Coupe du monde : faut-il craindre une action de Boko Haram pendant France-Nigeria?

Le groupe jihadiste a déjà commis deux attentats au Nigeria contre des retransmissions de matchs du Mondial. 

Un centre commercial d\'Abuja, capitale du Nigeria, après un attentat qui a fait 21 morts lors du match Nigeria-Argentine de la Coupe du monde, le 26 juin 2014. 
Un centre commercial d'Abuja, capitale du Nigeria, après un attentat qui a fait 21 morts lors du match Nigeria-Argentine de la Coupe du monde, le 26 juin 2014.  (AFOLABI SOTUNDE / REUTERS)

La Coupe du monde a commencé depuis seize jours, et le Nigeria a déjà été frappé deux fois par des attentats visant la compétition. Lors du match d'ouverture Brésil-Croatie, le 12 juin, c'est un viewing center, un café avec un écran géant, du nord du pays qui a été frappé. Onze jours plus tard, c'est un centre commercial de la capitale, Abuja, qui a été attaqué à l'explosif lors de Nigeria-Argentine, le troisième match des phases de poule. Rien ne dit que les terroristes ne récidiveront pas lors du huitième de finale face aux Bleus, lundi 30 juin.

Dieu et un détecteur de métaux contre les islamistes

Les public viewings sont très populaires au Nigeria, particulièrement dans le nord du pays... qui constitue le fief de Boko Haram. Plusieurs Etats de cette partie du pays ont tenté d'interdire ces écrans géants, après avoir reçu des rapports alarmistes des services de sécurité, rapporte la BBC (en anglais). En vain. A Kaduna, une ville du nord du pays, un commerçant interrogé par Reuters (en anglais) explique qu'il maintient son commerce ouvert, tout en prenant des précautions : "C'est ma seule source de revenus. J'ai une femme et sept enfants à charge, explique-t-il. Il a installé un détecteur de métaux à l'entrée de son établissement : "On ne prendra pas de risque, et on va prier Dieu pour qu'il nous protège tout au long de la Coupe du monde."

Lors de l'attaque d'un public viewing qui diffusait Brésil-Croatie, les secours ont hésité à intervenir par peur qu'une deuxième bombe explose quelques minutes après la première, décimant les secours et les badauds, une technique régulièrement employée par Boko Haram. Pourtant, la popularité de ces lieux festifs ne se dément pas. "Il en faudra plus pour m'empêcher d'y retourner", déclare une habitante à la BBC

"Le Mondial, une formidable opportunité pour Boko Haram"

"Le Mondial est une formidable opportunité opérationnelle pour Boko Haram, explique Yves Trotignon, spécialiste du terrorisme au cabinet Risk&Co, contacté par francetv info. C'est une cible naturelle qui génère de la médiatisation, comme l'enlèvement des lycéennes en avril. Les groupes terroristes, a fortiori jihadistes, n'existent que par leur exposition médiatique. Ils sont dans une logique de publicité." La France a organisé en mai une conférence à Paris sur la menace Boko Haram, avec le président nigérian et d'autres chefs d'Etat de la région. Cette implication renforce-t-elle la menace ? Pas spécialement, d'après Yves Trotignon. "La France fait partie des pays naturellement visés par les islamistes, pour son engagement en Algérie, au Sahel, contre le voile. La menace était déjà très haute."

Des supporters du Nigeria brandissent une banderole hostile à Boko Haram, lors du match Nigeria-Bosnie-Herzégovine, le 21 juin 2014, à Cuiaba (Brésil).
Des supporters du Nigeria brandissent une banderole hostile à Boko Haram, lors du match Nigeria-Bosnie-Herzégovine, le 21 juin 2014, à Cuiaba (Brésil). (MICHAEL DALDER / REUTERS)

Comme après l'enlèvement des lycéennes, la mobilisation contre Boko Haram reste du domaine du symbolique. Cette fois-ci, pas de personnalités posant sur Twitter avec le hastag #bringbackourgirls, mais quelques banderoles de supporters clamant "le monde est uni contre Boko Haram" et 250 T-shirts imprimés par les journalistes nigérians présents au Mondial. La plus belle des réponses serait un bon parcours des Super Eagles en phase finale. "Ce qui se passe au pays n'est en aucun cas une excuse", ajoute le commentateur vedette de Radio Nigeria, Eneka Odikpo, cité par Reuters. Yves Trotignon renchérit : "Il ne faut pas oublier qu'aujourd'hui, il y a pratiquement un attentat par jour au Nigeria, Coupe du monde ou pas."