ENTRETIEN. Sébastien Boueilh : "Le sport peut permettre de libérer la parole des victimes" de violences sexuelles et de harcèlement

Intervenant lors de la journée "Demain le sport", jeudi, l'ancien rugbyman est revenu sur les actions de son association "Colosse aux pieds d'argile", qui lutte contre les violences sexuelles dans le milieu sportif.

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France Télévisions
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Sébastien Boueilh aux côtés de Nathalie Péchalat à "Demain le sport" à la Maison de la radio, le 22 septembre 2022. (FRANCK FIFE / AFP)

Prévenir, sensibiliser et accompagner. Ce sont les maîtres mots de Sébastien Boueilh dans son combat quotidien contre les violences sexuelles et le harcèlement, notamment dans le sport. L'ancien rugbyman, victime de viols pendant son enfance, a fondé l'association "Colosse aux pieds d'argile" en 2012 pour participer à la lutte et protéger les victimes. Présent à la journée "Demain le sport", jeudi 22 septembre à la Maison de la radio à Paris, il est revenu sur ses actions et ses axes de développement, lors d'un débat "Comment lutter contre les violences, le harcèlement, l'exclusion ?".

Franceinfo: sport : quelles sont les actions et le rôle de votre association ?

Sébastien Boueilh : On lutte contre les violences sexuelles, le harcèlement et le bizutage en milieu sportif. On accompagne aussi les victimes d’agressions sexuelles sur l’aspect psychologique et juridique. L’objectif est aussi de faire bouger les lignes dans le champ sportif et pour toute la société, auprès du gouvernement, pour améliorer la protection et l’accompagnement de nos enfants, des victimes majeures aussi. Essayer de fédérer autour d’un sujet qui devient de moins en moins tabou, grâce aux médias, il faut le souligner. Et promouvoir aussi le sport comme outil de réparation des victimes. On ne fait pas la chasse aux sorcières. Le sport peut aussi permettre de libérer la parole des victimes, qui sont majoritairement intra-familiales. 

Vous expliquez que la particualité du sport, c’est qu’il y a aussi des agressions entre mineurs...

Le sport a ses spécificités de violences de mineurs sur mineurs. Toutes les semaines, on reçoit des témoignages de victimes de tout âge. C’est au fond du bus, sur des actes de bizutage, dans les pôles, ou alors des agressions sur des déplacements. Les mineurs peuvent être auteurs d’agressions dans le sport. Et ils n’en sont pas forcément conscients. Quand on leur parle de jeu de l’olive [qui consiste à surprendre son camarade en lui mettant un doigt dans les fesses par-dessus ses vêtements], ils nous regardent avec des grands yeux quand on leur dit que c’est une agression, un viol. Mais si, la définition du viol, c’est ça.

Il y a surtout un travail d’éducation à faire. C’est quelque chose que l’on fait quotidiennement, avec les 26 salariés de l’association. Aujourd’hui, on est tous les jours sur le terrain, il n’y a pas un jour où il n’y a pas de “colosse” en intervention. C’est ce qui nous permet d’avoir des résultats, d’avancer sur le sujet, de libérer la parole quotidiennement, grâce à ces actions, c’est tant mieux. Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin, et on va continuer ce combat pour protéger nos enfants. 

Quels sont les prochains axes de développement pour l'association, quelles sont les actions que vous aimeriez désormais mener ?

On aimerait parler des agressions dans le handisport. Plus on est vulnérable, plus on est sujet aux violences sexuelles. On va intervenir face à ce public, qui subit encore plus de violences. On veut aussi ouvrir un pôle numérique pour faire de la prévention sur les violences sexuelles via le numérique. Beaucoup d’approches se font par ces biais, ces canaux. Il faut s'adapter aux évolutions de la société et du terrain.

Votre livre va être adapté en téléfilm, “Le colosse aux pieds d’argile”. C’est un film dont vous allez vous servir comme outil de prévention et de pédagogie ?

Le téléfilm va devenir un outil pédagogique, c’est l’objectif que je souhaitais. On va pouvoir s’en servir dans les Creps, les écoles, les collèges, les lycées, avec un travail pédagogique qu’on a construit autour de ce téléfilm. Mais il va aussi servir d’appel à témoin pour les hommes victimes. Malheureusement, dès qu’ils ont passé 18 ans, ils sortent du champ des victimes, on en parle trop peu, on oppose les sexes. C’est une lutte dans ma lutte pour montrer que les hommes peuvent aussi être victimes, pas seulement prédateurs. A partir du moment où on a un pénis dans le slip, on est considéré comme un potentiel prédateur. Je suis contre toutes ces violences faites aux femmes, et aussi aux hommes. On va se servir de ce film pour faire un témoignage dédié aux hommes.

Propos recueillis par Maÿlice Lavorel

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