José Mujica, le président atypique qui a une dent contre la Fifa

Le président uruguayen ne mâche pas ses mots quand il s'agit de défendre l'attaquant Luis Suarez, suspendu 9 matchs pour avoir mordu un Italien lors du Mondial. Une nouvelle sortie qui cadre avec son profil de chef d'Etat atypique.

Le président uruguayen José Mujica à Santiago (Chili), le 12 mars 2014.
Le président uruguayen José Mujica à Santiago (Chili), le 12 mars 2014. (CLAUDIO REYES / AFP)

Au diable la langue de bois diplomatique. Le président uruguayen José Mujica a qualifié les dirigeants de la Fifa de "fils de putes", affichant son indéfectible soutien au footballeur Luis Suarez, suspendu après avoir mordu un adversaire lors de la Coupe du monde de football.

La déclaration peut paraître inhabituelle dans la bouche d'un chef d'Etat, mais elle symbolise le caractère parfois atypique du président uruguayen. Francetv info profite de cette nouvelle sortie pour revenir sur son parcours.

Signe extérieur de richesse : une Coccinnelle de 1987

Au début des années 1980, impossible d'imaginer José Mujica à la tête de l'Etat uruguayen. Le futur président est alors en prison, pour son implication dans le mouvement Tupamaro, une guérilla urbaine qui lutte contre la dictature qui régna sur son pays de 1973 à 1985, à l'origine d'offensives et d'enlèvements, rappelle Courrier international. Il n'est libéré qu'en 1985. Commence alors sa carrière politique : il fonde son parti, devient député, sénateur, ministre avant d'accéder aux plus hautes fonctions de l'Etat.

Mais même installé dans le fauteuil de président, il n'abandonne pas son mode de vie, pour le moins austère, qui lui vaut le surnom de "président le plus pauvre du monde". Avec lui, point de "bling bling", mais plutôt une modestie quasi-ostentatoire, comme le détaille la BBC. Il refuse la luxueuse résidence d'Etat pour vivre dans la ferme de sa femme. Pour seule possession, José Mujica déclare une vieille Coccinelle Volkswagen de 1987 et décide de donner près de 90% de son salaire à des œuvres caritatives, ne se versant que l'équivalent du revenu moyen dans son pays.

"Je ne me sens pas pauvre, confie-t-il aux caméras de la BBC. Les pauvres, ce sont ceux qui travaillent uniquement pour conserver un mode de vie cher, et qui veulent toujours plus." Quitte à passer pour "un vieil homme excentrique", lui se sent "libre" "Si vous n'avez pas beaucoup de possessions, alors vous n'avez pas besoin de vivre toute votre vie comme un esclave pour les conserver."

Un franc-parler parfois peu diplomatique

José Mujica cultive son franc-parler. "Ne vous comportez pas comme des petits cons, des nains de merde, lâche-t-il, par exemple, à l'adresse des jeunes délinquants après un assassinat, relève Rue 89Vous allez finir comme des rats de prison, dans le meilleur des cas." Mais cette façon de s'exprimer lui vaut aussi des inimitiés, comme celle de ses voisins argentins. En 2013, rappelle Le Monde (article payant), il traite la présidente Cristina Kirchner de "vieille" et "butée", créant un incident diplomatique et attendant plusieurs jours avant de présenter ses excuses.

Cette fois-ci, ce sont les pontes de la Fifa qui sont dans son collimateur. La faute à la sanction infligée à Luis Suarez, figure emblématique de l'équipe de football uruguayenne. L'attaquant a été suspendu neuf matchs, après avoir mordu un adversaire italien en plein match de Coupe du monde. "Au sein de la Fifa, il y a tout un tas de vieux fils de putes, a réagi José Mujica en accueillant ses joueurs, éliminés en huitièmes de finale par la Colombie samedi (2-0). Ils pouvaient le punir, mais pas avec des sanctions fascistes." Un nouveau tacle du fantasque président uruguayen.