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"Entre ici Coupe de la Ligue" : l'éditorial de Manu Roux

"Lancée dans l’indifférence générale, disparue dans l’anonymat d’un Stade de France à l’assistance clairsemée, la Coupe de la Ligue aura connu un destin singulier, pour le moins chaotique et des amours contrariés". Frédéric Mitterrand aurait pu signer l’épitaphe de cette compétition abandonnée, qui s’apprête à disparaître après seulement 25 ans d’existence, non sans avoir permis au PSG d’étoffer considérablement son palmarès, aux Verts et à l’OM de renouer enfin avec le succès, à Gueugnon d’être situé sur une carte de France et aux artistes-designers de relooker un trophée de foot. "Souvenez-vous, la Coupe de la Ligue, magnifique !", dira dans quelques années Michel Drucker. "Felicitachiones et condoléanches", oserait même Daniel Lauclair dans son espagnol très approximatif.
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France Télévisions
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Longtemps repoussées, la date et l’heure des obsèques sont désormais connues : vendredi 31 juillet, 20h45. Ce jour-là, en plein cœur de l’été, après le coup d’envoi du traditionnel chassé-croisé sur les routes de France sera remise la dernière Coupe de la Ligue de l’Histoire. Un ultime au revoir en petit comité (5000 spectateurs seulement autorisés à ce jour) mais en présence de deux témoins prestigieux: le PSG et l’Olympique Lyonnais. En football, on parle d’enterrement en grandes pompes, mais sans crampons. 25 ans, trop jeune pour mûrir... Triste fin pour une drôle de Coupe. Jamais la CDL ne sera véritablement parvenue à se défaire de cette image de "Coupe de la lose", de consolante, qui lui colle au socle depuis sa naissance. Une énigme digne du Père Fouras. 

De multiples surnoms

À l’évocation de la Coupe de la Ligue, on n’oubliera jamais cet accouchement en catimini, ce baptême sans véritable faire-part en 1995 ("petite finale, petite Coupe, petite joie" selon Le Monde de l’époque, à l’issue de la première édition remportée par le PSG face à Bastia) et cette enfance difficile et complexée, toujours dans l’ombre de sa grande sœur, la Coupe de France, l’aînée, la préférée, forcément. 

Surnommée rapidement la "Coupe des Présidents" ou "des trésoriers" car réputée très rémunératrice, avant de devenir la "Coupe Moustache" sous Frédéric Thiriez (ex-président de la Ligue), la "Coupe Machin" pour Raymond Domenech et même carrément une "danseuse" pour le regretté Pape Diouf, la CDL n’aura, durant toute son existence et à l’exception notable de sa finale annuelle, que trop peu souvent attiré les regards des spectateurs, joueurs et entraîneurs. Ces derniers ont même profité d’elle plus que de raison pour aligner, parfois jusqu’en demi-finale, leur équipe B et faire ainsi tourner leur effectif dans un calendrier jugé surchargé. Il faudra très rapidement l’intervention de la Ligue, sous la pression du diffuseur, pour obliger les clubs engagés à inscrire sur la feuille de match au moins 7 joueurs ayant participé à l’une des deux précédentes rencontres de championnat disputées par leur équipe première... Bravo pour l’enthousiasme et merci pour le spectacle. Bref, la lose. 

Le PSG ou Lyon pour dernier flirt 

Malgré un lifting remarqué et une seconde jeunesse en 2003, après être passé entre les mains de l’artiste franco-argentin Pablo Reinoso, le "plus beau trophée qui existe dans le football" (dixit l’intéressé) n’a jamais vraiment fait rêver personne, avec ou sans dorures : "On ne va pas non plus sauter au plafond, ce n’est pas la Coupe du monde !", dira même l’attaquant Mickaël Pagis, après la victoire de Strasbourg en 2005. D’ailleurs, pour beaucoup d’observateurs, le geste qui symbolise le mieux ces 25 ans de Coupe de la Ligue, ce n’est pas le magnifique ciseau de Pauleta avec Bordeaux en 2002 mais plutôt la Panenka (ratée) du gardien nantais Mickaël Landreau face à Sochaux deux ans plus tard. Et à l’annonce de la disparition de la CDL en septembre dernier, faute de diffuseur intéressé par l’appel d’offres, il n’y a guère eu que l’entraîneur du Toulouse FC Alain Casanova pour s’en émouvoir... quelques jours seulement avant d’être limogé. To lose, encore et toujours.

Ces dernières semaines, on a pourtant cru que la Coupe de la Ligue allait enfin rompre avec la malédiction et s’offrir un ultime sursaut d’orgueil, et des adieux placés sous le signe du panache. Avec le match retour de LDC Juve-OL à placer dans le calendrier, il fut un temps envisagé d’organiser la finale de la Coupe de la Ligue avant celle de la Coupe de  France. Le coup du (quart de) siècle! Pensez donc : le match du retour à la vie après des mois de crise, une renaissance le jour d’un enterrement, l’affiche aurait été belle avec le Phénix pour emblème et les slogans fusaient déjà mais finalement... la Coupe de France a fait valoir à nouveau son droit d’aînesse et tant pis pour la petite dernière, la Coupe de la Ligue, qui patientera une semaine de plus... À jamais la deuxième...To lose, I lost, lost...

Jusqu’au bout, la CDL n’aura pas réussi non plus à se défaire de cette image d'une compétition trop facile à remporter (les grands clubs n’avaient plus ces dernières années que quatre matches à gagner pour la conquérir), prête à s’offrir au premier venu (Gueugnon, 2000), ou à consoler d’anciens Don Juan, ex-collectionneurs de conquêtes, au pouvoir de séduction devenu incertain avec le temps (l’OM en 2010, 2011 et 2012, Saint-Étienne en 2013). C’est aussi auprès d’elle ces dernières années que le PSG (5 succès consécutifs entre 2014 et 2018) sera venu le plus souvent trouver un peu de réconfort, après s’être fait éconduire comme de coutume au printemps sur la scène européenne. Clin d’œil du destin : la Coupe de la Ligue s’éteindra dans les bras de son premier et plus fidèle courtisan (en lice pour une 9ème victoire) ou dans ceux de Jean-Michel Aulas, avec, en guise d’héritage pour l’Olympique Lyonnais, une place en Ligue Europa. Mais qui donc a parlé de "Coupe de la lose" ? 

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