Le Mondial 2014 sera-t-il (enfin) celui de Messi ?

Après deux Coupes du monde en demi-teinte, l'Argentin vedette s'illustre cette année au Brésil. Assez pour ranger au placard le fantôme de Maradona ?

Lionel Messi lève le poing après son but contre le Nigeria, à Porto Alegre (Brésil), le 25 juin 2014, lors de la Coupe du monde.
Lionel Messi lève le poing après son but contre le Nigeria, à Porto Alegre (Brésil), le 25 juin 2014, lors de la Coupe du monde. (MARTIN MEISSNER / AP / SIPA)

Cristiano Ronaldo, éliminé. Wayne Rooney, éliminé. Xavi et Iniesta, éliminés. Nombreuses sont les stars de ce Mondial passées à la trappe avec leur sélection dès la phase de poule. Reste Neymar. Et Lionel Messi. Le redoutable Argentin, 27 ans, 1,69m, 4 Ballons d'or à son palmarès, a inscrit les deux tiers des buts (4 sur 6) de l'Albiceleste pour la qualifier en huitièmes de finale. Pour sa troisième Coupe du monde, le Barcelonais semble (enfin) être à son meilleur niveau. De bon augure à l'heure d'affronter la Suisse, mardi 1er juillet, à Sao Paulo. Peut-on aller jusqu'à dire que 2014 est l'année du gaucher prodige ?

Oui, il est décisif

91e minute, samedi 21 juin, l'Iran tient l'Argentine en échec. Dans les arrêts de jeu, Messi avance sur le côté droit, repique vers l'axe, accélère, frappe du gauche et marque. Classique. Le but du numéro 10 permet à son équipe d'atteindre les huitièmes de finale, dès son deuxième match de poule, alors qu'elle s'était montrée pendant toute la rencontre assez peu inspirée. En trois matchs, le Barcelonais a inscrit 4 buts. Depuis 2010, il a marqué ou il a été l'origine de 291 buts en 201 matchs (sélection nationale et club confondus), a calculé le site Five Thirty Eight (en anglais).

Depuis le début de la compétition, Lionel Messi est en "état de grâce", reconnaît son coéquipier Javier Mascherano. L'attaquant a déjà inscrit plus de buts que lors de ses deux précédentes Coupes du monde, en 2006 et en 2010. Il n'avait, en deux compétitions, marqué qu'une seule fois. Décevant pour un joueur de son calibre.

Oui, l'équipe est construite pour lui

Evidemment, cette équipe d'Argentine entend bien mettre son principal atout dans les meilleures conditions. Ainsi le sélectionneur,  Alejandro Sabella, a écarté Carlos Tévez, attaquant qui aime décrocher, à l'instar de Messi, pour laisser plus de place à sa pépite. Le tacticien bleu et blanc s'adapte aux desiderata de sa star. Contre la Bosnie, pour le premier match de l'Albiceleste, il a changé à la mi-temps son 5-3-2 initial en 4-4-2 à la demande de Messi, raconte Eurosport

"Alejandro Sabella tente en permanence de deviner ses désirs. Comme [Messi] ne parle pas, Sabella a pris l'habitude d'interroger ses confidents depuis l'enfance, Angel Di Maria et Sergio Agüero", décrypte Simon Kuper, chroniqueur au Financial Timessur Slate.fr. "Quand a filtré le fait que Messi voulait Fernando Gago et Gonzalo Higuaín à ses côtés pour améliorer le jeu de passes plombé de l'Argentine, Sabella a obtempéré."

Oui, mais il est seul dans son équipe

Problème, le jeu est tellement centré sur Messi que ses coéquipiers s'expriment moins. Comme la France avec Ribéry, vous dites ? Les "quatre fantastiques" de l'Albiceleste – Messi, Higuaín, Agüero et Di Maria – ne reposent que sur un super-héros. Sur le papier, l'attaque argentine est séduisante. Dans les faits, Higuaín, Agüero et Di Maria sont loin de leur niveau en club. Ce dernier, meilleur passeur du Real Madrid, peine à faire vivre le jeu de son équipe même s'il a davantage montré ses qualités contre le Nigeria. Annoncé en partance vers le Barça, le Napolitain Higuaín n'a cadré que 50% de ses tirs et fait 3 passes dans la surface adverse durant tout le Mondial. Pour une passe décisive, tout de même. Quant à Agüero, il sera forfait contre la Suisse. Tout le monde semble ainsi se reposer sur un exploit individuel de Messi. Ce qui explique peut-être qu'il brille autant en ce début de compétition.

La défense argentine présente aussi des lacunes, notamment en terme de vitesse de la charnière centrale. Et peut-on légitimement prétendre au titre de champion avec Sergio Romero, un gardien remplaçant de Ligue 1 (à l'AS Monaco) ? "Aucune équipe n'est invincible dans cette Coupe du monde, analyse Simon Kuper, du Financial TimesLe vainqueur aura de toute façon des faiblesses, donc l'Argentine pourrait être celui-ci aussi bien qu'une autre." 

Non, il a trop de pression sur les épaules

Autre problème pour Lionel Messi, ses bonnes performances avec l'Albiceleste réveillent à chaque fois le fantôme de Maradona. En 1986, "El Pibe de Oro" a remporté à lui tout seul la Coupe du monde (avec l'aide, tout de même, de "la main de Dieu"). "L'Argentine a contracté avec Maradona une dette émotionnelle qui se transmet de génération en génération", écrit So Foot dans un article consacré au fardeau de cette victoire pour Messi, toujours comparé à l'idole de son pays.

Entrer dans l'histoire signifie gagner une Coupe du monde pour la "Pulga" (la puce). Ni ses quatre Ballons d'or, ni ses trois victoires en Ligue des champions, ni ses six titres de champion d'Espagne avec Barcelone ne font de lui l'égal d'un Pelé, d'un Maradona ou d'un Zidane. Les attentes sont immenses. Peut-être trop. Le monde entier veut voir Messi prouver qu'il est définitivement un grand joueur. Et dix ans après ses débuts sous le maillot de l'Albiceleste, ranger au placard ce fantôme qui le hante depuis toujours.