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Ça s'est passé un 14 avril 1907 : Lucien Petit-Breton remporte le premier Milan-San Remo

C’est une course devenue mythique, l’un des Cinq Monuments du cyclisme : la Classicissima Milan-San Remo. Presque trois cents kilomètres taillés pour les sprinteurs qui ouvrent traditionnellement la saison de la petite Reine, au début du printemps. Aujourd'hui incontournable, la Classique italienne est née le 14 avril 1907. Et pour sa première édition, elle a couronné un Français, Lucien Petit-Breton, à quelques kilomètres de la frontière franco-italienne.
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France Télévisions
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D’un échec naissent parfois les plus belles réussites. C’est le cas de Milan - San Remo. Avant de devenir l’une des perles du cyclisme, cette course a été une éphémère course à pied de deux étapes, créée en 1906 par l’Union Sportive Sanremese. Au départ de Milan, les athlètes devaient rallier Acqui, puis le lendemain San Remo. Trop ambitieuse, l’épreuve s’avère être un échec. Dépêché sur place, le journaliste Tullo Morgagni a alors l’idée de transformer cette course à pied en course cycliste. 

Une météo dantesque

Déjà à l’initiative du Tour de Lombardie créé deux ans plus tôt, Morgagni persuade le directeur de la Gazzetta dello Sport de lancer ce projet. Eugenio Camillon Costamagna hésite, puis accepte et confie cette mission à Armando Cougnet. La boucle est bouclée. D’ailleurs, deux ans plus tard les trois mêmes hommes donneront naissance à un autre bijou du cyclisme mondial : le Giro. En attendant, ils s’aguerrissent en organisant la première édition de Milan - San Remo le 14 avril 1907.

Pour cette première, soixante-deux coureurs sont inscrits, mais seuls 33 sont au départ à Milan. Si l’avenir proche de la course s’assombrit, c’est à cause des nuages qui occupent le ciel lombard. En cette journée de printemps, la météo est terrible : pluie, vent, froid. De quoi décourager une partie des inscrits, mais aussi des partants, puisque seulement 14 coureurs franchiront la ligne d’arrivée (ils étaient 166 sur 175 participants en 2019). 

Parmi eux, l’Italien Giovanni Gerbi assure le spectacle. Le coureur de Peugeot attaque et compte trois minutes d’avance au sommet du Passo del Turchino. Son coéquipier français Gustave Garrigou le rejoint, et les deux hommes attendent un troisième coureur de chez Peugeot : Lucien Petit-Breton. Ce dernier fait la jonction dans la descente du Capo Berta. Il faut ensuite attendre l’approche de San Remo pour voir le trio Peugeot voler en éclat.

Petit-Breton est déjà grand

Futur premier double vainqueur du Tour de France (1907 et 1908), Lucien Petit-Breton attaque ses coéquipiers. Ils ne le reverront que sur le podium. Derrière, la lutte fait rage mais Gerbi devance finalement Garrigou sur la ligne d’arrivée. Sauf que l’Italien est accusé d’avoir poussé son partenaire dans le fossé. Il est alors déclassé de la deuxième à la troisième marche du tout premier podium de Milan - San Remo. Après plus de onze heures de courses à 26 km/h de moyenne, Petit-Breton s’impose en solitaire. A titre de comparaison, en 2019 Julian Alaphilippe a bouclé l’épreuve en 6h40 à 43 km/h de moyenne.

Sur la première marche, Lucien Mazan dit Petit-Breton jubile. Après sa victoire à Paris-Tours en 1906, le natif de Loire-Atlantique confirme. Lui qui, pendant son enfance en Argentine, s’est mis au vélo sous le pseudonyme de "Petit-Breton" pour ne pas être démasqué par son père, farouche opposant au cyclisme. Du côté de l’organisation, on savoure tout autant : cette première édition est un succès. La course est reconduite l’année suivante. Depuis, Milan - San Remo a pris le départ chaque année, hormis en 1916, 1944 et 1945, face aux deux guerres mondiales.

Pour Lucien Petit-Breton, cette victoire sur la première Primavera reste la seule. Tombé au front en 1917, "L’Argentin", comme on le surnommait, était entre temps devenu le premier à remporter deux fois de suite le Tour de France, tout en glanant un Paris-Bruxelles en 1908. Victime d’un accident sur le front, Lucien Petit-Breton est l’un des trois vainqueurs du Tour morts au combat, avec François Faber (1909) et Octave Lapize (1910). Celui qui a aussi été chroniqueur de l’hebdomadaire La Vie au grand air sur le Tour de France restera à jamais le premier à avoir séduit la plus romantique des Classiques.

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