Pressions politiques, manœuvres des fédérations, coups tordus des champions... Les coulisses de la lutte antidopage dans le sport

Jean-Pierre Verdy, ancien directeur des contrôles à l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) raconte dans un livre les coulisses de la traque des sportifs et surtout les obstacles dressés devant ceux qui luttent pour un sport propre.

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Edité par Pauline Pennanec'h - Jérôme Cadet
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le peloton passe devant une banderole dénonçant le dopage cycliste et sur laquelle on peut lire "Allez, le cyclisme propre" lors de la 17e étape du 94e Tour de France cycliste entre Pau et Castelsarrasin, le 26 juillet 2007. (JOEL SAGET / AFP)

Il a fondé puis dirigé pendant dix ans le bras armé de la lutte antidopage en France : le département des contrôles de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). Dans son livre Dopage : ma guerre contre les tricheurs, publié jeudi 7 avril, Jean-Pierre Verdy raconte ses années de lutte dans le monde du sport. C'est à la fin des années 1990 que Jean-Pierre Verdy, alors entraîneur de l'équipe de France de pentathlon, se tourne vers l'antidopage, à la direction régionale des sports d'Ile-de-France. Tout est à faire. Premier choc : un directeur technique national fait disparaître le contrôle positif d'un champion. Il comprend que les fédérations ne jouent pas avec lui, mais contre lui. "Chaque fédération a un contrat d'objectifs avec le ministère, adossé à un contrat de performance, explique-t-il. Une fédération qui a un champion olympique est tranquille pendant quatre ans pour avoir des subventions. Elle ne va pas tout faire, si le sportif est 'atypique', pour le confondre."

>> Récit. Tour de France : le 17 juillet 1998 ou quand le dopage organisé de l'équipe festina a fait exploser le peloton

En 2006 est fondée l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). Jean-Pierre Verdy prend la tête du département des contrôles et petit à petit, il recrute des préleveurs rigoureux, des informateurs. Les premiers sportifs tombent. Alors sur le Tour de France, certaines équipes recrutent des vigiles chargés de filtrer les hôtels. "Quand un préleveur voulait aller faire un contrôle, ils étaient près de l'ascenseur. 'Vous allez où ? Quelle équipe ? Attendez, on appelle.' Les blocages se faisaient pour retarder un maximum l'imminence du contrôle", laissant le temps aux coureurs de s'organiser pour dissimuler le dopage. Par exemple en s'enduisant les mains de liquide vaisselle avant un contrôle antidopage par prélèvement d'échantillon d'urine.

"Quand ils urinaient, ils urinaient sur leurs doigts, le produit se diluait et polluait le prélèvement."

Jean-Pierre Verdy

à franceinfo

Au-delà de ces astuces, Jean-Pierre Verdy raconte les insultes de l'entraîneur de tennis Toni Nadal lors d'un contrôle sur son neveu Rafael, les budgets revus à la baisse en pleine année par le ministère, ou encore cette poignée de main sur le Tour de France 2009 entre le président Nicolas Sarkozy et son ami Lance Armstrong. La veille, les douanes françaises ont laissé filer le bus de son équipe sur le point d'être contrôlé. "Lance Armstrong était prévenu quasiment à chaque fois, accuse Jean-Pierre Verdy. On l'a mis dans un rapport : son équipe devait être contrôlée, les inspecteurs de l'Union cycliste internationale (UCI) avaient dit 'non, non, il faut qu'il se repose, on le laisse un peu dormir'... Les préleveurs m'avaient appelé, révoltés, ils avaient attendu pas mal de temps dans le bas de l'hôtel avant qu'il puisse contrôler. Entre temps, il était prévenu."

Finalement, la collaboration entre enquêteurs français et américains a abouti à la chute du coureur cycliste en 2012. Reconnu coupable de dopage, Lance Armstrong se voit retirer les sept Tours de France de son palmarès et il est radié à vie. Mais ce dont Jean-Pierre Verdy est le plus fier, c'est la reconnaissance de ces sportifs qui, des années plus tard, le remercient de les avoir arrêtés à temps.

Les coulisses de la lutte antidopage - Reportage de Jérôme Cadet
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