Tour de France 2019 : cinq choses à retenir de cette édition exceptionnelle

De la victoire du jeune prodige colombien Egan Bernal à l'abandon de Thibaud Pinot, en passant par le retour du suspense, on vous résume cette Grande Boucle riche en rebondissements.

Le Colombien Egan Bernal, lors de la dernière étape du Tour de France, le 28 juillet 2019, à Paris.
Le Colombien Egan Bernal, lors de la dernière étape du Tour de France, le 28 juillet 2019, à Paris. (GONZALO FUENTES / REUTERS)

Des larmes, de la sueur, de la grêle... La 106e édition du Tour de France, imprévisible et rocambolesque, a fait vibrer le public, de la France à la Colombie. Avec le Colombien Egan Bernal pour vainqueur, le Français Julian Alaphilippe pour héros et la météo pour trouble-fête, cette Grande Boucle achevée dimanche 28 juillet a réveillé les téléspectateurs habitués à somnoler devant les paysages hexagonaux. Voici cinq choses à retenir de ce Tour exceptionnel.

1Le triomphe d'Egan Bernal

A son sujet, son coéquipier Chris Froome, de dix ans son aîné, a déclaré : "La question n'était pas de savoir s'il allait porter le maillot jaune, mais quand il le ferait." Pour sa deuxième participation, le grimpeur surdoué Egan Bernal, 22 ans, offre à son équipe Ineos (ex-Sky) sa septième victoire consécutive et à la Colombie son tout premier sacre sur le Tour de France. Il est aussi le plus jeune vainqueur de la Grande Boucle depuis un siècle.

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Egan Bernal n'a rien à voir avec ses prédécesseurs Bradley Wiggins, Chris Froome et Geraint Thomas : il n'est pas Britannique, il n'est pas un excellent rouleur, il mesure moins d'1m80 et il est surtout beaucoup plus jeune qu'eux. Christian Prudhomme, le directeur du Tour, l'avait déclaré favori au départ à Bruxelles. "Bernal est un surdoué qui ne demande qu'à éclore", avait-il prévenu.

On retiendra surtout son accélération sur les pentes du col de l'Iseran, à 2 770 m d'altitude, qui fera craquer le maillot jaune français Julian Alaphilippe, quelques heures après l'abandon de Thibaud Pinot et quelques minutes avant l'interruption de l'étape à cause de la météo. Le jeune Colombien ne quittera plus sa tunique de vainqueur et fera vibrer son pays jusqu'au bout.

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2Le panache de Julian Alaphilippe

Un héros français. C'est peut-être Julian Alaphilippe qui symbolise le mieux ce Tour, lui qui a porté le maillot jaune pendant 14 jours. "C'est lui qui a allumé la mèche", estime Christian Prudhomme, séduit par l'audace et la simplicité du numéro un mondial. "Il a changé la course", ajoutait le manager d'Ineos Dave Brailsford, avant les Alpes. Cinquième après avoir flanché dans les deux dernières étapes de montagne, il a été désigné à l'unanimité coureur le plus combatif du Tour.

La preuve dès la troisième étape. Son attaque du "mur" de Mutigny, à 16 km de la ligne d'arrivée à Epernay, met tout le monde d'accord. Julian Alaphilippe s'impose en solitaire, intouchable sur ces côtes raides et courtes. Il endosse le maillot jaune pour la première fois de sa carrière. Loin d'imaginer qu'il le porterait 14 fois.

Val Thorens sera son chemin de croix : le Français, au lendemain de la perte de son maillot jaune dans l'Iseran, craque tôt, laissant échapper sa place sur le podium du Tour de France, à la veille de l'arrivée à Paris. Ses fans, aux espoirs infinis, seront peut-être frustrés. Pas lui. "Pourquoi je devrais être frustré ? Je suis juste exténué, content, fier de ce que j'ai fait", assure le chouchou des Français.

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3L'espoir brisé de Thibaut Pinot

"J'y croyais. Je sentais depuis dimanche, après les Pyrénées, que j'étais capable de le faire. Mais on ne le saura jamais." Le Français Thibaut Pinot, l'un des favoris pour la victoire finale, a dû abandonner le Tour de France à deux jours de l'arrivée. Le coup de théâtre qui a stupéfait la caravane du Tour est intervenu une heure après le départ de Saint-Jean-de-Maurienne. Avec, pour héros malheureux, le cinquième du classement général, diminué par une lésion musculaire à la cuisse gauche.

En pleurs, Pinot, qui naviguait à distance du peloton, a fini par s'arrêter sur le côté droit de la route, consolé tant bien que mal par son coéquipier William Bonnet. Il a pris place à l'arrière de sa voiture d'équipe et a quitté le Tour. Retenons plutôt que le grimpeur de l'équipe Groupama-FDJ a été le brillant vainqueur de la 14e étape, au sommet du Tourmalet. Au bord des larmes sur la ligne d'arrivée après une victoire d'étape qu'il s'était promise. Le lendemain, il terminera deuxième au sommet du Prat d'Albis.

4Le déluge de Val d'Isère

Une folle journée. Après plusieurs journées caniculaires, c'est finalement un gros orage qui perturbe le plus le Tour. La 19e étape est arrêtée avant son terme à cause d'une violente averse de grêle et d'un éboulement qui rendent la route tout à fait impraticable à la sortie d'un tunnel, peu avant Val d'Isère, à 20 km de l'arrivée prévue à Tignes.

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"C'était infranchissable, a justifié le directeur du Tour Christian Prudhomme. La route était coupée." Pas question d'envoyer les coureurs – alors en pleine descente – au carton. Le lendemain, la dernière étape est raccourcie à seulement 59,5 km entre Albertville et Val Thorens, au lieu des 130 km prévus. C'est donc une course de côte très favorable à Egan Bernal, qui attend les coureurs du Tour dans ce dernier rendez-vous de montagne.

5Le retour du suspense 

Le suspense aura duré presque jusqu'au bout. C'était "le Tour le plus beau" de ces dernières années, selon Christian Prudhomme. "De Bruxelles avec Eddy Mercx et des gens qui pleuraient sur son passage, jusqu'à maintenant avec Pinot, Alaphilippe et Bernal, avec l'étape interrompue, c'était un Tour extraordinaire, sans le moindre doute, un Tour inoubliable", a commenté le directeur de la course sur franceinfo.

On est passé par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, on a tout vécu, tout espéré.Christian Prudhommeà franceinfo

Le patron du Tour souligne le réveil de "grandes nations du vélo", comme la France, la Belgique et l'Italie, ainsi que la victoire du Colombien Egan Bernal qui "vient d'un pays qui fait vibrer le cyclisme, un pays de grimpeur, de champions". Pour lui, les performances de Julian Alaphilippe et Thibaud Pinot, ainsi que l'absence de Chris Froome, ont notamment offert aux spectateurs de superbes rebondissements. "La porte s'est entrebâillée, Julian Alaphilippe a mis les deux pieds, Thibaut Pinot a tiré sur les montants, derrière d'autres se sont engouffrés et ça a donné cette course magnifique jusqu'à la fin", observe-t-il.

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