"Un mythe", "une idole", "un père"... Le monde du cyclisme pleure son champion Raymond Poulidor

L'icône du cyclisme Raymond Poulidor est mort, à l'âge de 83 ans.

Eddy Merckx, Bernard Thévenet et Raymond Poulidor sur le Tour de France 2013.
Eddy Merckx, Bernard Thévenet et Raymond Poulidor sur le Tour de France 2013. (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

Le cycliste Raymond Poulidor est mort, mercredi 13 novembre, à l'âge de 83 ans, a appris le service des sports de Radio France auprès de Christian Prudhomme, le directeur du Tour de France. Coureurs, patrons d'équipe ou journalistes, ils se souviennent de "Poupou" sur franceinfo. 

Bernard Thévenet : "Un homme tranquille et passionné" 

Raymond Poulidor "était un mythe" et "quand on connaît bien Raymond, on a vraiment l'impression qu'il était indestructible", a réagi Bernard Thévenet, double vainqueur du Tour de France en 1975 et en 1977. S'il devait garder un souvenir de "Poupou", c'est celui de sa première course professionnelle en 1970 : "J'avais 22 ans. La première fois qu'on se retrouve à côté de Raymond Poulidor, on a l'impression de rêver. Se trouver à côté de lui, c'était quelque chose d'extraordinaire, d'insensé. Après j'ai appris à le connaître. C'est quelqu'un qui venait de la terre. Mes parents étaient paysans et je pense qu'on se comprenait assez bien."

Bernard Hinault : "Un coureur courageux, qui s'est battu"

"Aller en compétition jusqu'à 42 ans, c'est quand même pas mal", a réagit Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France, contacté par France Bleu Armorique. C'est un "coureur courageux, qui s'est battu". "On a couru entre 1975 et 1977 et c'était un concurrent en face de nous, donc on ne se fait pas de cadeau, mais il y avait de l'admiration les uns pour les autres. S'il était apprécié des Français, c'est qu'il était en concurrence avec Jacques Anquetil et la beauté de ce combat entre les deux coureurs à fait qu'il est devenu populaire."

Romain Bardet : "Il amenait le rêve dans les villages"

"C’est une triste nouvelle, réagit Romain Bardet, deuxième du Tour de France 2016 au micro de France Bleu Pays de SavoieIl représentait le cyclisme des territoires, le cyclisme rural. Il amenait le rêve du Tour de France dans les villages. Raymond Poulidor est devenu bien plus qu'un cycliste qui a je ne sais combien de secondes places. C'est quelqu'un qui restera dans les pensées par la sympathie et par ce qu'il représentait en tant que personne."

Eddy Merckx : "C'est un grand ami qui s'en va"

Le Belge Eddy Merckx, quintuple vainqueur du Tour de France, a salué avec "une grande tristesse (...) C'est une grande perte, un grand ami qui s'en va." C'est un grand monsieur, un grand personnage, un monument en France."  Poulidor, plus âgé que Merckx, a été un rival du champion belge sur la fin de sa carrière. "Poupou", quasi quadragénaire à l'époque, a notamment fini deuxième du Tour de France 1974, le 5e et dernier remporté par Merckx : "1974, c'était aussi les championnats du monde à Montréal où je l'ai battu, il était deuxième, s'est souvenu le Belge. Après, je l'ai côtoyé souvent (...) j'ai passé des vacances avec lui."

Thomas Voeckler : "C'est intergénérationnel"

Raymond Poulidor "c'est intergénérationnel", dit Thomas Voeckler, ancien coureur, professionnel de 2001 à 2017 et aujourd'hui sélectionneur de l'équipe de France de cyclisme, qui avait "beaucoup d'affection pour lui". "Je suis né après son arrêt [en 1977] et j'ai l'impression d'avoir connu sa carrière tellement on en parle. C'était une personne, qui lorsqu'il était sur une course, attirait tous les regards, il dégageait quelque chose, une sympathie, une force, qui était indéniable. On comprend la popularité qu'il avait durant toute sa carrière et encore plus après. Parfois, on peut être agacé d'être tout le temps sollicité, mais lorsqu'on voyait Raymond Poulidor, il avait toujours le sourire et était toujours hyper chaleureux."

Marc Madiot : "Le peloton français perd un père ou un grand-père"

Actuel président de la Ligue de cyclisme professionnelle, ancien coureur et patron d'équipe, Marc Madiot a commencé le cyclisme avec Raymond Poulidor : "Il a bercé notre enfance. Quand on a débuté dans le cyclisme [le frère de Marc Madiot, Yvon, est également coureur cycliste], Poulidor, c'était déjà un nom que tout le monde connaissait et au fil des générations il a continué d'exister. Il faisait partie de la famille. Le peloton français perd un père ou un grand-père selon les générations".

"Il connaissait tous les coureurs, il les saluait, sur le Tour de France comme sur celui du Limousin. Que ce soit le public ou les coureurs, on avait tous la même relation avec lui, une relation amicale, sympathique", poursuit Marc Madiot. Peu importe les difficultés, "il ne renonçait jamais, ne se plaignait pas non plus, il repartait toujours le lendemain vers un nouveau défi, un nouvel espoir de réussite, raconte Marc Madiot. On l'a souvent considéré comme un second alors qu'il a un palmarès exceptionnel."

Philippe Brunel : "Quand il a débuté il était d'abord un vainqueur, un gagnant"

"Quand il a débuté, il était d'abord un vainqueur, un gagnant. Le jeune Poulidor gagne Milan-San Remo et le championnat de France en 1961, plus tard la Flèche Wallone, puis la Vuelta, raconte Philippe Brunel, spécialiste du cyclisme au quotidien L'Equipe, à propos de celui qui reste comme l'éternel second. Il acceptait la défaite avec une forme de résignation douce, il était grandi par ses échecs. C'est un cas à part, Poulidor, dans l'histoire du sport. Ses partisans, ses supporters acceptaient qu'il perde. Lui-même accueillait la victoire avec une certaine forme de bonhommie, de fatalisme, c'était sa nature. Il avait grandi dans une ferme et dormait quasiment par terre au milieu des poules. Il considérait qu'il avait de la chance et que le cyclisme lui avait tout apporté." 

Gérard Holtz : "C'est le vélo de papa qu'on adore"

Raymond Poulidor, "c'est le vélo de papa qu'on adore, un symbole par son courage, par sa ténacité, par la longueur de sa carrière, salue Gérard Holtz, ancien journaliste sportif, présentateur du Tour pendant une trentaine d'années sur Antenne 2 puis France Télévisions. Il était simple authentique, drôle et sa 'poupoularité' était telle que c'était bluffant. C'est la France rurale, la France solide, la France du courage incarné. Il y avait d'un côté du rock n'roll avec Jacques Anquetil et de l'autre côté, on avait de l'accordéon avec Raymond Poulidor."

Christian Prudhomme : "Il avait complètement dépassé le monde du sport" 

Raymond Poulidor, c'était "l'éternelle jeunesse, le deuxième du Tour à 38 ans, le troisième à 40 ans... réagit Christian Prudhomme, directeur du Tour de France depuis 2007. Ce sourire, cette bonhommie et cette gloire sans maillot jaune. Après chaque Tour de France perdu, il y avait une légitime déception, mais il savait aussi que c'était grâce à ça qu'il était aussi connu : l'éternel second. Il avait complètement dépassé le monde du sport et du Tour de France. Le Poulidor, c'est presque devenu un nom commun. Il a quitté le monde pro en 1977 et il signait toujours des autographes ! J'ai toujours vu sur le bord du Tour des pancartes à la gloire de Raymond."

Vincent Lavenu : "Je retiens sa gentillesse et sa grandeur d'âme"

"C'est un personnage qui a traversé les générations, qui était aimé de tous, qui était très proche du public, des petits coureurs, des grands coureurs, des petits organisateurs, des grands organisateurs... se souvient Vincent Lavenu, directeur-manager d'AG2R La Mondiale. Il était toujours prévenant, empathique envers tout le monde. Je retiens sa gentillesse et sa grandeur d'âme." Pour Vincent Lavenu, "Poupou" est aussi un modèle. "Les batailles Poulidor-Merckx et Poulidor-Anquetil ont fait partie de cette histoire qui m'a fait rêver. C'était un personnage incontournable qui va laisser beaucoup de vide dans le cyclisme."