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Brésil. Les irréductibles Indiens résistent toujours au Mondial de foot

Près du stade Maracana à Rio de Janeiro, une communauté se bat pour sauver sa culture des bulldozers.

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France Télévisions
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Un Indien brandit le poing lors d'une manifestation contre la démolition des abords du stade Maracana, à Rio de Janeiro (Brésil), le 1er décembre 2012.  (SILVIA IZQUIERDO / AP / SIPA)

FOOT - Tout le Brésil attend la Coupe du monde 2014 avec impatience. Tout le Brésil ? Non ! Un petit groupe d'opposants résiste encore et toujours à l'envahisseur. Une manifestation contre les travaux qui vont dévaster le quartier du stade légendaire a encore rassemblé plusieurs milliers de personnes, dimanche 2 décembre. Les meneurs de la lutte ne sont pas deux Gaulois moustachus mais des Indiens soucieux de sauver leur culture des ravages des bétonneuses. 

"On ne nous demande pas notre avis"

Le stade Maracana sera l'épicentre de la prochaine Coupe du monde. Cette enceinte légendaire, qui vit le Brésil échouer en finale du Mondial 1950 contre l'Uruguay, s'offre un lifting pour recevoir à nouveau les meilleures équipes du monde. Dotés d'un budget pharaonique, les pouvoirs publics et le comité d'organisation voient grand : création de centres commerciaux géants, d'autoroutes et d'aéroports, mais aussi d'un parking de 10 000 places près du stade. 

A l'emplacement du parking se dresse ce qui reste du musée des Indiens. Ce bâtiment défraîchi, où le lierre a depuis longtemps pénétré, est toujours occupé par plusieurs dizaines d'Amérindiens, qui s'accrochent à cet édifice désaffecté au début des années 80. Un beau matin, ils ont retrouvé une pelleteuse devant la porte. Les travaux avaient commencé. 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. "Comme lorsque les Portugais sont arrivés il y a cinq cents ans, on ne nous demande pas notre avis, fustige Carlos, un chef indien Tukano dans le Jakarta Globe (lien en anglais).

Effectivement, le ministre de l'Intérieur de l'Etat de Rio, Régis Fichtner, cité par l'ONG Rio on Watch (en anglais), ne le demande pas : "Cette protestation est l'œuvre d'une minorité antidémocratique. Ce n'est qu'une maison en ruine avec un arbre qui pousse dedans." Sur cette vidéo d'une agence brésilienne (en anglais), on voit pourtant qu'il n'y a pas que des mauvaises herbes dans le bâtiment :

"Le Maracana est à nous !"

Pas étonnant que les Indiens figurent en tête des cortèges qui scandent "le Maracana est à nous !" Maracana vient d'un mot indien, qui désigne une espèce de perroquets. Pour toute concession, le gouvernement de Rio a proposé aux Indiens... deux boutiques dans le futur centre commercial qui sortira de terre près du stade, pour vendre des objets traditionnels. "Nous n'allons pas négocier la démolition du bâtiment, s'emporte Carlos le chef Tukano sur Rio on Watch. Nous sommes là depuis cinq cents ans, ce n'est pas la Coupe du monde qui va avoir raison de nous. Nous allons faire du bruit, beaucoup de bruit, et nous allons donner une mauvaise image du gouvernement !" Les Indiens ont jusqu'en février 2013 pour quitter les lieux, juste avant la Coupe des confédérations. 

Des Indiens manifestent devant le stade Maracana, le 26 novembre 2012. Les travaux de rénovation de ce stade de Rio de Janeiro (Brésil) vont détruire leur habitat. (BUSA MENDES / STF / LATINEDITORIAL / GETTY IMAGES)

A moins que leur guérilla médiatique et judiciaire porte ses fruits. Les Indiens qui occupent les lieux s'appuient sur une loi (en anglais), qui stipule que "toute personne qui occupe pacifiquement un lieu pendant cinq ans en devient propriétaire", et un rapport alarmiste de l'ONU (en anglais) sur les infractions au droit du logement commises pour exproprier les habitants des favelas aux abords des stades.

Au total, 30 000 personnes seront déplacées à Rio, près de 170 000 dans tout le pays. "Ils nous chassent, car nous allons rendre moche la Coupe du monde", dénonce la présidente d'une association de quartier dans le Sun (lien en anglais). Pas de quoi faire fléchir l'Etat de Rio. L'ambition pour la mégapole, déjà surnommée "la cité merveilleuse", est d'en faire "la ville où il fait le mieux vivre et le mieux travailler" d'ici à 2020, selon CBCNews (en anglais). 

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