse évidemment pas indifférent. Mais il serait un peu fort de parler de déclin. Nous assistons plutôt à une baisse de régime du football féminin en France. Il est grand temps de se poser les bonnes questions."

Patrice Lair se souvient très bien des quarts et demi-finales qu'il avait l'habitude de disputer lorsqu'il était à la tête de l'Olympique Lyonnais. Le score était alors sans appel en faveur de celles qui ont remporté les cinq dernières éditions de la Ligue des champions féminine. "De tels résultats n'aidaient pas à crédibiliser le football féminin et à susciter l'intérêt des gens. Si les clubs européens s'améliorent, il y aura de belles confrontations et ça offrira une certaine crédibilité au football féminin."

L'argent, le nerf de la guerre

Pour l'ancienne internationale française Marinette Pichon, les données du football féminin européen sont en train de changer. Elle évoque, notamment, la progression récente de certains championnats européens, "capables d'investir de l'argent afin de rivaliser avec la France et l'Allemagne".

L'ancienne numéro 9 des Bleues fait référence, entre autres, à l'Angleterre et à l'Espagne. "Lorsque les instances du football espagnol ont décidé de créer une ligue, elles y ont mis les moyens financiers. Barcelone et Chelsea, par exemple, se sont donné les moyens d'avoir des personnes efficaces à des postes clés", fait-elle remarquer. Et de poursuivre : "Il serait normal de voir dans les années à venir des noms et pays différents dans le dernier carré de la Ligue des champions".

Patrice Lair reconnaît le bon travail effectué par les voisins espagnols et anglais : "Les ligues travaillent bien sur la formation et donnent des moyens à leurs championnats respectifs. La question des droits télé en fait d'ailleurs partie", relève-t-il.

"L'Espagne fait exactement comme avec les garçons"

En Angleterre, les droits télévisuels des trois prochaines saisons du championnat féminin ont été achetés pour 8,1 millions d'euros par la BBC (44 matchs) et Sky Sports (22 rencontres). Un montant record, dont s'est félicitée la fédération anglaise de football : "C'est un accord qui change la donne et qui transformera la Super Ligue féminine". Les douze clubs de l'élite, ainsi que les clubs de deuxième division, toucheront une part des revenus.

En Espagne, c'est Mediapro qui détient actuellement les droits pour 9 millions d'euros sur trois ans (2019-2022). Par ailleurs, la ligue féminine de football espagnole sera professionnelle dès la saison prochaine et sera composée de seize clubs. Un format inspiré de la Liga masculine. "L'Espagne fait exactement comme les garçons. Et ils ont tout gagné, dans toutes les catégories. Avant d'avoir ce bon championnat, les U17 et U19 féminines ont remporté des compétitions internationales, ce que nous n'avons pas forcément réussi", note Patrice Lair.

À titre de comparaison, les droits tv de la D1 française ont été octroyés à Canal+ (2018-2023) pour un montant estimé à plus d'un million d'euros, soit neuf fois moins que nos voisins espagnols. "Il faut qu'on pense à aider davantage nos clubs, afin qu'ils aient les moyens suffisants de travailler leur structuration et leur formation chez les jeunes", insiste Patrice Lair.

La formation, un atout capital

Pour Marinette Pichon, une bonne formation est aussi la clé. Elle craint une fuite des meilleurs talents vers des championnats européens plus attractifs. "Pour éviter que nos joueuses partent, il faut les développer et les former au mieux. Il n'est pas facile de susciter de l'intérêt pour notre championnat, avec trois équipes qui se battent en haut du classement, voire à peine deux [Lyon et Paris] certaines saisons... Si l'on perd nos joueuses et nos talents, notre championnat n'aura plus d'allure." La meilleure buteuse de D1, Khadija Shaw, quittera Bordeaux en fin de saison pour rejoindre Manchester City ou les Etats-Unis. "Il faut que les joueuses connaissent le haut niveau régulier pour progresser, et pas uniquement sur l'équipe nationale", poursuit-elle.

Pour cela, Lyon a trouvé la solution : prêter ses joueuses pendant quelques mois à sa franchise américaine, OL Reign, à l'occasion de la National Women's Soccer League. Ainsi, en juin, et à défaut de disputer la finale de la Ligue des champions, trois joueuses vedettes du club rhodanien, Eugénie Le Sommer, Sarah Bouhaddi et Dzsenifer Maroszàn, s'envoleront outre-Atlantique pour rejoindre la star américaine du ballon rond, Megan Rapinoe.

Mais avant cela, les Lyonnaises ont encore trois rencontres de D1 à disputer, dont un match décisif pour le titre contre le PSG, le 30 mai.

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